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"Gólgota Picnic"

Le Christ fait toujours scandale

par Gérard Leclerc

lundi 12 décembre 2011


Si l’on prend quelque distance par rapport aux controverses actuelles, que retenir de la contestation qui est faite de la personne de Jésus par ceux qui projettent sur la scène leurs hantises et leurs obsessions  ? Simplement le scandale de la Croix, dont parlait déjà Saint Paul. Un scandale qui associe la figure du Fils de Dieu au mystère du mal dans ce qu’il a de plus insupportable. Sur ce point, Romeo Castellucci ne manque pas d’arguments pour invoquer la théologie de la kénose, c’est-à-dire celle de l’abaissement inouï de celui qui s’est livré à la condition d’esclave et à la mort la plus ignominieuse. On peut comprendre aussi qu’un Rodrigo Garcia, imprégné de la sensibilité et de l’iconographie hispaniques, veuille communiquer une violence intérieure qui semble ne pas s’être apaisée depuis l’enfance. Que tout cela dégénère en contestation et provocation n’étonne pas non plus. Jean-Michel Ribes n’a pas tort d’affirmer que Gólgota picnic a le mérite de marquer la présence tenace de Jésus en notre temps. Même s’il s’agit du Christ aux outrages, du Christ souffleté, c’est toujours l’envoyé du Père, venu manifester l’amour divin pour l’humanité à travers l’offrande absolue de soi-même. Sans doute avons-nous affaire à des exhibitionnistes satisfaits de susciter émois et manifestations. Ils posent néanmoins de vraies questions. C’est pourquoi il fallait que le scandale éclate, à la fois pour réveiller la conscience des chrétiens, mais aussi pour révéler au monde que son oubli de la Rédemption ne l’a pas guéri d’une blessure qui affecte notre humanité profonde.

C’était déjà un sujet de querelle entre le païen Celse et le chrétien Origène aux premiers siècles du christianisme. Celse refuse de toute sa sensibilité et de toute sa culture que Dieu fût esclave ou malade, qu’il dût mourir. Cela dépassait son imagination et sa compréhension, parce qu’il était invraisemblable que la divinité ait été associée à des «  choses sales et mauvaises  ». Voilà qu’elles sont aujourd’hui exposées violemment, comme une forme de déni, ces choses insupportables  ! Que les chrétiens en souffrent, cela se conçoit parce que la charité du Dieu vivant demeure absente de ces spectacles, alors que c’est elle qui s’est affirmée dans le paradoxe violent de la Croix. Et s’il leur faut manifester, c’est au nom du Vainqueur de la mort, afin d’aller plus loin que la protestation, jusqu’à l’attestation de la foi au Dieu qui a envoyé son Fils dans ce monde blessé et pécheur. 

16 Messages de forum

  • 12 décembre 2011 17:15, par ASTIER

    Monsieur Leclerc,

    Vous tentez le ballet des incompatibles pour justifier l’indéfendable ! La grandeur de la Croix, d’Origène jusqu’à nos jours, ne se justifie pas grâce à la bassesse du péché !... Oui Elle est folie pour le monde, faut-il pour autant enourager Pilate ?...soutenir la trahison de Judas ? je n’ai participé à aucune des manifestations, mais je m’interroge sur le scandale d’Amour, le Coeur transpercé de nos frères, unis à Dieu, scandalisés, qui ne trouvent dans vos propos que l’opportunité de l’intervention de monsieur Ribes, esprit pervers, dans une culture artistique politiquement correcte, s’il en est ! Quelle déception ! Quel manque de courage et de lucidité ! Je ne fais pas partie de Civitas, ni de la FSSPX, mais il m’arrive d’être meurtri par le manque de communion de mes frères dans la Foi !...Vos lignes sont lues. C’est une grave responsabilité. Quand le feu survient... Ne soyez pas un pompier incendiaire !

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    • Le Christ fait toujours scandale 12 décembre 2011 19:41, par christine champion

      Moi aussi, Je suis déçue, et je préfère le geste de Véronique aux ratiocinations intellectuelles ambigûes.
      Prions donc les uns pour les autres et que chacun agisse pour laver les injures faites à Jésus, comme il le peut, dans la prière isolée, comme en groupe. Dans le sacrifices offerts aussi ; Personne n’a la même vocation. Notre salut est individuel.
      Mais je suis d’accord avec le dernier commentaire : nous ne pouvons ni applaudir le bourreau, ni prendre la place de Dieu, pour juger de " quelque heureuse faute", génératrice de notre rachat...
      Cela donne le vertige !
      Christine C

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    • Le Christ fait toujours scandale 12 décembre 2011 19:58, par José

      Une action, ou réaction, n’est pas "justifiée" parce qu’elle se fait au Nom du Christ. Il ne suffit pas de se confire dans le spectacle de sa propre contestation, il s’agit, ainsi que le suggère Gérard Leclerc, d’"aller plus loin que la protestation".

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    • Le Christ fait toujours scandale 12 décembre 2011 22:46, par Philippe Pouzoulet

      Puis-je risquer de vous le dire, ASTIER ? J’ai l’impression que vous vous méprenez, et sur l’article de G. Leclerc, et plus encore sur la "pièce" qui s’est jouée à Jérusalem une fois pour toutes.

      Avril 32 : le blasphème vivant à faire disparaître, c’est bien cet imposteur qui se prétend Fils de Dieu. Les éradicateurs du blasphème, ce sont les membres de la haute caste des prêtres du Temple et un certain nombre de pharisiens. Et ce qu’attendent la plupart des juifs, c’est un messie qui restaurera une royauté temporelle en Israël, en chassant l’occupant romain. Pilate n’est que l’acteur d’un faux procès politique permettant de se débarrasser de Jésus, d’un faux prophète, du mauvais spectacle auquel il se livre en risquant de retourner la populace contre l’élite soumise au Romain.

      Qu’est-ce que le scandale de la scène du Golgotha Picnic à côté du scandale de la scène du Golgotha tout court que Gérard Leclerc, bravant une fois de plus le "catholiquement correct", rappelle à notre attention ?

      N’avez-vous pas compris le silence du cardinal Vingt-Trois à Notre-Dame la semaine dernière, à propos de ce "picnic" qui tourne à l’obsession, à l’idée fixe, silence combien plus éloquent que la poursuite d’une vaine polémique et de manifs avec "commandos" à tonsure, affrontées à des contre-manifestants de la liberté d’expression ? Vous ne vous rappelez pas ce que faisait le Christ au milieu d’une meute de juifs, bons observants de la loi, bien décidés à supprimer la cause du scandale à coups de pierre, pour que "l’ordre" règne ? Comment il a retourné à la situation en en appelant à la conscience ?

      Cela fait 2000 ans que Jésus n’est pas venu pour restaurer un ordre chrétien, ASTIER...Cela fait 2000 ans que le Christ prend, sur la Croix, le risque de notre liberté de conscience (le mot qui fâche avec les tradis, faut-il dire... le blasphème ?), pour nous sauver, pas malgré nous, mais avec nous, vrai homme et vrai Emmanuel. Un Dieu qui attend tout de notre liberté.

      "Libre" à certains de fixer, dans l’arène, ou sur la scène, le chiffon rouge de la provocation et de foncer une nouvelle fois tête baissée dans le panneau...Mais ne reprochez pas à Gérard Leclerc de nous ramener à l’essentiel de notre foi...Ou alors, c’est que quelqu’un se trompe de religion, se trompe sur sa religion. Peut-être bien que les activistes de Civitas se trompent de catholicisme. Et si c’était ça la cause de la division entre chrétiens que vous déplorez, ASTIER ?

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      • Le Christ fait toujours scandale 16 décembre 2011 15:24, par Henri

        à Philippe Pouzoulet
        Ilfaut aller plus loin que la manifestation, dit Gérard, j’en conclus qu’il fallait bien manifester à propos de ces pièces , mais d’une autre manière plus résolue encore,c’est à dire en témoignant en profondeur de sa foi en déposant une rose blanche , silencieusement comme cela a été fait .
        Non la pièce s’est pas jouée une fois pour toutes, elle se joue à l’intérieur de nous chrétiens ou ceux qui restent extérieur r, peut être tous les jours ;. Comme a dit Thérèse, ce n’est pas pour rire que Jésus est mort surla Croix, " et j’ajouterais aussi pour comblerla béance ou la fêlure des auteurs de ces pièces. Raison de plus de pour les faire sortir du bois,ce qui a été admirablement conduit par Frigide Barjot et Gérard Leclerc. Merci à eux. . Merci à Gérard de nous faire aussi réflechir plus loin . .
        Cela n’ote pas la bonne volonté un peu brouillone de certains qui ont poussé enfin nos évêques à réagir .
        Merci donc à tous. Eh oui, c’est aussi cela l’unité des chrétiens cathos, avec la charité....

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        • Le Christ fait toujours scandale 17 décembre 2011 13:59, par Philippe Pouzoulet

          Vous m’avez mal compris ou je n’ai pas été assez clair.
          Je ne me place pas sur le registre de l’"instinctif", du "ressenti" ou de l’"affectif".
          C’est malheureusement le stade auquel s’arrête la réflexion de trop nombreux catholiques qui s’en tiennent à une conception piétiste de leur religion. Mais la foi ne nous dispense pas de faire appel à la raison...

          Je me place sur le registre de la démarche POLITIQUE de Civitas.
          Allez donc faire un tour sur le site de l’institution. Il y est dit très clairement (citation) : "L’institut CIVITAS est une œuvre de reconquête politique et sociale visant à rechristianiser la France".

          C’est ça qui cloche : l’Eglise a besoin de témoins de la vérité et pas d’activistes qui fondent leur entreprise de reconquête sur une théologie politique inadéquate. Je ne nie pas qu’un certain nombre de manifestants de bonne foi ont pu prendre les vessies de Civitas pour des lanternes. Je pense que l’offensive de Civitas,conduite par un Belge, pourrait bien être concertée avec l’aile la plus intransigeante du lefebvrisme qui n’admettra jamais ce que dit l’Eglise catholique sur la liberté de conscience après Vatican II et tente de faire échouer les discussions en cours en vue d’un retour des schismatiques au sein de l’Eglise.

          Si la question de la théologie politique vous intéresse, je me permets de vous suggérer la lecture du livre que Didier Rance a consacré à Erik Peterson "témoin de la vérité" (Ed. Ad Solem). Il est faux (et l’histoire le démontre) de penser que le règne du Christ passe par une reconquête politique visant à imposer, avec les moyens du politique, la religion chrétienne à la cité. Le Christ a lui-même refusé cette entreprise alors qu’il aurait pu rallier, mieux que les militants de Civitas, des légions d’anges...

          Si vous voulez voir ce que ça donne en application réelle, lorsqu’on tente de reconquérir un pays à la religion, voyez du côté des pays islamiques.

          Il ne faut pas confondre charité et naïveté. Le Sacré Coeur a sa place ailleurs que sur le drapeau tricolore...

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  • 12 décembre 2011 17:55, par José

    Je me permets de recommander la lecture du texte d’Alain Santacreu, De l’inanité de Golgota picnic et du spectacle de sa contestation, qui me semble renvoyer dos à dos thuriféraires et contempteurs de l’art contemporain.

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  • 12 décembre 2011 18:03

    Je préfère ne pas répondre à ce soutien sans réserves de Monsieur Leclerc à ces Castelluchie, Garcia, et autres Ribes.
    Je m’attendais à mieux

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  • 12 décembre 2011 18:23, par Hermine

    Je vous rejoins tout à fait.

    Juste une remarque. Vous dites par deux fois que le Christ s’est livré à la "condition d’esclave". Il ne me semble pas qu’il se soit fait esclave. Au contraire, Il a été un homme libre jusqu’au bout, jusqu’à la mort la plus ignominieuse qu’Il a acceptée librement.

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    • Le Christ fait toujours scandale 15 décembre 2011 11:37, par Gérard78

      On voit bien que les cathos connaissent pas leur bible. C’est dans Philippiens chapitre 2, verset 7. Il est vrai qu’on traduit d’habitude par "serviteur", pour adoucir, et pour renvoyer au Serviteur d’Isaïe. Mais là, je parle hébreu, hein...
      On devrait censurer Saint Paul, cet autre intellectuel paumé.

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  • 13 décembre 2011 05:37

    Article décevant _contorsions intellectuelles alors que le Christ est très clair ! :
    Saint Luc 17, 1-6

    Jésus disait à ses disciples : « Il est inévitable qu’il arrive des scandales qui entraînent au péché, mais malheureux celui par qui ils arrivent. Si on lui attachait au cou une meule de moulin et qu’on le précipite à la mer, ce serait mieux pour lui que d’entraîner au péché un seul de ces petits. Tenez-vous sur vos gardes ! Si ton frère a commis une faute contre toi, fais-lui de vifs reproches, et, s’il se repent, pardonne-lui. Même si sept fois par jour il commet une faute contre toi, et que sept fois de suite il revienne à toi en disant : ’Je me repens’, tu lui pardonneras. »

    Les chrétiens qui ont le courage de manifester sans violence en priant sont dans la foulée des saintes femmes au Calvaire.....alors que tous les disciples se terrent....sauf Jean .....
    Dans cet article quelle attitude est encouragée ?

    "Les tièdes , je les vomirai de ma bouche".
    Jésus ne bénit pas particulièrement le point de vue de Sirius.....

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  • 13 décembre 2011 12:59, par laure

    Tout grand art est "scandale" mais il ne faudrait pas confondre scandale avec ordure et nullité. Il y a peu, une oeuvre d’art exposée dans une cathédrale "scandalisa" : le christ sur une chaise électrique. Moi même, je fus un peu déroutée mais je reconnus qu’il s’agissait d’une oeuvre d’art qui provoquait et qui me faisait réfléchir quant à la représentation du christ en croix. Il n’y avait dans cette oeuvre aucune "ordure" et "injure", l’artiste s’exprimait mais suscita beaucoup de réactions négatives et outrées parce que cette représentation christique bousculait notre représentation personnelle : le christ est associé à la croix.Que dire de l ’ordure minable présentée sur la scène où Barrault et Renault terminèrent leur longue carrière. Je suis triste de voir que ce théâtre qui devrait porter leur nom (barrault qui sut mettre en scène avec tant de génie claudel, racine et tellement oublié !) sombre dans le ridicule et la nullité, et pire la médiocrité "officielle". Monsieur Ribes gère de façon confortable et pépère un théâtre qui de toute façon ne risque rien : il vient de s’offrir un frisson de "résistance" à l’ordre moral et à la menace "intégriste". Si cela n’était pas écoeurant et indécent, tous ces gens-là nous feraient rire. Une chose amusante : les snobinards et les parisianistes qui se pointent dans le théâtre avouent "en douce" que cette pièce est un vrai "calvaire" tellement c’est ennuyeux, bruyant et confus. Il y a l’offense faite au christ, mais que dire de l’effondrement culturel de notre pays ? il faudrait se poser la question de la direction des théâtres : sont-ils attribués en fonction du talent, de la compétence ou du copinage politique et bien-pensant ? où sont les vilar, barrault ?
    Gérard puisque vous prenez quelquefois un ton un peu "ecclesiastique" ne pourriez-vous dire à nos évêques critiques d’art qu’ils ont trente ans de retard et qu’ils raccrochent les wagons à un art moribond et allié au capitalisme et surtout auquel personne ne croit plus.
    Quant à certaines réactions en haut lieu, il faudrait demander qui sont les imbéciles utiles ? ce réveil a eu au moins le mérite de faire tomber certains masques, sans les manifestations, l’offense faite à l’honneur du christ serait passée comme une lettre à la poste. On vit même des gens d’église insulter les jeunes qui manifestaient en les qualifiant de "crétins" . En fait, gérard sans cette agitation aurait-on eu la cérémonie à Notre dame ? monsieur de Paris, sauf le respect dû à un cardinal archevêque a "suivi" (il a compris un peu tard que l’émotion et le réveil atteignaient même la "base" dont certains ne craignaient pas de rejoindre les manifestants "fascistes" , c’est dire !! quel annus horribilis pour lui !!!!)

    cordialement

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    • Le Christ fait toujours scandale 13 décembre 2011 17:37, par Etienne

      Au fait combien cette pièce a-t’elle fait de nouveaux convertis ?????

      Fait elle grandir notre Amour pour Jésus et l’amour que l’on devrait avoir les uns pour les autres.

      Peut-etre qu’un jour on appelera le bien mal et le mal bien.

      Christ est le ressucité, le vivant on ne s’attaque pas à une image en vérité.

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  • 13 décembre 2011 19:04, par Yves Floucat

    Il me semble qu’il y a une totale méprise, à lire certaines réactions de déception, sur cet article et sur les précédents consacrés à Golgota Picnic. A aucun moment Gérard Leclerc n’a manifesté de l’incompréhension vis-à-vis de ceux qui ont protesté. Il n’a jamais avalisé l’idée qu’il faudrait mettre sous le label « fondamentaliste », « extrémiste » ou « intégriste », sans distinction aucune, l’ensemble de ceux qui ont clamé paisiblement leur douleur. Il n’ignore aucunement que chaque fois que le sacré est violé, c’est la société tout entière qui est ébranlée dans ses fondements et qu’un déchaînement de violence est à craindre. Il sait aussi qu’un tel déchaînement ne résoudrait rien. La manifestation silencieuse et publique du 8 décembre, suivie de l’impressionnante cérémonie à Notre-Dame (que le toulousain que je suis n’a pu voir que sur video), était sans doute la plus souhaitable des attitudes. En même temps qu’un indispensable témoignage de la mémoire de ce qui est constitutif de notre culture européenne et nationale (mémoire dans laquelle pouvaient se retrouver croyants et non croyants), elle était un invitation à la prière.

    Aussi bien le propos de Gérard Leclerc n’est aucunement de complaisance pour ceux qui ont provoqué le scandale. Ce serait bien mal le connaître que d’avoir le début du commencement d’une pareille idée. Prenant quelque distance – de la hauteur – par rapport à l’événement, il rappelle simplement aux disciples du Christ que nous essayons d’être, que le dialogue est toujours à poursuivre. Se moquerait-on de nous que, par delà la nécessaire indignation publique,il faudrait encore tenter de l’engager et l’accepter, certes avec toute la prudence requise, s’il est proposé (et il semble qu’il le soit). Assurément, n’est pas Buñuel ou Almodovar qui veut et, d’après ce que j’ai pu en connaître, je n’ai pas l’impression que l’antichristianisme qui s’est déployé ces jours-ci avec virulence sur scène (à Toulouse et à Paris) soit revêtu de quelque qualité artistique (ni quant au contenu de la pièce ni quant à la mise en scène). Il demeure que cette médiocrité artistique nous renvoie à sa manière, une fois de plus, à ce qui est au centre de notre foi. Ceux qui, pitoyablement, entendent mettre sous nos yeux le Christ outragé, nous situent une fois de plus face au mystère de la déréliction de l’homme sans Dieu : leur haine du Christ en Croix témoigne de la haine de soi qui est au cœur de l’humanisme athée ou plutôt antithéiste. Ce faisant, ils nous rappellent à leur corps défendant qu’il n’est d’ « humanisme intégral » possible que lorsque l’homme sait discerner au fond de son propre cœur le visage même de Dieu, un visage que, par son péché, il s’obstine, hélas, à renier alors que la Miséricorde de Dieu ne cesse de lui être offerte.

    En lisant Gérard Leclerc, et en laissant de côté toutes ces polémiques à son égard qui sont sans objet, il me revient à l’esprit cette magnifique méditation sur le mystère de la Croix dont tout chrétien doit témoigner au-delà des légitimes protestations. Elle est de Jacques Maritain et on me permettra d’en reproduire l’essentiel :

    « La croix est dure, abominablement dure. En raison de notre faiblesse cette dureté peut nous rester plus ou moins longtemps plus ou moins dissimulée. Un jour il faut bien qu’elle apparaisse, et alors notre esprit est comme frappé d’égarement. Tous nos os ont été brisés, notre être saccagé, tout s’efface de ce que nous avions cru comprendre. Une main implacable a passé, qui nous a jetés vivants dans l’abîme de la mort. La voilà, la douce croix. Ce n’est rien de dire qu’elle nous met en face de l’intolérable. Il faut aller plus loin, reconnaître que la croix, quand elle se montre toute nue, telle qu’elle est, c’est l’inadmissible qu’elle nous impose. (…) Et puis une vérité se fait jours en nous : si la croix nous impose ainsi l’inadmissible, c’est parce que d’abord la liberté de l’homme a imposé à Dieu ce qui est inadmissible à Dieu : le péché, le mal de Dieu ; et Dieu, non pour se venger, mais pour faire miséricorde aux hommes, et pour me racheter moi-même, a envoyé son Fils parmi nous pour lui faire souffrir en toute plénitude, un certain jour où tous les temps sont rassemblés, ce qui est inadmissible à l’homme, - l’inadmissible auquel depuis la chute il arrive un jour à chacun de se heurter au détour du chemin. Et ce que le Christ a souffert le Vendredi-Saint, c’est un rayon, un des innombrables rayons de cela qui atteint maintenant notre chair, et est imposé, ou, pour parler plus vraiment, proposé à notre cœur. En vérité y a-t-il rien de plus foncièrement inadmissible que ces réalités scandaleuses qui sont au cœur de notre existence ici-bas et dont le nom est : Dieu fait chair, Dieu en agonie, Dieu condamné, Dieu conspué et flagellé, Dieu couronné d’épines, Dieu cloué à la croix, Dieu mort, Dieu enseveli et ressuscité ? Alors, est-ce que nous accepterons l’inacceptable, est-ce que nous admettrons l’inadmissible ? Cela ne se peut pas. Nous n’admettrons pas, nous adorerons l’inadmissible ; on n’ « accepte » pas la croix, on la prend, on adore la croix.
    Nous adorons la croix
    Parce qu’elle est la sainte Croix,
    Parce que nous la recevons d’une adorable Main,
    Parce qu’elle ouvre le ciel,
    Et parce que par elle nous souffrons avec Jésus, et rachetons avec lui nos frères » (De la Grâce et de l’Humanité de Jésus).

    Lorsque l’on a pénétré avec Gérard Leclerc un peu de ce mystère qui dépasse tout ce que l’on peut imaginer, on peut accepter de le lire sans trahir sa pensée et poursuivre avec lui une réflexion qu’il ne cesse de conduire au service de l’Église, depuis tant d’années, avec intelligence, courage et détermination.

    Yves Floucat

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  • 13 décembre 2011 22:45, par Louis

    J’aimerais tout de même faire une remarque à propos de ce leitmotiv de pacifisme bêlant que tous vous reprenez dans vos article et commentaires : comme si une violence, quelle qu’elle soit pouvait à elle seule détruire une cause juste. Faisant cela, vous condamnez le Christ qui lui-même a fait acte de violence lorsque l’honneur de Son Père était touché par l’outrage que représentait les marchands du Temple.
    Il ne s’agit pas ici de faire une apologie des actes violent, ce qui serait combien plus contradictoire avec le message du Christ, et de toute façon à laisser aux terroristes de tout poils comme les djihadistes. Il ne s’agit pas non plus d’accuser de violence ceux qui ont protestés contre cette pièce, eux dont la seule "violence" a été la prière et les slogans. Il s’agit surtout de sortir le débat de ce problème et de faire remarquer en même temps qu’il y a là aussi une diabolisation médiatique des protestataires pour en éloigner le plus grand nombre par une peur déplacée d’actes beaucoup moins pécamineux que ce qu’on veut le faire croire

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  • 16 décembre 2011 23:16, par Benoît

    Il est bien triste de voir des gens s’outrer d’un texte de Gérard Leclerc.
    Comme si Gérard Leclerc était au bord de l’hérésie parce qu’il se pose des questions.

    Nous en sommes aujourd’hui à un degré de sophistication de connaissance sur la foi et ce que doit être l’action de l’Église qui ne fut pas toujours ... Et c’est justement parce que des théologiens et autres hommes d’Église se sont posé des questions en rapport avec ce à quoi était confronté l’Église en des temps où les catholiques n’ont pas toujours eu les fesses calées dans leur fauteuil devant la TV comme les autres qu’on en est arrivé à Benoît XVI.

    Gérard Leclerc n’approuve pas le scandale ni le péché originel et encore moins le crucifiement, il dit juste que cette pièce aura le mérite de poser des questions aux chrétiens sur ce que doit être leur attitude face au scandale : se boucher le nez ? y participer en tant que belligérant ? ou participer intelligemment au débat ?

    Nul doute que Gérard Leclerc a choisi la dernière option, que les intégristes auront choisi la deuxième et que ceux qui interviennent ici hésitent entre la 1ère et la 2ème ...

    Qu’on le veuille ou non et pour une fois qu’on ne parle pas de préservatifs, il convient de profiter de cet instant pour méditer les mystères douloureux dont cette pièce est hélas un prolongement et en profiter pour hurler aussi gravement que joyeusement que Jésus est Dieu et qu’il est mort sur la Croix pour nous sauver.

    Réjouissons-nous d’être aussi à cette époque de Golgotha picnic rien que pour nous ... Qu’aurions nous fait à cette époque ? Il n’y a eu qu’une Véronique et qu’un seul Simon de Cyrène ... A cette époque où il reste donc clair pour nous que Jésus est Dieu, prions pour ceux qui persistent à ajouter de nouvelles douleurs à ces 5 mystères que nous méditons pendant le chapelet.

    Jésus est venu pour les pécheurs ... Emplissez les Églises ! Récitez prières, chapelets, rosaires pour les méchants ... déposez des fleurs ... et faisons le avec foi espérance et charité. Ces gens ne savent pas ce qu’ils font, il faut donc espérer pour eux, à leur place !

    En attendant, n’accusons pas ce gentil Gérard Leclerc qui est bien loin d’être le loup dans la bergerie que certains croient voir en lui.

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