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QUELLE ESPERANCE DANS LA SOUFFRANCE ?

lundi 9 janvier 2012


La souffrance : c’est une menace de destruction : Destruction physique, psychique, sociale… c’est parfois un écroulement du sens de la vie . En toute souffrance il y a la tentation de s’isoler, le risque de l’exclusion, de la rupture de toute relation.

QUELLE ESPERANCE DANS LA SOUFFRANCE ?

Tel est le titre de la journée d’études proposée par le collège des bernardins pour les professionnels de la santé le 28 janvier prochain.

Honbeline, infirmière nous donne son point de vue :

- Vous êtes infirmière à l’hôpital, est-ce depuis longtemps ?

- presque depuis toujours !Lorsque mes parents me demandaient ce que je voulais faire plus tard, je répondais : « Pas dans un bureau ! Un métier où j ’aurai des relations avec les gens. » C’était étonnant car j’étais extrêmement timide.

A 13 ans, le jour de ma profession de Foi, je suis allée dans une clinique rendre visite à un oncle qui venait de se faire opérer. Là, dans cette atmosphère, je me suis sentie bien... je crois que c’est là que j’ai pensé pour la première fois à devenir infirmière

Et aujourd’hui après quelque 30 ans d’exercice à l’hôpital, je m’y sens toujours bien !

- En tant qu’infirmière, comment redonnez-vous l’espérance aux personnes soignées ?

- En étant à l’écoute , je pense ; ça semble évident mais ce n’est pas toujours facile à mettre en œuvre...on est facilement pris par la routine et on finit par exécuter les soins en série. Ce qui m’aide c’est de me concentrer dans l’instant présent : de considérer le patient que je soigne comme s’il était le seul que j’aie à soigner aujourd’hui (sans penser au patient précédent ni à celui qui attend)

Et une écoute vraie aussi, une écoute qui dépasse le seul fait d ’entendre, une écoute qui signifie saisir non seulement les paroles mais aussi les pensées, l’état d’âme, le silence du patient.

Dans les années 80, je me souviens d’un patient dont l’état vasculaire, alors qu’il n’avait pas 40 ans, était tel qu’aucune opération de revascularisation n’était possible. Concrètement, nous étions dans l’impasse car sa plaie d’amputation de jambe, n’évoluait pas favorablement, il était complètement démoralisé et il avait perdu l’appétit. Un jour, en dialoguant avec lui au cours du pansement ( long et douloureux) il m’est venue l’idée de lui proposer une permission de sortie chez lui pour 24h. Les médecins ont été d’accord et ça s’est fait. Ce fut le déclic qui lui a fait retrouver goût à la vie, de l’appétit et sa plaie a enfin trouvé la voie de la cicatrisation.

- Aussi, en prenant l’initiative de la relation car la personne qui souffre peut être tentée de se replier sur elle même. C’est à nous, soignant ou accompagnants d’ accueillir comme les autres, celui qui arrive avec des lamentations ou des reproches. Accueillir chaque personne en montrant notre intérêt, notre estime, notre désir sincère de l’aider En effet, cette agressivité provient souvent du sentiment d’angoisse que génère la maladie ou la dépendance qui en découle.

- et surtout en considérant le patient comme soi même (la règle d’or de l’évangile)

j’ai eu la chance, il y a quelques années d’être moi même sérieusement malade. Emmanuel Carrère dans son livre « d’autres vies que la mienne » décrit très bien la première nuit après l’annonce du diagnostic. Je me souviens très bien de la mienne : j’étais calme ...en paix même ne voyant que le positif : je me suis dit que grâce à ce qui m’arrivait, j’allais pouvoir retrouver une vraie relation avec ma mère. 

Une parole de l’évangile m’avait aussi été donnée ce mois là : « Je suis la Résurrection et la Vie »...dans ma prière...je trouvais que jésus avait beaucoup d’humour ! Et aussi je sentais intuitivement que ce qui m’arrivait était source de vie...

Mon médecin de famille m’avait été d’un grand secours elle m’avait dit avec sagesse qu’ensuite comme infirmière je comprendrais mieux ce que vivent les malades... c’est effectivement ce qui se passe !  

- Oui mais quand la souffrance devient intolérable ?

- Si l’on a fait tout ce qu’il était possible de faire pour calmer la douleur, pour apaiser l’angoisse, et que l’autre se débat toujours dans la souffrance, j’avoue que je suis complètement désemparée et que l’angoisse me gagne.

Je sais qu’il ne me reste plus qu’à me recueillir au plus profond de mon âme pour y contempler le Christ Crucifié qui crie ; « mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27,46)

Puisque, comme croyante, je dis « aimer le Seigneur mon Dieu de tout mon cœur, de toute mon âme, de toute ma force, de tout mon esprit et mon prochain comme moi même » (Lc,10,27) je peux aussi le dire face à la cruauté de la maladie et de la mort : « c’est Toi, jésus, qui est là souffrant, défiguré, dans cette âme, je te reconnais et je T’aime, inspire moi un geste, une parole pour aimer ce prochain »

je sais aussi qu’après le Vendredi saint, il y a le dimanche de Pâques. Christ est Ressuscité, sa présence est palpable dans l’ aujourd’hui de ma vie. Cette présence est infinie, c’est l’ ESPERANCE.


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