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Arménie

La loi sur le génocide

par Dominique Souchet

jeudi 22 décembre 2011


Intervention de Dominique SOUCHET à la tribune de l’Assemblée nationale lors de la discussion générale sur la proposition de loi sur la contestation de l’existence du génocide arménien

Paris, le 22 décembre 2011

Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Mes chers collègues,

L’Assemblée nationale peut s’honorer d’avoir contribué à conférer au génocide arménien la place qui doit lui revenir dans l’histoire collective de l’humanité : celle du premier génocide du XXe siècle.

Cette reconnaissance officielle par la France du génocide arménien est intervenue grâce à l’adoption de la loi du 29 janvier 2001 et de son article unique, qui dispose que « la France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915 ».

La dimension symbolique de ce texte est essentielle, mais sa portée est purement déclarative. Nous nous trouvons donc dans une situation où seule la contestation du génocide juif perpétré pendant la seconde guerre mondiale constitue un délit.

Pour tenter de rétablir l’équilibre, l’Assemblée nationale a adopté en 2006 une proposition de loi tendant à faire de la négation de l’existence du génocide arménien un délit. Cette proposition a été rejetée par le Sénat.

D’où la nécessité de la nouvelle proposition de loi qui nous est soumise et qui vise à défendre les intérêts moraux et l’honneur des victimes de tous les génocides, et en particulier du génocide arménien.

Pourquoi se battre avec autant d’acharnement contre le négationisme à propos du génocide arménien ?

C’est parce que nous nous trouvons dans une situation tout à fait singulière. Nous faisons face à un négationnisme d’Etat, jusqu’ici inébranlable. Un négationnisme qui n’est nullement platonique, mais qui inspire directement la politique actuelle de la Turquie.

Les autorités turques ont exigé le silence absolu sur la question du génocide arménien comme une condition nécessaire pour engager la négociation de normalisation avec l’Arménie, qui a abouti aux protocoles que les autorités turques ont d’ailleurs décidé de ne pas ratifier.

Nous connaissons l’usage qui est fait de l’article 301 du Code pénal turc pour pénaliser dans ce pays toute forme de reconnaissance du génocide arménien. Usage que vient de condamner à l’unanimité, fin octobre, la Cour européenne des droits de l’homme.

Les arrestations de personnalités attestant dans leurs publications de la réalité du génocide arménien se poursuivent sans désemparer. Qu’il suffise de mentionner une des dernières en date, celle, fin octobre, de l’éditeur Ragip ZARAKOLU, qui n’a pas hésité à briser le tabou de l’histoire officielle sur le génocide des Arméniens et de tous les chrétiens d’Anatolie.

Les livres scolaires turcs continuent à rester muets sur le génocide arménien. La formation des jeunes diplomates turcs au discours de la négation est maintenu intact.

Les autorités turques continuent à proposer la réunion d’une « commission historique mixte », comme si la réalité du génocide était encore sujette à caution. Comme l’a dit le Président de la République à Erevan, « 1915-2011, c’est un temps suffisant pour la réflexion ».

Les réactions menaçantes et disproportionnées des représentants officiels turcs pour tenter d’empêcher l’adoption de cette proposition de loi par notre Assemblée montrent en elles-même leur attachement à cette politique d’Etat négationniste et leur incapacité à regarder leur histoire en face. J’ai été le témoin direct, au Parlement européen, de méthodes d’intimidations identiques lorsque cette assemblée a délibéré en faveur de la reconnaissance du génocide arménien.

Ce négationnisme d’Etat pose un problème de conscience à tous les responsables politiques qui dépasse très largement les frontières de la Turquie.

Cependant, à côté de cette politique d’Etat ancrée dans la dénégation, on peut constater certaines évolutions positives au sein de la société civile turque. Ainsi, une pétition demandant pardon pour la « grande catastrophe » subie par les Arméniens ottomans en 1915, lancée en décembre 2008, a recueilli la signature de nombreux citoyens Turcs.

Le vote de notre proposition de loi peut constituer un signal important pour tous ceux qui, au sein de la société civile turque, tentent courageusement de secouer le joug de ce négationnisme d’Etat, afin qu’un jour le déni soit définitivement brisé.

L’échéance du centenaire de 2015 pourrait alors jouer un rôle d’aiguillon, analogue peut-être à celui qu’a joué le bicentenaire de 1993 à propos de la Vendée, même si la reconnaissance officielle de ce génocide originel, ordonné par la Convention, reste encore à finaliser.

En témoignent à la fois l’inaboutissement de la proposition de loi déposée par notre collègue Lionel LUCA en 2007, invitant la République « à reconnaître le génocide vendéen de 1793-1794 » et l’amendement proposé par Jacques REMILLER à la présente proposition de loi, qui va dans le même sens.

Cette initiative devra être reprise sur la base des révélations des fouilles du Mans et de la redécouverte des archives de la Défense, qui confirment de manière éclatante l’intention génocidaire.

Notre légitimité légiférer sur le déni du génocide arménien est entière, le génocide étant l’élément fondateur de la relation franco-arménienne. « De la tragédie du génocide est née notre alliance », comme l’a rappelé Nicolas SARKOZY au Mémorial d’Erevan.

Je vois dans cette loi l’aboutissement du combat persévérant et courageux mené par les survivants de la diaspora arménienne et leurs descendants pour donner un sens à leur survie, à travers une lutte permanente contre la facilité de l’oubli.

Appartenant à une région, la Vendée, qui doit une bonne part de son identité à la volonté exterminatrice dont elle a été l’objet, je puis attester des conséquences profondes et durables qu’entraîne, par delà le temps du génocide lui-même, la persistance de son déni. Ce n’est pas un hasard si c’est sur ce fondement même que s’est nous une coopération étroite et profonde entre la Vendée et l’Arménie, en l’absence de toute communauté d’origine arménienne dans notre région.

Pénaliser le déni de génocide, ce n’est pas se substituer aux historiens. C’est reconnaître que cette dénégation n’est pas une simple opinion, mais la poursuite dans le présent de l’acte génocidaire. C’est mettre en œuvre la notion d’imprescriptibilité spécifiquement attachée au génocide et contribuer ainsi à la prévention de toute duplication. C’est attester que notre Parlement place au premier rang des valeurs s’il entend défendre, celle de la dignité humaine.

Pénaliser le déni de génocide, c’est souligner le rôle particulier de la France dans la défense du droit fondamental des personnes à leur histoire et du droit des peuples à la justice.

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http://www.letelegramme.com/ig/gene...

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Le débat parlementaire :

http://www.assemblee-nationale.fr/1...

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Bernard Antony et l’Agrif contre une loi liberticide

http://www.france-catholique.fr/Neg...

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Loi sur le génocide arménien : Hollande dénonce une "opération électorale"

http://www.lemonde.fr/politique/art...

Génocide arménien : la Turquie s’attaque au père de Sarkozy

http://www.leparisien.fr/internatio...

La Turquie accuse la France d’avoir commis un "génocide" en Algérie

http://www.lemonde.fr/politique/art...

Hervé de Charette : Génocide arménien : débat "indécent"

http://www.europe1.fr/Politique/Gen...

24 Messages de forum

  • 23 décembre 2011 21:31, par Bernard Richard

    Réaction d’historien à tout parlementaire : de quoi je me mêle ?
    Réaction d’ancien expert détaché auprès du ministère des affaires étrangères, en particulier dans le moyen orient : provincialisme caractéristique de députés le nez sur leur circonscription et ignorant les sensibilités diverses du monde étranger
    Encore une réaction d’historien : qu’en dit le spécialiste de l’histoire ottomane au Collège de France, Gilles Wenstein (ou Venstein, orthographe à vérifier), il a tenu il y a quelques années sur France Culture une série d’émissions passionnantes sur l’Empire Ottoman. A-t-il seulement été auditionné par un quelconque comité de l’Assemblée nationale avant ce vote "historique" mais pas historien ?

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  • 23 décembre 2011 22:43, par jakma

    Pénaliser le déni de génocide égale, pour moi, refuser la liberté de penser et la liberté d’expression. Etudier, argumenter, prouver de façon historique un génocide est nécessaire et louable. Nos députés n’avaient ils pas mieux à faire en ce moment ? Par exemple baisser leurs émoluments ?

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    • La loi sur le génocide 24 décembre 2011 08:14, par Bernard Richard

      Baisser les salaires, à propos du génocide arménien, je n’y avais pas vraiment pensé mais président de la République "au premier chef", premier et jusq’u dernier ministre, députés, sénateurs afin assis sur leur insigne magot, on en parle souvent en famille, dans la rue, etc. ; c’est un thème certes populiste, voire poujadiste, mais qui revient souvent, un thème prégnant par les temps qui courent et que Monsieur le député l’entende, s’il lit ces commentaires et n’est pas affecté de surdité ou strabisme parlementaire

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  • 24 décembre 2011 00:22, par Jacques KOTOUJANSKY

    Quelle sotte intervention !
    La France se déshonore par l’intermédiaire de ses sots parlementaires, obéissant à une consigne du pouvoir politique, comme d’habitude.
    Ces bougres et bougresses sont plus habiles pour voter des sottises que pour apporter aux Français la paix et la prospérité !
    Du balai, messieurs les censeurs, et place aux vrais historiens s’ils veulent la parole, là comme ailleurs !
    Quant à M. Souchet, qu’il rentre sous terre pour avoir voté "pour" l’odieuse agression de l’OTAN en Libye et la participation de la France à celle-ci !
    JK

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  • 24 décembre 2011 09:34, par Déjanire

    Si le déni de génocide est pénalisé pour ce qui concerne les Juifs, il est inadmissible qu’il ne le soit pas pour les Arméniens. Le mieux serait alors de respecter la liberté de penser, d’étudier, d’argumenter, de prouver... et cela SANS exception(s) !

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  • 24 décembre 2011 10:58, par Fournier

    Le dernier livre de Mr Secher sur le "mémoricide" de la Vendée par tous les gouvernements de France depuis bientôt 250 ans devrait inciter nos dirigeants à commencer par balayer devant leur porte.
    On ne peut reprocher aux autres les péchés que l’on commet soi-même !

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    • La loi sur le génocide 24 décembre 2011 23:00, par Bernard Richard

      M. Secher est-il vraiment crédible, ne multiplie-t-il pas les anachronismes dans ses rapprochements à travers les siècles, les situations diverses ?
      Je ne suis pas entré dans l’étude de la question, mais il ne me semble pas que la "communauté universitaire" ou la "communauté historienne" le suive dans ses travaux et ses conclusions. Certes il a ses fidèles, toujours les mêmes, et qu’on entend chaque fois qu’on parle de génocide, mais cela reste assez marginal.
      Notons cependant que chaque fois que la France subit une grave défaite extérieure, le pouvoir revient - certes momentanément - aux tenants de l’idéologie véhiculée par de type de fidèles : la Restauration de 1814-15, l’Ordre moral du maréchal de mac Mahon en 1873, l’Etat français de 1940. Alors on parle d’expiation, de repentance, de France pénitente. A quand la prochaine ?

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      • La loi sur le génocide 26 décembre 2011 00:13, par Henri

        Toute loi mémorielle est pénalisante est contraire à une approche saine de l’histoire. qui a de multiples facettes et surtout instrumentalise l’histoire, ce qui a été le péché mignon de l’enseignement républicain que j’ai subi comme gosse et dès l’âge de 8 ans je me suis révolté contre cette vison unilatérale, et donc inexacte. Une vision édifiante, donc appauvrissante de l’histoire ne soit jamais servir de chien de garde à un régime, c’est le rôle que lui font jouer les régimes totalitaires et à ce titre nous en avions déjà pris le chemin dès le début des républiques….
        Oui, Bernard Richard, en Vendée la République s’est déshonorée, mais pas seulement en Vendée, à Lyon, à Toulon etc., mais est-ce à une loi de le dire et de l’imposer à ceux qui se sentent de sensibilité républicaine. (Certes ce n’est pas s mon cas, mais je m’en voudrais d’imposer ma vision !) Lisons donc les livres de Lenôtre sur le massacres de septembre, voyons Rohmer " l’Anglaise et le Duc, le Danton de Wajda, bref comme toute personne un peu curieuse, je savais depuis longtemps ce qui s’était passé en Vendée "
        Lisons aussi la dernière à l’échafaud de Gertrud von le Fort, qui transfigure le martyre des Carmélites Compiègne, qui ont moralement gagné sur leurs ennemis, faisons connaitre de même le Testament de Louis XVI et la dernière lettre de Marie-Antoinette dans cet esprit , et tout honnête personne ne peut qu’être horrifié ou dégouté sur ce fondé les premières années notre du régime. Mais de grâce n’imposons rien de ce genre à nos concitoyens surtout dans le cadre de la république.
        Certes les Russes ont solennellement ré-enterré le Tsar et sa malheureuse famille massacrée, (l’Eglise l’a béatifié, mais c’était pour ses vertus personnelles, non en tant que chef d’Etat) et les russes qui ont du cœur semblent être tous d’ accord avec cette cérémonie de réparation, de réconciliation avec eux-mêmes. . Ce n’est pas demain la veille qu’on fera à Notre Dame un service solennel pour le Roi martyr, la Reine outragée , sa sœur et l’enfant du Temple qui hante nos consciences , les esprits n’y sont pas encore prêts
        La démarche de Secher est donc hautement suspecte, c’est comme républicain qu’il joue ce jeu dangereux dans son dernier livre demandant une loi, alors qu’il déteste nos Rois Louis XVIII , Charles S X et Louis Philipe qui ont , eux , ont cherché la réconciliation , peut être trop naïvement ou faisant trop de concessions ou pas assez, , mais enfin montrant l’exemple de ce doit faire le pouvoir politique , chercher l’unité de la Nation , non de ranimer des querelles instrumentalisées et destructrices.
        Secher a été persécuté à l’Université ? C’est bien possible, qu’il se défende. Je connais des professeurs royalistes au Lycée et à l’Université, qui sans renier leurs convictions, ont su faire rayonner leur enseignement ; oui que Secher se défende certes, mais si qu’il n’utilise ce mauvais moyen d’une loi mémorielle de plus sur ces pauvres Vendéens. Et après pourquoi pas sur les Camisards ? Et, les guerres de religion ?
        En revanche la démarche de Soljenitsyne au Puy du fou vaut toutes les lois mémorielles et est admirable
        Certes le culte de la révolution a eu des conséquences graves et catastrophiques, par exemple dans la Russie Bolchevique, au Cambodge communiste et bien ailleurs et encore aujourd’hui en France, , mais le rôle d’un historien est de nous éclairer avec d’autres et non d’instrumentaliser une mémoire , en se substituant à notre liberté, d’utiliser d’autres moyens ,ce que d’autre sont fort bien fait.

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        • La loi sur le génocide 28 décembre 2011 19:04, par Bernard Richard

          Difficile de répondre à ce message qui s’appuie sur des types d’auteurs si différents, certains historiens (mais G. Lenôtre pratiquait un type d’histoire puissamment idéologisé mais aussi tellement obsolète...), d’autres romanciers ou auteurs dramatiques. Et puis faire de la Révolution française la source de la Révolution soviétique ou cambodgienne, c’est un classique des tenants d’une certaine idéologie qui relève de la croyance, des convictions plus que de la recherche historique, même si on trouve l’idéologue François Furet dans ce groupe, un Furet plus philosophe et idéologue qu’historien chercheur. Disons fortement que chaque fois que la liberté a été effectivement combattue, voire détruite en France après la Révolution française, aux XIXe et XXe, ça a été au nom d’une idéologie contre-révolutionnaire bien plutôt qu’au nom de cette Révolution française. Les seuls tenants s’inspirant de 1793 et luttant au besoin contre la liberté (dite par eux "bourgeoise"), les Blanquistes puis une partie du PCF, n’ont jamais effectivement pris le pouvoir et, pour ce PCF, c’est plutôt dans le bon camp qu’on le retrouve quand la liberté est combattue et détruite par l’Occupant et un Etat français devenu complice et milicien. Mieux vaut être aux côtés du jeune communiste, fils de communiste, Guy Môquet que dans le camp de ceux qui dénoncent au même moment l’héritage de la Révolution française et la démocratie comme source de tous les maux dont souffre la France. Mais enfin, à chacun ses convictions, tant qu’on jouit des libertés démocratiques, héritage des "principes de 89".

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      • La loi sur le génocide 26 décembre 2011 02:00, par Ansart

        Autant le 1er message de Monsieur Richard semble tout à fait pertinent, sauf à reconnaître que le parlement est dans son rôle lorsqu’il s’occupe de définir les délits, autant son troisième message semble non pertinent puisqu’il se borne, sans être entré dans l’étude de la question, à exprimer son animosité assez véhémente envers un auteur qui, à son avis, n’est pas crédible sur le plan historique. Pourquoi donc ne rassemblerait-il pas les historiens, les vrais, pour constituer spontanément une commission et donner une définition claire du terme de génocide, en en donnant un recensement pour une époque significative (par exemple depuis la révolution française ). Ainsi cette honorable catégorie de personnes saisirait-elle avec efficacité l’occasion d’instruire les citoyens à propos d’une question actuellement débattue, et fournirait-elle également un matériau crédible à nos chers élus pour parfaire notre droit.

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        • La loi sur le génocide 29 décembre 2011 07:59, par Bernard Richard

          Mais voyons ! Les historiens ne sont pas des juges, le "tribunal de l’Histoire" est un fantasme de non-historiens. En outre tout historien est de son temps, habité par les préoccupations contenporaines, même s’il fait de l’histoire ancienne, voire de la préhistoire.
          La recherche historique avance à tâtons, au fur et à mesure des centres d’intérêt nouveaux et des découvertes d’archives nouvelles (voyez la différence entre le "Pétain bouclier", concept créé par Pétain lui-même, par exemple dans un plaidoyer tardif d’août 44 et repris par le si obsolète aujourdh’ui Robert Aron et le Pétain tracé par les historiens américains et français d’aujourd’hui, de Paxton à Jean Pierre Azéma ou Olivier Wieviorka, ce Pétain obsédé par la contre-révolution, pariant sur la victoire des Nazis et donc sur une nécessaire collaboration avec ces derniers et orientant l’Etat français à partir de ces convictions, y compris dans le durcissement de la politique anti-juive, anti-franc-maçonnerie, anti-résistance jusqu’à créer l’Etat milicien de 43-44), mais ces avancées d’une science humaine, "trop humaine" qui ne font que tendre vers une vérité jamais atteinte n’ont rien des jugements d’un tribunal.

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          • La loi sur le génocide 1er janvier 19:29, par Henri

            Lenôtre n’est pas un historien idéologue, c’est tout le contraire, il restitue les faits qui , il est vrai ,ne donnent pas une image très sympathique de certains acteurs de la révolution française, mais enfin ce sont des faits vivants, qui résonnent encore aujourd’hui un peu ignorés des historiens lyriques. . C’est d’ailleurs le fond du problème, le récit de ce qui s’est passé, sans apriori idéologique, ou les tartines lyriques même si elles émanent de grand historiens comme Michelet. Il ya aurait toute une psychanalyse jungienne à faire des historiens de la révolution française jusqu’à nos jours.
            Par ailleurs ce sont le Khmers rouges eux- mêmes qui se sont réclamés de la révolution française et sa Terreur salvatrice, quant aux Léninistes, ils n’y étaient pas hostiles à première vue ! Donc inclure la révolution française comme possible matrice, c’est rendre à César, ce qui est César et nous renvoie à notre réflexion,
            Certes Secher a tort d’instrumentaliser sa descendance des vendéens et d’avouer publiquement qu’il veut réparation en faisant jouer les lois mémorielles, ce qui est une mauvaise manière d’éclairer l’histoire., mas il n’a pas tort de demander un rééquilibrage d e l’enseignement de l’histoire ou ce qu’il en reste Certains de ses contradicteurs universitaires auraient quand pu avoir l’honnêteté de discuter ses arguments sur le fond plutôt que de lui renvoyer l’ascenseur et délégitimer ses recherches par un apriori Au 18 siècle il n’ya pas d’exemple d’uen telle violence (Qu’ils lisent donc à ce sujet, le dernier livre de Michéa qui est comme Secher un bon républicain ! ) sur le complexe d’Orphée. ) On sait bien an avant Secher que se sujet est resté un peu tabou , à la suite de Marc Sangnier, avec l’appui des démocrates chrétiens – comme si être chrétien devait nous conduire à faire l’impasse sur la rigueur historique…- , comme d’ailleurs l’attitude curieuse pour ne pas dire insultante de Clémenceau et ses sbires, le précédant qui tenaient le pouvoir au moment d’Union sacrée devant les recherches sincère d’une paix juste.

            On sait aussi que la tragédie de Katyn est restée longtemps taboue ou enfouie Bref l’école de la république que j’ai servi et reçue a bien du chemin à faire ; Il est vrai qu’aujourd’hui les repères historiques ont été englouties ; Moi, je parle du passé jusqu’en 1968, à peu près Peut être notre histoire nous reste à travers de la gorge sur la fondation de notre régime qui a quand même abouti à la débâcle de 1940 et que nous avons du mal à tirer du fond du puits, sinon la vérité, du moins un éclairage qui nous touche. Quoique…
            Je crois aux résurgences non aux lois mémorielles surtout républicaines !
            Enfin en France arrêtons de voir en Vichy le triomphe de la contre révolution. Vichy reste un phénomène complexe, avec des éléments très disparates. Aujourd’hui le nécessaire débat devient de plus en plus passionnel, instrumentalisé et il n’est pas sûr que Paxton soit la bible absolue, lui aussi interprète. Oui ou non veut –on une histoire, non pas objective mais non une histoire, qui est devenue une prise en otage ou la polémique perpétuelle.
            Si Bernanos était plus qu’hostile à Vichy, ce n’est pas nom de son hostilité à la contre Révolution et il y eut d’autres résistants issus du royalisme et même après tout de Gaulle dont le père était royaliste, qui lui eut souvent une attitude ambigüe sur ce sujet, ( et puis que fait –on de d e Lattre qui a suivi Vichy jusqu’en 1942) l’histoire est aussi complexe et la ligne de démarcation est entre ceux qui avec patience veulent construire notre histoire ( les constructeurs ) et les dé-constructeurs, souvent idéologues de tout bord qui veulent déconstruire , non entre pro révolution et contre révolutionnaires, surtout sur le plan de nos libertés !! A nous de choisir.

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  • 24 décembre 2011 11:35, par jaqiuenot001

    Pourquoi vouloir oublier le génocide des Arméniens ? Peut être que certains pensent que les morts et les martyrs perpétrés n’ont pas été suffisamment nombreux, ou que la croyance religieuse ne doit pas être prise en considération lorsqu’on parle de génocide ?

    Si les Turcs veulent rentrer dans l’Europe qu’ils montrent leur ouverture d’esprit, leur respect des croyances (je suis peut-être en train de me donner un coup sur le pied ....depuis quelques mois notre pays n’est pas l’exemple du respect des libertés religieuses), leurs marques de nationalisme, car parler d’un génocide d’antan n’est pas une critique de l’évolution actuelle.

    Le génocide est historique et les arrières pensées sont actuellement socialement néfastes, vu la réponse immédiate et vigoureuse de la Turquie l

    De toute façon pourquoi se centrer seulement sur la Turquie ? Cela parait très bien orientée : le Rwanda, la Yougoslavie, l’Inde ........ ?

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    • La loi sur le génocide 29 décembre 2011 08:03, par Bernard Richard

      Lisez l’avis édifiant de Pierre Nora dans Le Monde du 28 décembre et vous changerez peut-être d’avis. En tout cas sa hauteur de pensée est impressionnante et le discours de Dominique Souchet, en comparaison, est assez affligeant

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  • 26 décembre 2011 09:14, par Marie-Anne

    Question à France catholique :
    Pourquoi avez-vous choisi, sur le thème du vote de cette loi, de relayer uniquement l’avis de M. Souchet, c’est-à-dire un avis positif ? Sur cette loi, seule une prise de position allant dans le sens de celle de M. Souchet serait-elle catholique, et pas son contraire ? Je ne le pense pas. Dommage pour le souci d’objectivité dont il serait bon que votre revue fasse preuve.

    J’aurais aimé que, par souci d’objectivité justement, vous ayez relayé aussi, puisque vous faites le choix d’aborder ce thème, l’avis de la communauté des historiens, qui récuse le bien fondé des lois mémorielles quelles qu’elles soient. cf. :
    http://mediabenews.wordpress.com/ta...
    Voir aussi le texte de l’Appel de Blois (2008), très éclairant :
    http://www.lph-asso.fr/index.php?op...
    « Inquiets des risques d’une moralisation rétrospective de l’histoire et d’une censure intellectuelle, nous en appelons à la mobilisation des historiens européens et à la sagesse des politiques.
    L’histoire ne doit pas être l’esclave de l’actualité ni s’écrire sous la dictée de mémoires concurrentes. Dans un État libre, il n’appartient à aucune autorité politique de définir la vérité historique et de restreindre la liberté de l’historien sous la menace de sanctions pénales.
    Aux historiens, nous demandons de rassembler leurs forces à l’intérieur de leur propre pays en y créant des structures similaires à la nôtre et, dans l’immédiat, de signer individuellement cet appel pour mettre un coup d’arrêt à la dérive des lois mémorielles.
    Aux responsables politiques, nous demandons de prendre conscience que, s’il leur appartient d’entretenir la mémoire collective, ils ne doivent pas instituer, par la loi et pour le passé, des vérités d’État dont l’application judiciaire peut entraîner des conséquences graves pour le métier d’historien et la liberté intellectuelle en général.
    En démocratie, la liberté pour l’histoire est la liberté de tous. »
    Pierre NORA, président de Liberté pour l’Histoire.

    Une historienne... catholique

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    • La loi sur le génocide 28 décembre 2011 17:37, par admin

      @ Marie-Anne

      Pour dire qu’il n’a relayé que le point de vue de Dominique Souchet, vous n’avez pas bien regardé le site de France Catholique. Le moteur de recherche en haut à droite permet de retrouver des articles par mots-clefs :

      Charles

      http://www.france-catholique.fr/Neg...

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    • La loi sur le génocide 29 décembre 2011 08:09, par Bernard Richard

      Effectivement les réflexions de Pierre Nora sont d’une autre hauteur de vue que le discours de Dominique Souchet, souvent d’ailleurs étonnant car masquant un peu d’où il vient et où il se dirige (vers la Vendée, vers le 10 Août, vers le "14 Juillet, fête du sang" ?)

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  • 26 décembre 2011 11:24, par elkana

    Monsieur Richard, vous dites "Je ne suis pas entré dans l’étude de la question", "il ne me semble pas que". Ne serait-il pas judicieux de savoir de quoi vous parler avant d’en parler ?

    Je vois 7 erreurs ou plutôt fautes dans ce que vous dites :
    1) l’ignorance de la réalité historique
    2) l’amalgame : On ne peut amalgamer les catholiques persécutés qui sortaient de la Révolution en 1815 et ceux qui ont collaborés avec les nazis.
    3) l’anachronisme  : Les catholiques de 1940 ne sont pas les catholiques de 1815.
    4)le mensonge, la déformation, le travestissement de l’histoire : soutenir que les catholiques persécutés par la Révolution sont les mêmes qui ont soutenu Pétain, revient à accuser tous les catholiques de collaboration. C’est de la diffamation, de la falsification de l’histoire, de la calomnie, du mensonge. Les catholiques sont solidaires de leurs frères persécutés sous la Révolution, mais pas de ceux qui ont collaboré avec Pétain. Merci en passant à tous les catholiques qui ont participé largement (par les pensionnats, les institutions religieuses, les filières de transfert hors du France et la délivrance dans les paroisses de faux certificats de baptême)au sauvetage de 75% des Juifs français et 86% des enfants juifs.
    5) les contradictions  :
    a)En vous lisant, nous arrivons à la conclusion que la France a subi grave défaite extérieure sur grave défaite extérieure, chaque fois que le pouvoir n’est pas aux mains de la catégorie de fidèles que vous avez créée.
    b) vous critiquez l’anachronisme alors que vous le pratiquez vous-même.
    6) la malhonnêteté intellectuelle. Il n’est pas normal que tout et n’importe quoi puisse être dit contre les catholiques. Quand il s’agit des juifs, on parle d’anti-sémitisme, pour les musulmans, il s’agit d’islamophobie. Quant il s’agit des chrétiens, tout est possible : mensonges, calomnies, insultes. Cette demande d’honnêteté intellectuelle sera sans doute déformée en " nouvel ordre moral", "inquisition", ou je ne sais quelle bouillie idéologique. Ce sont de telles calomnies et mensonges qui sont les fondements de persécutions.
    7) l’idéologie : cette malhonnêteté intellectuelle montre le choix d’instrumentaliser l’histoire pour défendre une opinion idéologique.

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    • La loi sur le génocide 29 décembre 2011 08:14, par Bernard Richard

      J’ai donc commis les sept péchés capitaux au Tribunal d’"elkana", mea culpa, mea maxima culpa, mais qui donc aujourd’hui peut réchapper de ce tribunal caricatural ? En outre je suis accompagné par un bien petit esprit, Pierre Nora. Que ce dernier au moins ne me fausse pas compagnie.

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    • La loi sur le génocide 29 décembre 2011 08:23, par Bernard Richard

      Il ne faut pas confondre "les" catholiques avec "des" catholiques, ce que vous commettez en croyant commenter mon papier, de même qu’il ne faut pas confondre "les" musulmans avec "des" musulmans (mieux dits alors "islamistes"), car toute religion pâtit de ceux qui cherchent à l’instrumentaliser à des fins trop humaines.

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  • 26 décembre 2011 20:56, par Robert

    Il y a des apparentes contradictions dans cette affaire que je ne m’explique pas.
    Pourquoi revenir sur un texte déjà voté, aggravant des sanctions de manière inapplicable au vu des moeurs actuelles ?
    On voit tous les jours l’impunité de communautés étrangères en France concernant certaines attitudes relevant pour d’autres des tribunaux.
    Qui fera appliquer cette loi et par quels moyens ?
    De plus, la marche forcée, malgré les dénégations hypocrites de notre président, de l’entrée de la Turquie dans l’union européenne semble se poursuivre.
    Est-ce que ce texte a été décidé par des imbéciles ou comme un gage de la "pureté" démocratique de la Turquie, justifiant de l’accueillir parmi nous ?
    il me semble d’ailleurs que les arméniens qui réclamaient cette loi sont favorables à l’entrée de la Turquie dans l’Europe.
    Ne serait-ce pas un coup de billard à deux bandes avec la complicité de la communauté arménienne et des instances européennes ?
    En tout cas, ce n’est pas aux législateurs d’écrire l’histoire et de la figer dans une interprétation officielle et définitive. Cela s’est pratiqué en URSS et en Chine, nous devrions ne pas en être fiers.
    Et la Turquie, démocratique ou pas, n’a rien à faire dans l’Europe avec ses 150 millions de turcophones d’Asie centrale.
    Le nationalisme raciste des turcs va probablement donner libre cours à ses excès dans les semaines qui viennent à notre égard.
    Puisse cela réveiller les consciences chloroformées de nos compatriotes et des chrétiens.

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  • 28 décembre 2011 16:47, par Jérôme

    Bonjour,

    Cette loi sur le génocide arménien procède comme toutes les lois dites mémorielles d’une perversion du mot de loi. Elles accentuent la concurrence des mémoires. En ce qui concerne la Turquie, nos dirigeants sont de fiéfés hypocrites car ils nous préparent l’adhésion bon an mal de ce beau pays occidental à notre chère Europe sans frontières. Ainsi, cette loi permet de ne pas affronter la réalité tout en feignant le contraire...

    Tout cela est une belle mascarade !

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  • 31 décembre 2011 16:40, par Philippe Pouzoulet

    Cette loi met à côté de la plaque.

    D’une part, le législateur n’a pas à intervenir par voie de sanction pénale pour imposer une vérité historique ou un discours historiquement correct dans la lignée des lois mémorielles que la gauche a d’ailleurs été la première à promouvoir pour des raisons idéologiques.

    D’autre part, s’il s’agit de peser sur la Turquie, pourquoi donc poursuit-on depuis des années des négociations d’adhésion à l’Union européenne avec un pays qui, d’une part, n’est pas un pays européen et qui, d’autre part, refuse de voir son passé en face ?

    Est-ce qu’on aurait fait l’Europe avec une Allemagne en déni de nazisme ?

    S’il était question d’autre chose que de capter quelques précieuses voix de franco-arméniens, alors que l’UMP aille au bout de sa démarche pro-arménienne et que le gouvernement français fasse de la reconnaissance du génocide arménien par la Turquie un préalable à tout nouveau progrès dans les relations euro-turques (un génocide commis d’ailleurs par des Turcs mais aussi des Kurdes).

    Il suffit d’aller lire le communiqué mis en ligne par l’ambassade de Turquie en France pour constater que les autorités d’Ankara n’ont pas encore compris le message...Car ce qui est en cause ici, ce sont les fondements mêmes de la Turquie moderne qui s’est établie non seulement sur un génocide mais encore sur l’annexion d’une partie de l’Arménie (Kars), d’une partie du Kurdistan, et par la mise à la porte des Grecs d’Asie mineure. Et cela, il n’est pas non plus question d’en parler,parce que c’est tout le mythe de la Turquie kémaliste 100% turque de l’ouest à l’est qui risque d’en prendre un coup...Mythe au nom duquel les minorités religieuses de Turquie sont encore aujourd’hui sacrifiées au mépris des clauses du traité de Lausanne.

    Il y a encore beaucoup trop de cadavres dans les placards turcs pour que ce pays, dont on rappelle qu’il occupe illégalement une partie de l’île de Chypre, puisse inspirer totalement confiance.

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