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Medvedev à Notre-Dame

par Gérard Leclerc

mercredi 3 mars 2010


La visite du président russe à Paris a été notamment marquée par une visite à la cathédrale Notre-Dame où Dmitri Medvedev et son épouse ont vénéré les relique de la Couronne d’épines. Événement singulier que celui-là  ! Quel autre chef d’État aurait pu accomplir une telle démarche dans le cadre d’un programme officiel  ? On ne l’imagine pas et l’on est contraint de s’interroger sur la particularité de cette Russie sortie de sa période soviétique de soixante-dix ans où l’athéisme était idéologie d’État et où la pire persécution de l’Histoire sévissait contre les chrétiens. Mais les écrivains prophètes qu’étaient Dostoïevski et Soljénitsyne l’avaient annoncé. Sortie de son expérience totalitaire, la Russie ne pouvait que revenir à son identité spirituelle, la seule qui puisse éclairer et rassembler un peuple meurtri. Évidemment, ce n’est pas parce que le nouvel État russe affirme son attachement à une telle identité qu’il se révélera exemplaire sur tous les terrains, y compris celui du respect des droits élémentaires des personnes. La Russie se trouve face à d’immenses défis de tous ordres  : politiques, économiques. Sa situation internationale n’est pas son moindre souci au sein d’un monde en plein bouleversement où elle aspire à retrouver un rôle éminent. La spiritualité ne peut remplacer la politique ou compenser les défauts d’un système qui peine à s’inventer. Du moins peut-elle insuffler une âme commune, modifier certaines mœurs, susciter plus d’entraide et offrir un idéal supérieur aux sombres combinaisons des clans et des appétits. C’est le vœu que l’on adresse au Ciel pour aujourd’hui et demain.

Chronique de Gérard Leclerc écrite pour le quotidien Le Bien Public

http://www.notredamedeparis.fr/Visite-du-President-de-la


Chronique à Radio Notre-Dame

C’est avec une certaine réserve que je me permets d’intervenir ce matin à propos de la Sainte Russie. N’étant ni spécialiste au sens universitaire de cet immense sujet, ni immergé dans la piété orthodoxe - ce qui est le cas de quelques uns de mes amis - je n’en puis parler que de mon point de vue très partiel, qui est celui d’un témoin qui a espéré en la renaissance d’une certaine idée de la Russie. C’était à un moment où la chute de l’Empire soviétique demeurait très problématique et où d’excellents observateurs comme Raymon Aron en doutaient fortement. Cette idée-là, c’est d’abord Dostoïevski qui me l’a instillée avec la lecture de ses grands romans. Elle s’imposait à moi et à bien d’autres à travers l’expérience forte d’un désastre spirituel au sein duquel une lumière perçait, un témoignage irréductible se dessinait, celle de la foi d’un peuple au sein d’une menace massive. Celle que font peser « les possédés » sur le destin d’un peuple et le salut des âmes !

Pourtant, il y avait des difficultés dans la réception de Dostoïevski. En France même existe une tradition tenace qui vient, d’Henri Massis à Alain Besançon, pour stigmatiser les tentations et les périls du courant slavophile. Et il est vrai que l’auteur des « Frères Kamarazov » n’en est pas indemne et que les théologiens, y compris orthodoxes, ont beaucoup à redire sur son orthodoxie précisément. Aux deux sens du terme : celui du christianisme russe en son authenticité et celui de la rigueur de la foi. Dostoïevski n’est pas le seul de son espèce à provoquer doutes et objections. C’est aussi le cas d’un Berdiaev qui fit tant pour répandre en France le génie propre de la spiritualité russe.

J’ajouterai toutefois que je ne retrouve pas ce genre de difficultés avec le génie de cet immense contemporain que fut Alexandre Soljénitsyne. Mais les ambiguïtés de la théologie des « frères Karamazov » ont, à mon sens deux explications. La première tient à une certaine infirmité théologique dont l’écrivain est la victime. La seconde de l’expérience propre à un homme qui, à travers l’apocalypse de l’âme russe, rend compte de son propre retour des enfers. Son itinéraire, c’est en grande partie celui d’un homme qui échappe à son propre nihilisme et à celui de son époque. Ce qui en résulte, est une expérience spirituelle de conversion difficile, périlleuse. Certes, la critique n’a pas grand mal à souligner les graves déficiences de la christologie dostoïevskienne. Mais c’est que celle-ci se formule dans la douleur extrême, qu’elle s’inspire de la foi populaire, non savante, spontanée, qui n’est nullement le fait d’une école théologique structurée. Elle peut se réclamer aussi de ce personnage typique qu’est un staretz, une sorte d’ermite qui n’a que sa foi et son rayonnement intense pour éclairer le peuple.

Si un théologien aussi savant que le Père de Lubac a donné une telle importance à Dostoïevski dans son livre célèbre Le drame de l’humanisme athée, c’est en vertu de la lucidité tragique de l’écrivain qui a compris que l’athéisme contemporain ne libérait pas l’âme russe et son âme à lui. Bien au contraire il les « dévorait » pour reprendre sa propre expression. Et pour échapper à l’enfer du nihilisme et de la possession, il n’y avait que le pur témoignage de la foi, celui qui subsistait chez les plus humbles, celui qui renaît aujourd’hui, il faut l’espérer fermement, avec la liberté religieuse et le renouveau d’une Eglise disposant de l’héritage inaliénable de sa liturgie et de sa spiritualité.

http://www.radionotredame.net

— -

http://www.orthodoxie.com

— - Le front de Dmitri Medvedev, posé sur une icône de la Vierge, à Notre Dame de Paris, mardi 2 mars, surprend. Un président russe - baptisé dans l’Eglise orthodoxe à l’âge de 23 ans - se recueille dans une cathédrale catholique. Il s’y tient, accompagné de sa femme, une fervente chrétienne. Il suit l’office de la vénération des reliques de la Sainte Couronne d’épines. Devant des caméras, certes. Mais qui peut mettre en doute la sincérité de la foi ou juger du sanctuaire intérieur de l’homme ?

par Jean-Marie Guénois

http://blog.lefigaro.fr/religioblog


http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/03/03/la-sainte-russie-conquiert-le-louvre_1313825_3246.html

La "Sainte Russie" conquiert le Louvre

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6 Messages de forum

  • Medvedev à Notre-Dame

    8 mars 00:25, par Olaf
    Obama est aussi venu à Notre Dame récemment avec femme et enfants, il s’est recueilli et a allumé un cierge . "Quel chef d’état aurait pu faire cela ? etc…" eh bien tout chef d état qui sait que le vote des croyants pèse lourd aux élections.
  • Medvedev à Notre-Dame

    7 mars 07:41, par Bernard Richard
    Autre lieu, autres moeurs, autre temps aussi
  • Medvedev à Notre-Dame

    5 mars 13:32, par Peter Henri

    Que Dimitri Medvedev vienne avec son épouse se recueillir sur la relique de la Couronne d’épines à Notre-Dame, dans le cadre de sa visite à Paris, est plus qu’émouvant. C’est un acte personnel de dévotion de quelqu’un, qui est de tradition orthodoxe dont nous n’avons pas à priori à suspecter l’arrière pensées. C’est réconfortant, je ne voie pas un autre chef d’Etat occidental oser une telle démarche ouvertement. A ce titre la chronique de Gérard Leclerc est remarquable par ce qu’il salue l’événement et l’élargit au grands écrivains phares russes, qui continuent à surplomber notre 20 et le 21 siècle,( même s’ils suscitent le dé bat ! ) .

    Y voir une instrumentalisation de l’Eglise de France est hors sujet surtout si l’on songe à qui est Medvedev. Est-ce la peine de tourner en rond sur des obsessions historiques à travers des lunettes idéologiques, plus dignes d’un règlement de compte que d’une approche distanciée ?

    Par ailleurs, nous avons le droit en France de saluer une telle démarche émouvante sans rentrer dans le problème Russo- Russe au sujet de Poutine, ni surtout suspecter à priori la sincérité d’un acte qui élève singulièrement le débat. Merci donc à Monsieur Medvedev et à son épouse de ce geste de piété qui nous touche en tant que chrétiens profondément, car elle montre qu’au-delà du trou noir de l’histoire, au cœur des ténèbres qui ont pu envahir l’Europe, reste une lueur, une lumière qui nous rassemble.

  • Medvedev à Notre-Dame

    4 mars 10:56, par Dr. Edouard Belaga

    Monsieur Bernard Richard : Une fois n’est pas coutume — Bravo !

    Monsieur Gérard Leclerc : Le proverbe russe affirme — on ne vient pas au Monastère d’autrui avec sa Règle.

    N’empêche, je me suis déjà permis à plusieurs reprises d’intervenir sur votre site dans des affaires purement françaises, souvent avec mes erreurs caractéristiques du style et de l’orthographe français.

    Et même que votre commentaire concerne la Russie, ma patrie, vos "variations religio-culturelles à la russe" restent une affaire purement française — et mon intervention présente reste donc toujours une intrusion flagrante d’une Règle étrangère dans le "Monastère" du catholicisme français moderne bien pensant.

    Jusqu’à la preuve radicale et dramatique du contraire — un sujet pour la science fiction politique russe — Medvedev est une marionnette de Putin, installée jusqu’à son retour au pouvoir. Cette astuce a permis à Putin d’éviter le scandale du changement de la Constitution russe en cours qui limite les réélections successives du Président à deux termes. Pour le moment, Putin garde tout son pouvoir et toutes les clés pour le succès de son prochaine campagne présidentielle. C’est Putin qui a initié la politique de l’intégration de l’Eglise russe dans la structure étatique sous sa commande. Medvedev ne fait que continuer cette politique, avec les variations sentimentales dues à son épouse, toujours utiles d’ailleurs politiquement.

    Mais ce n’est pas l’aspect politique que je cherche à corriger dans votre abstraite "nouvelle Règle catholique" de la russophilie moderne (où Dostoievsky n’en est pour rien).

    C’est le sens du renouveau orthodoxe russe que je défends — le renouveau fondé sur le Martyre inouï de l’Eglise russe, le crime perpétré par les "parrains" de la nouvelle mafia politique russe au pouvoir. Certes, cette nouvelle mafia est consciente du potentiel patriotique du renouveau orthodoxe et elle le cherche à approprier.

    Mais la nouvelle Eglise russe (qui est aussi méfiante de la partie post-soviétique de sa propre hiérarchie) n’est plus dupe — j’en ne suis pas seule d’être compétent pour vous en rassurer.

  • Medvedev à Notre-Dame

    4 mars 00:25, par Bernard Richard
    Medvedev à Notre dame ; C’est bien la conduite qu’avaient les chefs d’Etat français qui instrumentalisait une Eglise française qui se laissait faire, et corrompre, pour des sous supplémentaires, pour les constructions, pour les écoles confessionnelles ; Les chrétiens de France l’ont payé, par la bouffée d’anticléricalisme qui suivit, pendant quelques décennies, la chute d’un second Empire que la hiérarchie avait trop longtemps adulé et célébré avec force Te Deum et "Deus, fac imperatorem…" L’Eglise de France est retombée dans le même piège avec un Pétain qui lui faisait force cour, qui communiait ostensiblement, qui apportait des crédits à l’école libre, aux constructions ou à la décoration des églises, tandis que l’asemblée des évêques de France, en juillet 41, appelait à "vénérer" cet homme. Grâce à Dieu, si 4 évêques ont dû démissionner en 44-45, pour conduite servile, l’Eglise de France a alors été sauvée par la conduite de chrétiens de base, de prêtres de base qui ont su ne pas suivre les appels à la vénération du chef de l’Etat que lançaient encore en juillet 41 l’assemblée des évêques de France. Alors la piété ostentatoire d’un chef d’Etat, comme medvedev, comme Napoléon III ou Pétain, ça provoque chez les Français qui n’ont pas la mémoire ccourte, comme disait certain, un malaise, un gros malaise. C’est, au mieux, une conduite "byzantine", de Byzance au Moyen Age avec le lien Empereur-patriarche qui est une forme de relation Etat-Eglise dont nous sommes, grâce à Dieu, débarrassés, malgré les retours de flamme type Etat français de Vichy, donc de très mauvais souvenirs pour les chrétiens d’aujourd’hui et de demain, voire de toujours si on doit rendre à Dieu… De grâce, ne vous extasiez pas devant la conduite de Medvedev, ne retombez pas dans ce travers pécamineux ( ? ) et qui fait tant de mal aux chrétiens de France chaque fois qu’ils y succombent.
  • Medvedev à Notre-Dame

    3 mars 23:50, par Henri

    Bravo à Gérard Leclerc pour son article mais Dostoïevski est un explorateur inégalé du cœur humain de l’athéisme, du nihilisme en général, qui a marqué de son sceau indélébile pratiquement tous les écrivains qui lui ont succédés, de Camus à Faulkner, de Pirandello à Simenon, du roman noir américain à dans un genre très différent, (vraiment ?) à René Girard, qui au sens propre n’existerait pas de la même manière sans lui. Etc. ; En relation avec Bielinski et toute l’intelligentsia progressiste Dostoïevski n’a cessé de leur répondre par son œuvre qui forme un ensemble polyphonique, d’approfondir tous les débats qui éclairent encore notre monde pour notre bonheur. Lui reprocher de ne pas être théologien c’est presque un compliment car son génie fait éclater le cadre parfois et bien souvent étriqué de bien d e s théologiens ( du monde catholique e t peut être aussi du monde orthodoxes ( je ne parle pas du pape actuel dont la théologie nous enchante par sa musicalité, — certes Dostoïevski de son vivant n’était pas en odeur de sainteté chez les sommités orthodoxes, et c’est la pression populaire qui l’a fait enterrer au grand cimetière orthodoxe. Mais enfin en nous faisant partager la vie incandescente de sa foi, Il a plus fait pour ramener à Dieu bien des âmes en détresse que de savants discours et redonner par exemple l’espoir aux victimes du goulag (Songeons à Soljenitsyne ou. Chalamov, qui nous apprend qu’après la Kolyma, il lui est impossible de lire Tolstoï, trop « apprêté. » Selon lui. D’autre il a eu un disciple extraordinaire en la personne de Soloviev. Lui reprocher son coté slavophile, c’est le réduire à des foucades du journal d’un écrivain, où ne se déploie pas le véritable génie de ce romancier .Parler de ses tentations à propos de ses œuvres, c’est aussi le confondre avec celle de ses s héros, leur doutes, leur complexité, leur caractère ambigüe, bref c’est lui ôter son génie de romancier inspiré. . E ce sens son œuvre est exemplaire pour un écrivain chrétien, non édifiante, mais nous mettant face à notre dualité, et nous donnant la lueur d’espoir pour nous en sortir. Il ya bien sûr quelques piques anti romaine dans l’Idiot et quelques passages peu gentils pour les Polonais, dans les frères Karamasoff ; mais ce ne sont que péchés véniels et qui ne sont en rien significatifs de son œuvre. Lui-même y croyait-il vraiment. ? D’ailleurs un signe qui ne trompe pas, ses disciples inspirés, Berdiaeff, Soloviev, (qui aurait servi de modèle à Aliocha, son plus bel héros) ; Evdokimov, n’ont pas une once d’anticatholicisme sectaire. Bien au contraire pour Soloviev…..

    • Enfin pour finir avec Alain Besançon qui lui reproche sa tentation slavophile, je me demande si la hargne d’Alain Besancon contre la pensée de cet écrivain ne vient pas de sa critique impitoyable des « des pères libéraux » et donc du libéralisme dans les « Démons : • • Rappelons que Le père libéral représenté par le professeur dans « les démons » fraye selon Evdokimov la voie au fils nihiliste par son égocentrisme, son parasitisme et son inconsistance profonde. Il prend en permanence une attitude de persécuté et joue un rôle, qui épuise sa personnalité. Le masque dévore la personne.. Résultat, son fils est devenu un cadavre vivant. .. L’essence du libéralisme pour Dostoïevski au-delà des idées de progrès, est cet esprit d’athéisme qu’il reproche à la génération qui l’a précédé, Les pères libéraux, en se réfractant dans leur fils, préparent ainsi spirituellement une génération qui étant libérée de tous les liens se hâte d’en finir avec…les pères et élimine en même temps les éléments rétrogrades de la société. Ce quoi n’a rien perdu de son actualité . A la fin du roman, une leur d’espoir : Stepan dans sa fuite, perd enfin son masque et retrouve son être, se reconvertit, passage de l’abstrait au concret et au spirituel

    L




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