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Chronique sur Radio Notre-Dame (8 février 2010)

La culture chrétienne

par Gérard Leclerc

lundi 8 février 2010


Depuis plusieurs années, on se préoccupe dans notre pays de la culture religieuse chez les jeunes Français. Le philosophe Régis Debray fut chargé d’une mission précise sur la façon d’introduire dans les programmes de l’école publique l’enseignement du fait religieux. C’est un problème en soi. Mon incompétence m’empêche de faire des rapprochements hasardeux avec les travaux de Christian Walter. Mais j’oserais dire quand même qu’il y a une difficulté de logiciels. Les logiciels d’un enseignement areligieux sont-ils en mesure de transmettre un message foncièrement religieux ?

Je ne nie pas qu’il y ait une part de connaissance, disons factuelle, qui puisse passer par les canaux scolaires, mais rien ne pourra remplacer le contact personnel avec le génie propre d’une religion et notamment ses sources scripturaires. Qu’en est-il de la connaissance que les Français ont de la Bible ? Sont-ils familiers des textes de l’Ancien et du Nouveau Testament ? Voilà une question qui mérite d’être posée et à laquelle répond un sondage Ipsos, publié dimanche à l’occasion d’une exposition à l’UNESCO sur la Bible et financé par une association protestante, l’Alliance biblique française.

Grâce à ce sondage, on apprend qu’un quart de la population déclare lire la Bible. Pourtant, les Français dans leur ensemble paraissent convaincus de l’intérêt culturel et spirituel d’un livre, qui, par ailleurs serait plus estimé par les nouvelles générations que par les anciennes. Au total, pourtant, on est tenté de s’interroger. C’est bien les trois quarts de la population française actuelle qui ne lisent pas la Bible. Même s’il n’est pas nécessaire d’avoir un contact direct et permanent avec les textes pour être marqué par une culture spirituelle inscrite dans les représentations, les souvenirs, les références sociales, il est patent que le phénomène d’entropie religieuse constaté par Regis Debray et les pouvoirs publics est lié à l’éloignement de l’étude des textes. Ce qui n’était pas le cas dans un passé pas si lointain, lorsque les jeunes Français étaient massivement catéchisés.

On parlera de sécularisation, c’est-à-dire d’une société qui s’est éloignée de la culture biblique et surtout de la foi dont elle vivait naguère. Mais il faudrait savoir si un phénomène qui se rapporte à un processus d’oubli progressif des sources d’une connaissance aussi essentielle à une civilisation peut être considéré comme un progrès. L’ignorance, pas plus que l’amnésie, ne constituent un gain pour une société. On parle beaucoup d’identité en ce moment. Mais qu’est-ce qu’une identité culturelle qui ne se nourrit pas aux documents fondateurs ? Sinon une notion équivoque et disponible pour tous les fantasmes ?

La connaissance précise, l’étude de la Bible, constitue le préalable au refoulement des fantasmes, parce qu’il s’agit de la plus étonnante pédagogie, celle qui s’autorise de plusieurs millénaires. La Bible est, en même temps, un monument indispensable de culture humaine et une source jaillissante qui permet l’accès de l’homme au mystère caché depuis les origines. Impossible de dissocier ces deux dimensions. L’évangélisation ne va pas sans progrès de notre humanisation.

http://www.radionotredame.net

http://www.la-croix.com/article/index.jsp ?docId=2413908&rubId=4079#1265648400000

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1 Message

  • La culture chrétienne

    11 février 11:05, par admin

    A propos de l’article "La Culture Chrétienne" de Gérard Leclerc (Fr. Catholique, 9/2/2010)

    Je voudrais signaler qu’à l’Université de Provence (Lettres modernes, Littérature comparée), nous avons créé en 1982 - à la demande des étudiants, conscients de leurs lacunes - un cours hebdomadaire, systématique : en 2e année, L’Ancien Testament (le TaNaKH), en licence : le Nouveau Testament. Ces cours supposaient un travail assez lourd (dissertations, oraux, dossier iconographique commenté, contrôles des connaissances éliminatoire, visites de musées) et permettaient l’obtention d’ unités de valeur ; l’effectif, nombreux, a toujours été passionné. Ceci a été complété pendant quelques années par un cours "Culture religieuse, littérature profane" : sans cela, comment comprendre la "Messe d’Elsa", d’Aragon, ou le magnifique Bariona de Sartre ?Je dois beaucoup à mon collègue André Dabezies qui m’a beaucoup aidée dans les commencements.

    Ces cours "laïques" n’empêchaient pas une approche théologique, philosophique (Levinas…), quelques indications de liturgie ; ils ont eu un public athée, juif, musulman, chrétien. Je sais gré à l’ouverture d’esprit de ces étudiants qui découvraient en même temps la Bible et le comparatisme.

    Sans doute Régis Debray a raison de se préoccuper de l’effacement de la culture chrétienne. Peut-être l’ignore-t-il ? Depuis des années, certains collègues, dans les universités, font tout leur possible pour maintenir un minimum de connaissances. Mais la question qui se pose est tout autant celle de la formation des enseignants que celle des étudiants. Il n’est pas sûr que tous sachent identifier une citation biblique dans un texte littéraire (pas plus, d’ailleurs, qu’une référence à un mythe grec …). Nous avons encore beaucoup de travail devant nous.

    Lucienne Bozzetto-Ditto.

    Merci de me permettre de réparer une injustice à l’égard de collègues qui se donnent beaucoup de mal et dont R. Debray a l’a d’ignorer l’existence.

    Et merci pour la qualité de France Catholique ! Bonne continuation, en toute sympathie, L.Bozzetto-D.




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