Un certain nombre de commentateurs ont parlé avec gourmandise des « derniers vœux de Nicolas Sarkozy » pour la nouvelle année, même s’ils rajoutaient prudemment la mention « du quinquennat ». Mais il y avait là, outre l’expression plus ou moins subliminale d’un désir personnel, la reprise d’une idée couramment admise qui veut que l’actuel président soit battu à la prochaine présidentielle, peut-être même dès le premier tour — d’aucuns rêvant déjà d’un duel François Hollande / Marine Le Pen.
C’est aller un peu vite en besogne et oublier deux données fondamentales. Premièrement, sans être faux, les sondages ne constituent que des révélateurs des sentiments de l’opinion à un moment donné ; ils sont d’ailleurs, comme le montrent à l’envi les enquêtes rituelles concernant les « personnalités préférées des Français », plus représentatifs d’une sensibilité à l’image et au bruit que d’une réflexion profonde.
Deuxièmement, toute l’histoire de la Ve République depuis ces trente dernières années montre que la perception du résultat de la présidentielle est demeurée longtemps éloignée de la réalité finale : ont été successivement donnés vainqueurs Valéry Giscard d’Estaing, Michel Rocard, Édouard Balladur et Ségolène Royal. On n’aura pas non plus la cruauté de revenir sur celui dont la carrière s’est arrêtée dans la chambre d’un hôtel newyorkais…
Voilà pourquoi le chef de l’État poursuit tranquillement son chemin, en occupant systématiquement le terrain. Ne se laissant pas aller à la polémique, mais ne dédaignant pas les petites piques, il veut donner à son personnage l’épaisseur de sa fonction, continuant son action à l’international — et on se doute bien que la crise financière lui donnera encore beaucoup d’opportunités — et se déplaçant à travers tout le territoire à la rencontre de toutes sortes de catégories socio-professionnelles. Il ne se soucie donc pas, comme au lendemain de sa visite aux travailleurs de la Saint-Sylvestre à Metz, que le directeur de campagne de François Hollande jette qu’il « devrait, s’il avait la dignité de sa fonction, […] ne pas se représenter » ; toutefois, rendu prudent par l’expérience, l’ancien ministre Pierre Moscovici a ajouté : « On ne voit pas bien comment Nicolas Sarkozy peut être réélu, en bonne logique [… mais] la politique et la logique ne font pas toujours bon ménage ».
Dans ses vœux, misant sur le « courage » et le « sang-froid » des Français et affirmant sa « confiance dans les forces de la France », le président pas encore candidat n’a pas caché que l’année serait difficile et qu’il faudrait poursuivre les réformes engagées. C’est peut-être le langage de la vérité qui lui ralliera le plus d’électeurs : se poser en roc sur lequel on peut s’adosser face aux tempêtes qui continuent.


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