Un colloque international organisé par l’Association des Rencontres Européennes de La Salette consacré au thème « Crise et renouveau de la famille en Europe » s’est tenu du 25 au 29 juillet 2010 au sanctuaire de La Salette, près de Corps (Isère). Ouvert sous les auspices de Mgr Guy de Kérimel, évêque de Grenoble et du père Bernard Gaidioz, vice-recteur du sanctuaire, ainsi que du Conseil pontifical pour la Famille (message de Mgr Jean Laffite), cette 5ème Rencontre annuelle œcuménique a réuni une centaine de participants, dont 40 jeunes des pays de l’Est, appartenant à une dizaine de pays européens. Prise de conscience de la montée en puissance en Europe de l’idéologie libertaire, redécouverte œcuménique de la profondeur et de l’actualité de la théologie chrétienne du mariage, et propositions pragmatiques en faveur de la famille comme creuset d’humanisation ont représenté trois lignes de convergence à l’issue des débats qui ponctuèrent les conférences.
Le colloque s’est déroulé en trois sessions.
Lors de la première session, consacrée à l’analyse de la crise de la famille en France, Mgr Jacques Suaudeau, membre de l’Académie pontificale pour la vie, a donné un certain nombre de faits et de statistiques montrant la crise du modèle traditionnel de la famille en Europe et aux Etats-Unis : diminution du nombre de mariages, augmentation du nombre de divorces, de familles mono-parentales et de familles recomposées, développement du phénomène de cohabitation des jeunes couples, etc… Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, a montré le rôle déterminant du pape Jean-Paul II pour actualiser la doctrine de l’Eglise catholique sur le mariage et pour protéger les familles, cellules les plus fragiles de la société (exhortation Familiaris Consortio, Compendium de la doctrine sociale, Catéchisme de l’Eglise catholique). Il a également pointé les dangers de l’évolution des régimes politiques contemporains vers « la démocratie absolue » dont l’une des caractéristiques est de vouloir légiférer sur tous les sujets et sur tous les desiderata des citoyens. Philippe Pouzoulet, juge à Bordeaux, a proposé comme lecture de la crise contemporaine de la vie familiale le poids croissant de l’idéologie libertaire, fondée sur le relativisme éthique, qui fait loi des choix des individus et subvertit la loi comme fondement des valeurs d’une société sur le long terme. Le débat politique est réduit à une « foire d’empoigne » au détriment de la recherche du bien public.
Lors de la seconde session consacrée aux propositions en faveur d’une vie familiale heureuse, François de Muizon, philosophe et théologien moral à Lyon, membre de la Communauté du Chemin Neuf, a décrit dans un premier volet philosophique la famille comme creuset d’humanisation. Dans un second temps, plaçant la famille à la lumière de la Révélation, il a fait apparaître les dynamismes insoupçonnés des dons de l’Esprit Saint présentés par saint Paul au chapitre 5 de son épître aux Galates. Selon lui la famille doit être soutenue contre la normativité de masse par des corps intermédiaires tels que la vie paroissiale ou la vie associative. Bruno et Régine Larat, responsables de la pastorale familiale dans le diocèse de Valence, ont insisté sur l’importance du mariage civil comme institution et engagement devant la société. Ils ont souligné la nécessité d’une préparation sérieuse au sacrement du mariage capable de faire progresser les époux dans un chemin de foi. De façon plus générale ils ont relevé le besoin d’écouter les personnes en situation de souffrance et de leur procurer une assistance adaptée. Antoine Arjakovsky, directeur de l’Institut œcuménique de Lviv (Ukraine), institution co-organisatrice du colloque, a mis dans une perspective œcuménique le renouveau de la réflexion sur le mariage et sur la pastorale du couple. Le mariage doit échapper à une définition purement juridique (le sacramentum vu comme un serment juridique en droit romain) pour être pleinement vécu comme un mystère. Selon saint Jean Chrysostome « quand le mari et la femme s’unissent dans le mariage, ils n’apparaissent plus comme quelque chose de terrestre mais comme l’image de Dieu Lui-même. » Aussi bien catholiques, protestants et orthodoxes doivent œuvrer pour purifier leur théologie du mariage.
La troisième session portait sur le thème de la famille, enjeu de communication. Dans sa contribution, « la famille, un enjeu politique », Antoine Renard, président des Associations Familiales Catholiques en France et en Europe, a montré que la famille est une institution qui ne peut être reléguée dans la sphère privée. Les familles doivent donc se mobiliser pour défendre leurs droits. En mai 2011, les AFC organiseront à cet effet une grande rencontre européenne et participeront aux journées mondiales de la famille à Milan en 2012. Il a alerté en particulier les participants sur l’idéologie du « gender » qui devient dominante dans les instances européennes et a rappelé que le principe d’égalité entre l’homme et la femme est indissociable du principe de complémentarité entre l’homme et la femme. Kathrin Staniul-Stucky a évoqué la sagesse africaine selon laquelle la famille est une communion entre vivants, morts, et enfants à naître ; le rôle de la palabre comme parole partagée vivifiant la famille ; la famille comme lieu privilégié d’écoute et de mise en œuvre de la Parole de Dieu. La théologienne suisse a mis en garde contre le danger, présent dans les médias, d’idolâtrer une représentation dite « parfaite » de la famille qui ne correspond pas à la conception chrétienne. Marie Lefebvre-Billiez, grand reporter au journal Réforme, a rappelé l’importance pour un journaliste de parler de la famille telle qu’elle est, et non pas telle qu’on voudrait qu’elle soit. Sa deuxième recommandation est d’avoir un regard d’espérance sur la famille, qui relève sans condamner ni stigmatiser. Elle a souligné qu’une forte majorité de français, y compris de jeunes, plébiscite la fidélité en amour et la famille comme réussite de vie.
Les fichiers audio et les textes des conférences et des discussions seront disponibles sur le site internet : http://lasalette.cef.fr. Le prochain colloque de la réconciliation aura lieu du 24 au 28 juillet 2011 et aura pour thème : « Chrétiens au Proche Orient, un enjeu pour la paix. »

envoyer par mail