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Traduit par Dominique

Le nouvel anti-catholicisme veut occuper le Vatican

Par Francis J. Beckwith

vendredi 3 février 2012


Le vieil anti-catholicisme du dix-neuvième siècle avait surgi avec l’arrivée aux Etats-Unis de la première grande vague de migration catholique. Certaines de ces communautés immigrées avaient créé leurs propres écoles privées. De nombreux Américains non-catholiques croyaient que ces écoles catholiques enseignaient des superstitions qui étaient incompatibles avec les principes de la démocratie américaine. Ils tenaient à s’assurer que ces écoles ne pourraient prétendre à un financement public quel qu’il soit ; des lois, tant au niveau fédéral qu’à celui des Etats, furent adoptées pour prohiber tout usage de fonds publics pour des motifs « religieux », c’est-à-dire « catholiques ».

Le projet le plus ambitieux de transcrire ce sentiment en droit fut l’amendement Blaine du nom de son auteur au Congrès. Il stipulait qu’« aucun Etat ne peut légiférer aux fins d’instaurer une religion ou d’empêcher son libre exercice ; aucun fonds ne sera prélevé par voie d’impôt ou issu de ressources publiques dans aucun Etat aux fins de financer l’enseignement, ni aucun terrain public ne sera affecté à une organisation religieuse, ni partagé entre plusieurs d’entre elles. »

L’amendement ne sera pas inscrit dans la Constitution mais il a servi de modèle pour certaines législations étatiques encore en vigueur. L’esprit anti-catholique de ce type de mesures survivra jusqu’aux années soixante et l’élection du premier catholique à la présidence des Etats-Unis, John F. Kennedy.

Un de nos grands historiens, J.M. Dawson (1879-1973), avait publié en 1948 un ouvrage intitulé « Séparez l’Eglise et l’Etat maintenant » dans lequel il écrivait : « les Catholiques… supprimeraient notre système public d’éducation qui est un grand facteur d’unité nationale et le remplaceraient par leurs écoles paroissiales médiévales, du Vieux-Monde, avec leur culture étrangère. Ou sinon ils entendent prendre toutes dispositions pour enseigner leur religion au sein de nos écoles publiques. »

Dawson se faisait l’écho d’un sentiment largement répandu. Kennedy eut à y répondre dans son discours de Houston durant sa campagne présidentielle.

Le vieil anti-catholicisme, en dépit de ses défauts et de son étroitesse de vue, n’exigeait cependant pas que le gouvernement contraigne l’Eglise catholique à modifier ses pratiques et ses croyances dans le service qu’elle rendait à un large public américain. Il ne lui serait jamais venu à l’esprit de demander que l‘Etat pénalise fiscalement les œuvres hospitalières, caritatives ou éducatives catholiques au motif qu’elles se refusent à des pratiques jugées gravement immorales par cette Eglise.

Le vieil anticatholicisme se considérait en effet comme le simple gardien de la tradition de séparation entre l’Eglise et l’Etat défendue par James Madison et Thomas Jefferson, ainsi qu’exprimé par ce dernier : « Personne ne sera contraint de fréquenter ou de soutenir un culte, un édifice ou un clergé de quelque religion ; ni obligé, sanctionné ou molesté, ou désavantagé, dans sa personne ou ses biens, ou souffrir pour cause de ses opinions religieuses ou ses croyances ; mais tout homme doit être libre de professer, et de conserver, par son raisonnement, ses opinions en matière de religion, sans restreindre ni avantager ni affecter ses droits civiques. »

Le vieil anti-catholicisme adhérait à ce principe jeffersonien. Il respectait donc les droits des catholiques à jouir de la liberté religieuse et à développer leurs propres institutions éducatives, médicales et caritatives dans le cadre de ce qui était leur entendement des enseignements du Christ et de l’Eglise.

Tant que les catholiques ne réclamaient rien à l’Etat, et donc aux anti-catholiques, pour financer leurs institutions, ces derniers se satisfaisaient de leur assurer une réelle tolérance, même si ce vieil anti-catholicisme persistait à regarder le catholicisme comme une foi erronée et répugnante.

Les jours de ce vieil anti-catholicime ont passé depuis longtemps. Un nouvel anti-catholicisme, selon les termes de Philip Jenkins, est apparu. Il s’exprime par une hostilité et une vive répugnance à l’encontre de la plupart des positions adoptées par l’Eglise catholique sur le plan moral. Sur l’avortement, l’euthanasie, les pratiques homosexuelles, le « mariage » homosexuel, l’ordination des femmes, et la contraception, le nouvel anti-catholicisme s’inscrit contra ecclesia.

Ce nouvel anti-catholicisme ne s’arrête pas à une contestation intellectuelle de ces positions sur des sujets qui divisent les citoyens raisonnables venant de différentes traditions théologiques et laïques. Il n’hésite pas à utiliser le bras séculier de l’Etat pour contraindre les institutions catholiques à aller à l’encontre de la propre théologie morale de l’Eglise et compromettre ainsi sa mission de Charité et d’Espérance.

Ceci est apparu de la manière la plus claire dans le récent refus du Département de Santé de modifier sa réglementation qui oblige tous les programmes privés de santé, catholiques inclus, à fournir gratuitement contraception, stérilisation et certains médicaments abortifs. L’exception religieuse est tellement restreinte qu’elle ne permet pas à une institution catholique d’échapper à la coercition étatique pour des actes qui contreviennent gravement à la morale enseignée par l’Eglise.

Le nouvel anti-catholicisme ne rejette pas seulement le principe jeffersonien, il le retourne. Le vieil anti-catholicisme demandait que l’Eglise ne se mêle pas de lui. Le nouvel anti-catholicisme entend se mêler des affaires de l’Eglise. L’idée de contraindre l’Eglise à soutenir et à payer des choses que sa conscience réprouve aurait paru proprement non-américaine au vieil anti-catholicisme. Le nouvel anti-catholicisme n’entend pas s’arrêter avant d’occuper le Vatican.

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Source : http://www.thecatholicthing.org/col...

12 Messages de forum

  • 3 février 19:47, par Bernard Richard

    Pourquoi donc la FRANCE Catholique publie-t-elle si souvent des articles, toujours très typés et partiaux, écrits par des journalistes américains et présentant un phénomène de société propre aux seuls Etats Unis, avec un éclairage trop marqué pour être éclairant ?

    Ce que votre auteur appelle "le vieil anti-catholicisme" n’intéresse guère le public français, d’autant qu’on a vite fait de saisir que sous ce terme de "vieil anti-catholicisme", votre auteur qualifie simplement le fait que dans chacun des Etats ainsi unis, s’exprimaient de fortes réserves contre l’emploi d’argent public en faveur de l’une quelconque des innombrables Eglises existant là-bas, ceci afin de maintenir l’équilibre, la paix civile, chose difficile quand on connaît la grande variété et juxtaposition de personnes provenant de tant d’origines différentes, et qui pratiqu(ai)ent des religions si nombreuses et variées.
    Une neutralité religieuse (qui n’est pas de "l’anti-catholicisme", ni de l’"anti-épiscopalisme", ni de l’"anti-"mormonisme", etc.) des pouvoirs publics reste évidemment indispensable pour limiter les conflits inter-religieux aux Etats-Unis, et appeler cela "le vieil anti-catholicisme", quel abus de langage, quelle grave erreur d’interprétation, pour ne pas dire quelle mauvaise foi !

    Maintenant, quand on connaît la violence de certains groupes religieux contre l’exercice du droit à l’avortement, briseurs de paix civile cherchant à imposer leurs convictions à la société par la force, on comprend les réserves existant, réserves que votre auteur appelle le "nouvel anti-catholicisme", opposition contre les exactions de ces groupes violents.

    Mais encore une fois, La France Catholique ne gagne rien à décrire d’une telle partiale façon ces problèmes nord-américains qui menacent une société si différente de la nôtre. D’ailleurs, du fait peut-être d’un quelconque contrat, ce sont toujours les mêmes points de vue qui nous sont exposés, sans nous permettre un jugement équilibré et serein. Rompez-donc ce type de contrat qui n’apporte pas de bon journalisme, faute d’exposés sereins et solides, et La France Catholique se portera mieux !

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    • Le nouvel anti-catholicisme veut occuper le Vatican 3 février 21:03, par Régis Montabone

      Bonjour Monsieur,

      La "violence" faite au "droit à l’avortement" par des groupes "extrémistes religieux" n’a de pendant que la violence faite à l’intelligence et au coeur humain par le droit de tuer l’enfant dans le ventre de sa propre mère, ou du choix de la vie d’adultes aveugles contre celle de leur propre petit.
      La raison ou prudence politique n’a rien à voir là-dedans.
      Protéger les sans-nom reste, et restera toujours, perçu comme un délit par la norme confortable du moment (prisonniers, esclaves, bagnards, et tous les persécutés, jusque... dans le ventre maternel !)

      Sans rancune

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    • Oh c’est grave de répercuter un point de vue argumenté sur une vague de fond qui tend à briser les résistances au nouvel ordre moral et à culpabiliser notre conscience. Orwell s’avance à pas de loup mais surout taisons nous.
      Cher Bernard Richard, moi non plus je ne me tairai pas !! Soyez en bien assuré, jamais j’espère, et je remercie France catholique d’apporter sa pierre au débat et ne censurez pas s’il vous plait. Est ce trop vous demander ? Répondez sur le fond. Les catholiques s doivent ils colalborer à ce qui les révulse en profondeur ?
      Oui ou non ?
      Parce que cela touche à la vie qui nous a été à tous léguée, donc au regard que nous portons sur elle. et que nous transmettons à nos enfants , à nos élèves, à nos amis .......

      Demandez à Georgina Dufoix ce qu’elle en pense... Renseignez vous

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    • Le nouvel anti-catholicisme veut occuper le Vatican 4 février 10:10, par Dalet Claude

      Oui, ces faits se passent aux Etats Unis, mais ne nous faisons aucune illusion cela arrive en France (proposition de lois sur l’euthanasie, mariage homosexuel, droit d’adoption par ces mêms couples...) . Tout cela est bien dirigé contre la morale chrétienne (je dirais évangélique) et certainement avec l’arrière pensée de détruire l’Eglise chez certains laïcards. Malheureusement la nature a horreur du vide et nous voyons se manifester à l’horizon une pratique religieuse fondamentaliste qui remet en cause les plus élémentaires droits de l’homme en commençant par ceux de la femme. Que tous ceux qui se réjouissent des coups portés à une religion malgré tout tolérante et non violente vis à vis de ces attaques ne le fassent pas trop vite . La laïcité française a permis jusqu’à présent de vivre une unité nationale agréable pour tous car l’Eglise catholique à compris depuis longtemps que le fondement de sa foi n’était pas d’établir le royaume de Dieu sur Terre, tout en restant vigilante sur ce qui peut atteindre l’homme dans sa dignité fondamentale. Mais une autre religion qui base la construction d’une société sur ses principes religieux à l’exclusion de tous autres saura malheureusement balayer cette laïcité lorsqu’elle sera majoritaire ; alors il sera trop tard pour dire :je ne le savais pas !

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    • Le nouvel anti-catholicisme veut occuper le Vatican 6 février 12:57, par lppavocat0wanadoo.fr

      Merci pour ces informations, qui sont comme toujours censurées par nos médias officiels.
      je n’ai rien compris à la réaction de Bernard Richard.

      LPP

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  • 3 février 22:38, par agnelab

    Merci de tous ces articles venant des USA. J’apprécie vraiment qu’ils élargissent notre réflexion. Je trouve qu’en général ils sont tout à fait remarquables. Pour ma part je pense que nous vivons un peu les même choses même si les usa nous précèdent généralement. D’ailleurs, par exemple l’interdiction faite aux pharmaciens de refuser de vendre des produits contraceptifs ou abortifs est du même ordre que ce que demande Obama.

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  • 3 février 23:54, par creuxduloup

    Ma fille habite aux Etats Unis où 4 de mes petits enfants fréquentent une école catholique. Ce qui frappe, c’est la coexistence bienveillante des différentes religions.
    Seule constante sur laquelle on ne transige pas : le respect dû au drapeau américain, sacralisation de la cohésion nationale.
    (les scouts musulmans eux-mêmes le porte à l’épaule). Dans l’Amérique profonde où elle vit, aucune église ne se soumettrait à un diktat en contradiction avec ses convictions éthiques, qu’elles partagent avec les catholiques...
    Imposer aux citoyens des pratiques contraires à leur conscience est sûrement inconstitutionnel aux USA...

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    • Bonsoir
      Pour avoir été du côté de Houston récemment, et après avoir rencontré des familles de la "Bible Belt" plutôt de tendance baptiste, je peux vous dire que le respect de la vie est fort, là bas, et il y a une unité des chrétiens qui peut se faire autour de cette question, même si par ailleurs, des grosses méfiances subsistent, surtout dues à de la méconnaissance réciproque. Mais ces chrétiens, surtout les protestants, vivent dans une certaine autarcie religieuse : home schooling, activités de patronage paroissiales assez exclusives. Ce genre de texte de loi, contraignant, risque plutôt donc de créer des îlots comme ils l’on fait pour l’éducation : des médecins, des centres de soins identitaires, privés et, à la limite, sous-marins.

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  • 4 février 11:29

    Un petit commentaire ironique sur l’expression : "Occuper le Vatican" , mot d’ordre qui ne vient que dans la dernière phrase sans que soit vraiment explicité le lien avec ce qui précéde dans le papier.

    A se demander si l’auteur ne favoriserait pas un "américanisme" à l’envers. Opinions visant à "américaniser" le catholicisme, au sens de bâtir un compromis avec la culture américaine dominante, condamnées par Léon XIII en 1898. Le projet attribué au nouvel anti-catholicisme viserait à transposer au Vatican et à l’Eglise universelle la guerre des cultures propre aux Etats-Unis depuis 1973, et à légitimer l’influence américaine à l’intérieur du Vatican pour contrer cette entreprise.

    DD

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  • 4 février 11:32

    Il est d’ailleurs curieux de voir le rôle toujours joué par les Français à l’encontre de ces prétentions américaines au Vatican tant sous Léon XIII qu’au Concile (notamment le débat sur la liberté religieuse). Aujourd’hui qui fera barrage si la France catholique manque de sel ?

    DD

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  • 6 février 11:24

    Contrairement à certain de vos lecteurs, je vous encourage à poursuivre la publication de textes venus d’ailleurs, des E. U. singulièrement. Ils ont en effet la vertu d’ouvrir opportunément des perspectives de réflexion plus vastes dans un pays- le nôtre- où l’espit public se trouve de plus en plus contraint par des clichés vétustes,assommé qu’il est,surabondamment, jour aprés jour,par radios, journaux, télés, etc. Ainsi de la publication par vos soins, le 30. 6 11, d’un texte de Mattew HANLEY sur les progrés de la lutte contre le sida au..Zimbabwe.
    Merci.

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  • 6 février 21:38, par Bernard Richard

    Là je crois que je suis battu à 6 ou 7 contre 1. C’est normal, cela correspond bien au lectorat du journal.
    BR

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