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Traduit par Dominique

Les abus sexuels et l’indépendance de l’Église

par Howard Kainz

jeudi 9 juin 2011


Ste Catherine de Sienne (1347-1380), « Docteur de l’Eglise » avec trente-deux autres saints, est mieux connue pour ses Dialogues où elle s’entretient avec Dieu le Père. Les premières parties des Dialogues sont un traité de vie spirituelle dans lequel le Père décrit plusieurs étapes, et pointe même une étape ultime d’union sensible constante avec Dieu. Les étapes sont analogues à celles que l’on peut trouver dans le Château intérieur de Ste Thérèse d’Avila ou dans les œuvres de St Jean de la Croix.

Dans un dernier chapitre, cependant, Dieu entreprend à l’intention de Catherine une chronique des divers cas de corruption par le péché au sein de l’Eglise – prêtres et évêques avides de richesse et de pouvoir, fornication, visites à des prostituées, bamboches dans des cafés en vêtements civils, mariages en dépit des vœux de célibat, sans honte que leurs femmes et leurs enfants apportent les offrandes à l’autel pendant la messe.

Un long chapitre spécial est consacré au scandale de sodomie, que le Père qualifie de complètement contre-nature. Il ajoute toutefois que personne ne doit désespérer du salut, car « ma miséricorde, que vous recevez dans le sang (du Christ), est incomparablement plus grande que tous les péchés qui sont commis à travers le monde. »

Le Père fait ensuite une déclaration que plusieurs d’entre nous, dans le climat culturel ambiant, pourraient trouver surprenante – et même contraire à l’intuition : « En vertu de la dignité et de l’autorité que J’ai conférées (aux prêtres, aux évêques et autres membres du clergé), Je les ai libérés de l’esclavage, c’est-à-dire de la soumission au pouvoir temporel. Le droit public n’a aucun pouvoir de les punir : ce droit n’appartient qu’à celui qui a été nommé pour gouverner et diriger selon la loi divine. »

Si l’on replace les choses dans leur contexte, nous devons prendre conscience du fait que Catherine vivait à une époque marquée par des luttes entre la papauté et les villes-Etats italiennes qui rivalisaient de pouvoir avec la papauté ; les lois différaient également des nôtres – les notions de « mineurs », d’ « enfants », de crime, etc. En d’autres termes, l’intention du Père n’était pas d’exempter les clercs des justes lois qui s’imposent, mais il soulignait que la réforme et la sanction devait émaner des évêques et des supérieurs religieux qui étaient critiqués pour leur inaction – inaction due à leur crainte de l’impopularité, ou de perte de prestige ou d’argent ; ou parce qu’ils sont eux-mêmes impliqués dans le même genre de péchés.

Dans le contexte actuel, et du droit qui prévaut aujourd’hui, les statistiques sur la question des abus du clergé, selon le dernier rapport John Jay, sont les suivantes : environ 5% des prêtres entre 1950 et 2002 ont été accusés d’abus sexuels ; la grande majorité des victimes sont des jeunes hommes post-puberté et adolescents ; 0,3% étaient des enfants (ndt : avant l’âge de la puberté) ; 138 accusés ont été condamnés et 100 emprisonnés. Les coupables de pédophilie ou d’abus sexuels sur des mineurs doivent affronter la justice pénale. La « présomption d’innocence » et d’autres garde-fous juridiques qui sont enseignés dans les cours d’éducation civique à l’école secondaire n’empêchent, si l’on suit les derniers reportages dans les média, qu’il est difficile de voir justice rendue à un prêtre qui a été accusé mais qui est innocent. Dans un livre intitulé « Deux poids deux mesures : les scandales sexuels et les attaques contre l’Eglise catholique », David Pierre cite quelques exemples :

La levée de la prescription concernant les abus sexuels par l’Etat de Californie a généré une avalanche de plaintes contre le diocèse de Los Angeles, entraînant 60 millions de dollars de compensations aux plaignants. Or 30 % des prêtres accusés étaient décédés.

En 1993, l’archidiocèse de Chicago a dépensé des sommes importantes pour défendre le cardinal Bernardin d’accusations de la part d’un homme qui a ensuite rétracté les « souvenirs réprimés » qu’avait découverts son psy.

Le P. Gordon McRae a déjà servi 14 ans de détention et restera sans doute en prison à perpétuité pour avoir refusé de plaider coupable des accusations portées contre lui (www.thesestoneswalls.com)

En 1992, un diocèse dans le New-Hampshire, face à des accusations formulées par soixante-deux personnes, a accepté de verser des millions pour éviter les dépenses d’instances judiciaires au cas par cas. La « séparation de l’Eglise et de l’Etat » selon la Constitution est une route à deux voies. Il est interdit à l’Eglise de diriger l’Etat, et vice versa. Or l’Etat peut imposer sa loi à l’Eglise selon des voies subtiles, en écartant le principe constitutionnel de base « innocent jusqu’à être déclaré coupable », en abolissant les règles de prescription, en affaiblissant les droits à des procédures équitables face à la frénésie médiatique, et en traitant avec désinvolture les traditionnelles règles de preuve.

Quelles preuves retenir contre un prêtre accusé qui rejette une accusation d’abus sexuel ? Les preuves jugées suffisantes peuvent provenir de témoignages, d’antécédents judiciaires, de tests ADN, éventuellement de tests de détecteurs de mensonges à la fois de l’accusé et du plaignant. Mais la plupart du temps, c’est « ta parole contre la mienne » comme dans la plupart des affaires d’abus domestiques. Les prêtres accusés sont souvent à la merci de leurs évêques, eux-mêmes peut-être soumis à pression de la part des pouvoirs publics pour qu’ils révèlent l’affaire publiquement en dépit d’absence de preuves suffisantes.

Plusieurs jeunes hommes, qui ont reçu la grâce d’un appel à la prêtrise, s’inquiètent aujourd’hui de la facilité avec laquelle ils pourraient avoir à faire face à des accusations d’abus sexuel pour peu qu’ils se soient fait des ennemis en mal de représailles ou soient en contact avec des faiseurs d’histoires. On comprend qu’ils y réfléchissent à deux fois.

Dans certains diocèses, et sous certaines juridictions, ils seraient considérés comme coupables à moins que des preuves incontestables ne les innocentent ; ils seraient transférés à des emplois de bureau ; même si les charges pesant sur eux étaient abandonnées, leur vocation continuerait d’être suspectée si, par exemple, ils devaient être affectés à des positions pastorales ordinaires impliquant des jeunes.

La « crise des vocations » dans l’Eglise catholique est attribuée par les libéraux à des causes variées – le célibat, la non-ordination des femmes, etc. Mais les ingérences de l’Etat, incitées par des avocats avides, contre l’indépendance de l’Eglise, sont sans doute un autre facteur majeur décourageant l’entrée dans les ordres. Ceci, ensemble avec l’anti-catholicisme traditionnel, entre peut-être dans la motivation des traitements sévères que notre système juridique réserve désormais aux prêtres et quasiment à eux seuls.

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Source

http://www.thecatholicthing.org/col...

5 Messages de forum

  • 11 juin 2011 10:48, par Danielle, femme ex-battue ayant mis 5 ans à prouver la culpabilité de son (...)

    Bonjour,

    je vois que vous défendez avec ardeur la présomption d’innocence du prêtre, sans un mot pour la victime.
    Ce que vous évoquez est un problème universel de toutes les violences qui se déroulent en privé, qu’elles soient conjugales ou sexuelles. Combien de femmes ou enfants battus ne peuvent se défendre car elles, ils ne peuvent prouver les gifles , les insultes , les viols et les coups portés dans l’intimité, si le coupable est assez astucieux pour ne pas laisser de traces... Doit-on pour autant les laisser mourir un jour sous les violences ?
    Comment prouver un abus sexuel ? Impossible sauf sur le fait.
    Vous semblez aussi ignorer que les victimes, enfants, femmes soumis, se sont laissées faire car ils, elles ont peur, sont montrés du doigt par la société et n’osent pas se défendre.

    Les abus style Outreau, ils sont terribles mais pas plus que l’injustice des cas réels non punis.
    Ces problèmes de preuves sont permanents, les prêtres n’en ont pas l’exclusivité, et les invoquer comme éléments de scandales sans plaindre avant tout les victimes qui se comptent par millions depuis des siècles est vraiment un manque de charité chrétienne !!!

    • Les abus sexuels et l’indépendance de l’Église 11 juin 2011 12:47, par Réginald de Coucy

      Bonjour Danielle,

      Ce que vous oubliez, c’est que les prêtres (ou autres) injustement accusés sont eux-mêmes des victimes ! Victimes au même titre que ceux qui ont subi des violences...

      L’accusation d’inceste ou de viol, lorsqu’elle est injustement prononcée sur un innocent, est en soi une violence qui ne pèse pas moins que celle d’avoir subi un inceste ou un viol.

      La "tarification" officieuse de l’opinion publique a pourtant quelque tendance à minorer le coût pour les victimes innocentes d’accusations (sur lesquelles flânera toujours un parfum de doute) au profit des victimes de violences sexuelles.

      Ce que vous évoquez en matière de quasi-impossibilité à prouver la réalité d’une violence domestique est tout aussi vrai, en miroir, pour arriver à prouver, dans certaines circonstances, la non réalité d’une accusation (oui, c’est très souvent parole contre parole... ou, parfois, les apparences sont trompeuses).

      Un quidam innocent (si tant est qu’on puisse être innocent de tout) ne passe pas son temps à accumuler toutes sortes d’alibis et de preuves compulsives en prévision d’hypothétiques accusations. Ou alors l’ensemble de la société doit se convertir à la paranoïa.

      Et c’est bien souvent le problème lorsque le quidam se trouve en butte à une accusation injuste !

    • Les abus sexuels et l’indépendance de l’Église 12 juin 2011 18:02, par Howard Kainz

      @Danielle : I can read French somewhat, but do not write it very well ! I also was abused at age 5 (not by a priest), and can understand the pain resulting, which no amount of money can alleviate. However, my article points out that accused priests may also be victims ; and because of the difficulties of the legal process, combined with media frenzy, the independence of the Church is seriously compromised.

  • 11 juin 2011 11:40, par Réginald de Coucy

    C’est exactement comme pour certaines spécialités médicales qui ne trouvent plus de candidats tant les risques d’accusation en justice deviennent élevés et les procès démesurés (les compagnies d’assurances, elles-mêmes font très lourdement monter les enchères).

    Il ne s’agit pas de nier les responsabilités des uns et des autres lorsque elles sont réelles.

    Néanmoins, les prêtres et autres membres du clergé sont à la merci de n’importe quelle dénonciation calomnieuse, qu’elle soit suscitée par une quelconque vengeance particulière, le ravage mental de son auteur ou le simple anti-cléricalisme forcené...

    En effet, le public a également trouvé en ce crime de pédophilie, auparavant souvent nié et masqué par des conventions sociales hypocrites, un désormais exutoire où peuvent se focaliser toutes les peurs construites autour des ambivalences de la sexualité, toutes les rancoeurs sociales et tous les règlements de comptes faciles contre des ennemis par avance ligotés par l’énormité du crime supposé et disqualifiés par une justice collective maniant la présomption de culpabilité.

    Le délire phénoménal et gouroutique de quelques spécialistes dévoyés (certains le font en toute bonne conscience, ce qui est encore pis) de l’anamnèse psychanalytique et du rebirthing a suscité deux cohortes de victimes : celles qui à leurs problématiques initiales ont superposé le traumatisme terrible d’une pseudo révélation et mise à jour d’un supposé viol oublié et celles qui deviennent, en un instant, sur la foi d’une parole fragile et manipulable, captée sur la tiède moiteur des divans -, la cible de la vindicte populaire, la proie de juges prompts à satisfaire celle-ci, les jouets d’un désarroi indicible et enfin les victimes d’un écroulement parfois définitif et complet de leur environnement social, professionnel et familial.

    Il y a certes des abus sexuels (certains sont d’ailleurs étrangement l’objet d’une omerta protectrice dans les milieux mêmes qui devraient les traquer...) vrais mais il y a également une paranoïa sociale propice à l’éclosion de fausses accusations.

    Quelques rétractations récentes viennent encore d’en faire l’inquiétante démonstration (celle, par exemple, de Gabriel Iacono, qui depuis onze ans accusait de viol son grand-père, l’ancien maire de Vence... sans s’appesantir sur la trop célèbre affaire d’Outreau).

  • 13 juin 2011 19:21, par Melmiesse

    il y a 15-20 ans est apparu aux USA la notion de viol induit ; des psy ont fait envoyer en prison des parents, honnetes policiers innocentés depuis ,en persuadant 2 fillettes qu’elles avaient été violées dans leur prime enfance par leur père et un collègue qui furent ruinés. Depuis des cabinets d’avocats se font de confortables revenus (50% des dommages et interets en recherchant des victimes de viols réels ou supposées, d’autant plus que l’accusé est riche. Les abus sexuels doivent être sanctionnés, mais une compensation financière n’est pas un remède au traumatisme d’un viol, il faut une réparation morale, ce n’est pas dans les préoccupations apparentes de la justice