Accueil du site > Actualités > Le Journal de Gérard Leclerc > Qu’est-ce que la laïcité ?

envoyer l'article par mail envoyer par mail Imprimer cette page

Qu’est-ce que la laïcité ?

par Gérard Leclerc

jeudi 1er juillet 2010


Qu’est ce que la laïcité ? Ce mot qui est d’un emploi courant, qui est martelé sans cesse sur la scène publique, est-il si évident qu’on le croit ? Je n’en suis pas persuadé pour ma part. Si la Constitution de la cinquième République stipule bien que notre Etat est laïc, on rechercherait vainement une sorte de définition philosophique du terme dans les textes officiels. La fameuse loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat n’emploie même pas ce terme de laïcité. Elle se contente d’affirmer que la République ne reconnaît, ni ne finance aucun culte. Ce qui est sans aucun doute une précision capitale. La France vivait depuis Napoléon sous le régime du concordat qui faisait de l’Eglise catholique une sorte de service public, financé par l’Etat, notamment au moyen des salaires versés aux ministres du culte. La séparation a aboli ce système, en privatisant en quelque sorte un service public. Sur le moment, dans un climat très conflictuel, on ne saisira pas toujours la véritable portée de la loi, qui, au demeurant sera amendée au lendemain de la première guerre mondiale à la satisfaction du Saint-Siège.

On comprend mieux aujourd’hui qu’il y avait quelques avantages pour l’Eglise à acquérir sa totale liberté par rapport à l’Etat même si la notion d’autorité spirituelle n’est plus reconnue officiellement. Cette autorité n’en subsiste pas moins de facto. L’Etat, de son côté, n’est plus lié à une identité confessionnelle, mais il aura forcément à négocier avec l’Eglise catholique et les autres confessions religieuses, aujourd’hui l’Islam. La laïcité lui donne-t-elle une sorte d’identé idéologique de rechange ? Certains en sont persuadés et pensent à la philosophie des Lumières, à un certain rationalisme de nature anti-religieuse. Mais rien n’autorise à une telle confusion, même pas la déclaration des droits de l’homme contenue dans la Constitution. Des personnes et des familles intellectuelles très différentes peuvent se reconnaître dans cette déclaration, sans avoir de philosophie commune.

C’est pourquoi, il ne convient pas de conférer à la laïcité l’équivalent d’un substitut de religion. Emile Poulat, qui est l’historien contemporain qui a le plus travaillé sur le sujet, parle de « notre laïcité publique », qui relève beaucoup plus d’un sain empirisme ou d’une option prudentielle de l’art de gouverner que d’un système complet censé exprimer le destin du monde et les fins de notre humanité.

Je me suis permis cette réflexion, ce matin, pour deux raisons. La première concerne le tribunal européen des droits de l’homme qui a interdit la présence des crucifix dans les salles de classe en Italie. Un contre-jugement doit être bientôt prononcé à la demande du gouvernement italien, appuyé par une opinion publique révoltée par la sentence. La laïcité peut très bien s’accommoder de signes religieux, qui sont partie intégrante de la culture d’un peuple.

Ma seconde raison tient à la personne d’Emile Poulat auquel je veux rendre hommage ce matin. Je me rendrai tout à l’heure aux obsèques de son épouse en l’Eglise des Blancs Manteaux à Paris. Je veux lui dire ici toute mon amitié dans sa peine, ainsi que ma reconnaissance à l’égard de son immense travail d’historien, si utile sur ce terrain sensible de la laïcité.

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 1er juillet 2010.

— -

Un professeur juif défend le crucifix à la Cour de Strasbourg : Joseph Weiler, professeur de droit à la « University School of Law » de New York, a défendu le crucifix, ce mercredi, devant la Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l’homme (ECHR).

http://zenit.org/article-24874?l=french

3 Messages de forum

  • 2 juillet 2010 11:51, par Philippe

    Pour nous, catholique, il reste une question philosophique et théologique non réglée. A savoir : Jésus a demandé par Ste Marguerite-Marie Alacoque la consécration de la France à son cœur. Sinon, la France irait de mal-en-pis. Louis XIV a dédaigné cette demande. Ne parlons même pas de Louis XV et de la régence. Et quand Louis XVI a voulu le faire, il était trop tard car il n’était plus le chef d’état en titre. La demande a été réitérée à Poincaré par je ne sais quel mystique…en vain. Mais la demande reste actuelle, posant d’énormes questions quant à notre conception de la laïcité et notre identité. Régler cette question est un challenge ; mais on ne peut accuser le ciel de parti pris ou de malhonnêteté intellectuelle. Pour l’instant, nous sommes dans un aveuglement philosophique. Je réclame une encyclique sur la laïcité.

    Répondre à ce message

  • 13 août 2010 16:14

    laïc, je ne suis pas en total désaccord avec votre article, la laïcité a cet avantage de ne pas priviligier une religion plus qu’une autre. La République avant tout.
    La où je suis en désaccord, c’est lorsque vouss évoquer le fait de pouvoir placer des signes religieux dans des écoles.
    Tout simplement parce que à mon avis , vous vous limitez aux seules religions Chrétiennes, Musulmannes et Isralistes.
    Mais imaginez si nous elargissons à Toutes les Religions indhouisme, shintoisme, bouddhisme...les classes seraient recouvertes d’insignes religieux divers et variés.

    La laïcité c’est d’une part le non financement du culte quelqu’il soit, mais également le fait que l’Etat se porte garant du fait que ce culte ne soit pas dangereux pour la société

    (mise en place de la mivilude, de diverses lois contre les sectes, et de leurs agissements notamment les déviances et pratiques contre l’intégrité mentale)

    Je suis certain que les grandes religions -celles du Livre- ne peuvent qu’approuver de tels agissement et soutenir au final une République Laïque.

    Voir en ligne : republique laique

    Répondre à ce message

  • 27 août 2010 11:09, par Dr. Edouard Belaga

    Voilà le parfait bouc-émissaire pour toute situation conflictuelle en France !

    Le sentiment d’insécurité généralisé est aujourd’hui en France le fruit de la crise la plus profonde de la civilisation de consommation. Le classe politique et la majorité du public qui adorent la perspective illusoire du maintient indéfini de la folie de consommation, sont aujourd’hui impuissants de changer la donne sociale et économique qui signale la fin du cours libre de cette folie. Et donc ils n’ont pas d’autre choix que de déverser toute l’amertume de leur déception sur les Roms — et sur l’Eglise catholique.

    L’Eglise toujours était et reste, malgré quelques efforts des catholiques bien-pensants, totalement étrangère à cette civilisation de consommation. On souviendra de l’Eglise avec gratitude au moment quand cette civilisation s’écroulera en France définitivement sous le poids de ses excès.

    Comme on a finalement souvenu de l’Eglise russe en Russie après la chute du communisme soviétique, le négatif ou l’image aux couleurs inversées de la civilisation de consommation.

    Voir en ligne : Le Figaro : "53% des gens désapprouvent l’Eglise"

    Répondre à ce message

Répondre à cet article