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Procréation : Maîtres du temps ?

par Tugdual Derville

vendredi 25 juin 2010

Fabienne Justel ne pourra pas récupérer le sperme congelé de son mari défunt. La Cour d’Appel de Rennes a tranché mardi 22 juin.


Dominique Justel est mort d’un cancer en septembre 2008. Depuis, sa veuve tente en vain de réaliser son rêve  : en concevoir un enfant. C’est techniquement possible, car l’homme avait fait stocker son sperme alors que, malade, il allait subir un traitement stérilisant. Mais la conception post mortem est illégale dans l’Hexagone. Madame Justel comptait donc exporter la semence conjugale à l’étranger, là où les règles bioéthiques sont plus laxistes. Mais la loi française, rappelée par les magistrats, est formelle  : en cas de décès d’un des membres du couple, il est mis fin à la conservation des gamètes.

Concevoir un enfant a longtemps nécessité deux parents vivants. C’est la congé­lation des gamètes qui a contourné cette contrainte. Elle a ajouté à la dissociation entre conception et relation sexuelle qui fonde la procréation artificielle une rupture majeure dans l’histoire de l’engendrement  : l’affranchir du temps. Il est devenu possible d’être conçu d’un parent mort depuis des années.

Une autre congélation, celle des embryons, a induit une autre transgression  : c’est la vie même d’un être humain qu’on peut figer, à l’image de l’Hibernatus du film éponyme - avec Louis de Funès - ou du couple mythique décrit par Barjavel dans La nuit des temps. D’ailleurs, l’un des points en débat pour la prochaine révision des lois de bioéthique est le «  transfert post mortem  » des embryons, c’est-à-dire après la mort du père.

Puisque nous existons plus certainement depuis la conception que depuis la naissance, nous côtoyons déjà des personnes qui ont plus d’années de vie que leur âge officiel. Et le système du don anonyme de gamètes permet déjà, en France, la conception d’enfants d’un père biologique éventuellement décédé.

Serions-nous devenus maîtres du temps  ? La secte Raël a promis l’immortalité en imaginant qu’on pourra transférer sur un clone les données du cerveau d’une personne vieillissante - c’est même le scénario d’un autre film  : À l’aube du 6e jour, avec Ar­nold Schwar­zenegger. Des scientifiques qui s’évertuent à repousser les limites qu’on croyait absolues ne cachent pas un mobile prométhéen. Fabienne Justel tente plutôt de conjurer le sort, de façon désespérée.

Près de deux ans après son veuvage, elle n’a visiblement pas fait le deuil de son mari, ni de leur projet commun d’enfant. Au risque de s’interdire des projets plus responsables. Il faut comprendre la difficulté qu’ont les personnes endeuillées à consentir au réel. Mais un refus obsessionnel de ce qui est advenu entrave leur capacité de vivre.

En matière de procréation, certaines prouesses techniques entretiennent donc de folles tentations. Ne pourrait-on braver les trois limites inhérentes à la condition humaine  : le corps, le temps et la mort  ? Y consentir nous impose au contraire de faire le deuil, jour après jour, de multiples réalités. Le temps, surtout, reste une créature avec laquelle tout homme doit apprendre à composer. Personne ne peut revenir en arrière. Vivre dans le présent et préparer le futur nécessite d’admettre que le passé est révolu. Faute de quoi l’on se perd dans des blocages stériles.

Si l’on cédait à la revendication de Fabienne Justel on porterait même atteinte aux droits de l’homme. Sa peine semble en effet l’empêcher de voir que tout être humain a besoin de s’inscrire dans le temps naturel de la vie, en étant conçu de deux parents vivants. Simple question de bon sens  ?

2 Messages de forum

  • 2 juillet 2010 12:02, par Hierop

    C’est un véritable scandale.
    cette femme a le droit de faire ce qu’elle veut du sperme de son mari. Puisqu’il lui a mis en reserve pour cela et qu’elle est d’accord. qu’est ce que c’est ces hommes de loi pervers qui se mêlent de se qui se passe dans un couple ? où est la faute ? ou est l’"erreur ? où est le mal ??? Chez ces paranoïques de la justice et de l’adminstration qui se conduisent en véritables dictateurs. c’est une honte ! vous brisez le coeur de cette femme pour une interdiction qui n’apporte rie à notre civcilisation ni à notre morale ??? pour votre seule confort et votre seule propre importance ! c’est même dégputant d’imbécillité.

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  • 6 juillet 2010 13:55, par Réginald de Coucy

    Notre ami "Hiérop" se scandalise bien facilement. Mais sa réaction a les accents d’un enfant capricieux à qui on refuse le jouet que possèdent ses petits camarades : "cette femme a le droit de faire ce qu’elle veut de...".

    Il confond tout simplement "possibilité de" et "droit de" ou "droit à".

    La vieille rengaine imbécile sur les hommes de lois ou les hommes d’Eglise qui s’occuperaient indûment de ce qui se passe dans le lit conjugal a sévi une fois encore. Ce qui "se passe dans un couple" n’est pas que de l’ordre du privé, du domestique.

    N’importe qui, même peu au fait de droit ou de morale sait qu’une copulation dans l’intimité du couple ayant abouti a une grossesse va nécessairement aboutir à des déclarations d’Etat-civil, à une identité, à des allocations diverses et à tout un cortège d’évènements intéressant la société et pas seulement la sphère intime.

    Autrement dit, la dichotomie privé-public en la matière n’est qu’une andouillerie idéologique de plus visant à faire croire que l’individu est roi en son royaume individuel (avec, néanmoins, des attentes fortes du soutien de la collectivité : les fameux "droits à" !...).

    J’invite par ailleurs notre ami "Hiérop" à consulter les ouvrages traitant de psychologie (ou consulter quelques arrières-grand-mères ayant encore quelques onces de solide bon sens de vie pratique). Il devrait arriver à comprendre à leur lecture que d’avoir pour père un mort au moment de la conception n’est pas précisément un atout favorable pour entrer dans la vie d’aujourd’hui, ni même dans la vie tout court.

    L’enfant qui naîtrait de cette insémination post-mortem serait assurément un succédané de Prozac destiné à adoucir le deuil d’une femme qui a manifestement grand besoin d’entreprendre un travail psycho-thérapeutique.

    Quelle perspective enthousiasmante que d’être, à vie, et avoir été, le médicament d’une mère dépressive et noyée dans ses illusions affectives !

    L’enfant à naître a lui aussi des droits ! Les obsédés du "droit à" l’oublient un peu trop souvent...
    Et vouloir concevoir délibérément un enfant dans de telles conditions est plus de l’ordre du projet prométhéen que de l’ordre de l’amour humain véritable et fécond.

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