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La politique sous tension

par Gérard Leclerc

lundi 30 janvier 2017


Journée très politique hier avec la victoire de Benoît Hamon au terme du second tour de la primaire de gauche et le grand meeting de François Fillon à Paris. L’élection présidentielle donne forcément lieu à une sorte de tension civique, qui a le mérite de préciser les grandes options des familles politiques. À l’échéance de 2017, cette tension est d’autant plus forte que les données ont complètement changé par rapport à celles des précédentes présidentielles. Tout ne se résout plus à la bi-polarité droite-gauche du second tour, puisque le Front national fait maintenant jeu égal avec cette droite et avec cette gauche, et puisque la gauche à l’épreuve du pouvoir se trouve profondément divisée. Il faut ajouter à cela que c’est le monde lui-même qui a changé, avec une Europe en crise et l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche.

Les positions se sont-elles au moins éclaircies dimanche ? Ce n’est pas évident, car la victoire de Benoît Hamon ne débouche pas sur la réunification du Parti socialiste. Elle a un goût très amer pour Manuel Valls, Premier ministre sortant, mais aussi pour François Hollande qui se trouve ainsi désavoué. Car ce sont les socialistes frondeurs qui ont gagné, ceux qui n’ont cessé de contester l’action gouvernementale, en signifiant un désaccord profond avec le réformisme social-démocrate. On voir mal comment un accord programmatique pourrait fédérer autour de Benoît Hamon l’ensemble des socialistes, pour peu que celui-ci soit fidèle aux choix qu’il a opposés à ceux de Manuel Valls. Et puis le candidat du PS devra encore s’expliquer avec ces deux autres candidats sérieux que sont Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

Quant à François Fillon, le beau succès de son meeting de la Porte de la Villette est venu mettre un peu de baume sur le moral des militants, après la terrible dépression intervenue à la suite de l’attaque violente du Canard enchaîné. C’est une vraie machine de guerre qui a été placée sous les pieds du leader de la droite, parce qu’elle est d’une efficacité redoutable. En fait, sous couvert de morale, c’est la violence qui s’est invitée dans la campagne électorale. Une violence certes toujours présente dans la compétition politique, mais sous forme feutrée. Ici elle s’offre directement. Et celui qu’elle déstabilise doit faire preuve de la virtu dont parle Machiavel, celle qui qualifie un véritable homme d’État.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 30 janvier 2017.

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