Accueil du site > Actualités > Notes de lectures > La vocation chrétienne de la France

envoyer l'article par mail envoyer par mail Imprimer cette page

La vocation chrétienne de la France

par Jean Étèvenaux © Acip

lundi 5 avril 2010


Professeur d’Histoire au parcours singulier — à 45 ans, il a laissé sa carrière de juriste pour passer l’agrégation et aller dès lors enseigner dans une banlieue sensible —, Jean-François Chemain vient d’écrire un livre dont le titre pourrait paraître réducteur. Disserter sur La vocation chrétienne de la France semble en effet relever d’une approche purement religieuse de la civilisation qui s’est développée sur notre sol. Il n’en est rien : l’œuvre est historique au meilleur sens du terme, même si elle se nourrit du christianisme autour duquel s’est développée la nation franque accrochée au substrat gallo-romain.

En forçant à peine le trait, on peut écrire que le lecteur aura l’impression de se retrouver dans une saga à la Max Gallo. Comme lui, l’auteur excelle à prendre en compte l’ensemble des composantes du passé national et, contrairement à des penseurs plus traditionalistes — pour ne pas dire intégristes —, il cite aussi bien Napoléon et le général de Gaulle que saint Louis et Jeanne d’Arc. Il intègre même les Lumières — où il décèle une « inspiration toute chrétienne » — et la laïcité à la française — « la France est […] un pays laïque parce que pétrie de tradition chrétienne ». Il n’hésite d’ailleurs pas à regretter ouvertement que la séparation de l’Église et de l’État n’ait pas été prononcée plus tôt.

Cette position originale est due à sa hantise du césaropapisme, autrement dit la vieille tendance de l’État à décider à la place de l’Église, dont il décèle l’origine chez Constantin et dont il montre que le Saint Empire romain germanique a été le propagateur très intéressé. Cela lui permet, au passage, de montrer que, malgré les tentatives gallicanes de contrôle de l’Église par le souverain régnant à Paris, la papauté a généralement trouvé avantage à s’appuyer sur une France lui garantissant sa liberté d’action. Il convient enfin de relever la jubilation avec laquelle Jean-François Chemain refuse le « sport national » de la repentance. Donnant maints exemples de ce qui est diffusé notamment dans le cadre de l’Éducation nationale, il s’interroge d’une manière faussement benoîte : « De quels crimes […] ne sommes-nous pas coupables, nous qui vivons entourés d’innocents ? » Cela lui permet d’opposer à notre caractère celui des Britanniques, non seulement parce qu’ils ont célébré Trafalgar alors que nos responsables politiques craignaient d’évoquer Austerlitz, mais aussi parce qu’ils mettent en avant sans mauvaise conscience tout leur « passé impérial et colonial ». Plus généralement, il ne craint aucune comparaison avec d’autres pays, constatant simplement que le christianisme a apporté, particulièrement en France, « la possibilité d’éclosion et d’expansion d’une société de liberté et de progrès ».

— -

Jean-François Chemain, La vocation chrétienne de la France, Versailles, Via Romana, 2010, 146 pages

Répondre à cet article