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La littérature interdite à Sciences Po

par Gérard Leclerc

lundi 16 janvier 2012


J’avais signalé à la mi-décembre dernier la suppression de l’épreuve écrite de culture générale au concours d’entrée à Sciences Po Paris. Et je tiens à revenir aujourd’hui sur le sujet. Comment, me dira-t-on ? N’y a-t-il pas des sujets d’actualité grave à commenter, telle la suppression du triple A (par une agence de notation), qui secoue en ce moment la France et se répercute à travers toute l’Europe ? Certes, je trouve la nouvelle fâcheuse, la déplore, mais il y a suffisamment de commentateurs autorisés de l’économie pour que je m’efface devant leurs avis éclairés, et d’ailleurs contradictoires. Si j’insiste sur cette question de culture générale, c’est qu’elle intéresse beaucoup moins alors qu’elle est à mes yeux essentielle. Il est paru à ce propos un article étonnant de Pierre Bénichou dans le dernier numéro du Nouvel Observateur. Il est digne de relancer la querelle.

Bénichou raconte comment il a été pressenti justement par Sciences Po Paris pour diriger un séminaire sur « le récit journalistique » et comment il a dû renoncer. Le malheureux était persuadé qu’il entraînerait l’enthousiasme des brillants sujets de la rue Saint Guillaume, en leur montrant quelle inspiration incomparable pouvait être la littérature française pour le journalisme contemporain. Il brûlait de communiquer toutes ses références classiques et modernes dans le cours d’un enseignement, où ses étudiants pourraient lui renvoyer la balle. Rimbaud, La Bruyère, Flaubert, il y avait là tout un trésor où puiser pour devenir de bons journalistes clairs et persuasifs. Il fut accueilli par une indifférence « même pas polie ». Et de plus, admonesté par la direction de l’école. Monsieur Bénichou, vous n’y êtes pas du tout !

Le papier de notre collègue est à la fois magnifique et terrifiant. Magnifique, car il montre comment, à son âge, on a encore la foi dans une culture sérieuse et profonde. Terrifiant, parce qu’il donne le sentiment que c’est de plus en plus une franche hostilité qui préside à l’étranglement aussi bien de la littérature, de l’histoire que de la pensée philosophique. Quelque chose d’essentiel est sur le point de se produire, qui touche à l’avenir de l’intelligence et pourrait bien revêtir une importance plus grande encore pour le futur que la perte de notre triple A.

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 16 janvier 2012.

6 Messages de forum

  • 19 janvier 19:12, par Brun

    Le décervelage est en bonne voie. Quand peut on espérer voir M. Descoing prendre le chemin de la retraite ? On porrait éventuellement le voir remplacé par quelqu’un d’un peu moins nuisible.

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    • La littérature interdite à Sciences Po 20 janvier 11:32, par podhivana

      Le génocide culturel est aussi grave que le génocide ethnique : il s’agit d’éradiquer une entité ethnoculturelle pour lui substituer "l’homme nouveau", bâti selon les fantasmes ou les utopies des théoriciens au pouvoir ! Pire, en ce moment, en France, nous assistons à un autogénocide destiné sans doute à mettre en place la société métisse et multiculturelle dont rêvent les disciples de JJ Rousseau et de ... Pol Pot !

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      • La littérature interdite à Sciences Po 24 janvier 12:25, par paquerette

        Tombée par hasard sur ce site, je découvre la chronique de Gérard Leclerc sur le thème : "La littérature interdite à Sciences Po" suivie des messages.
        Retraitée, sans connaissance approfondie de la littérature française et je le regrette, mais intéressée par la politique et les belles phrases, je découvre les lacunes allant grandissantes des étudiants qui ne reçoivent plus, il semblerait, les cours de littérature française, le goût de la lecture et du bien parlé qui faisaient de nos dirigeants des personnes éduquées et instruites.
        j’ose espérer que le cas de Sciences Po ne soit le reflet des autres grandes écoles, car selon Montaigne "Mieux vaut tête bien faite que tête bien pleine ".
        Trop fin et spirituel, Monsieur Bénichou n’aurait pas eu sa place .....

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  • 21 janvier 11:28, par Melmiesse

    Il s’agit de remplacer une culture par une autre dans laquelle on obéit sans se poser de questions ; il faut 2 générations, la3eme aura oublié notre civilisation ; à moins que....

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  • 25 janvier 23:23, par admin

    Les jeunes sont vraiment des ingrats ! Ils ne respectent même pas cet éminents journaliste du nouvel obs, venu leur prêcher la bonne parole. Ce représentant de cette si généreuse génération qui sur les barricades et les bancs de la Sorbonne, avaient ouvert la voie en refusant la tyrannie odieuse des "vieux" et cette culture bourgeoise aliénante en réclamant "place aux jeunes".

    http://contre.courant.over-blog.fr/

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  • 26 janvier 17:49, par stephane

    dans une église près de chez moi, un prêtre disait qu’on remplaçait par l’immigration la population de la ville par une population neuve et fraiche. _Quand il aura été chassé pour installer une mosquée, il pleurera surement sur ses propos.

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