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La justice et ma mère

par Gérard Leclerc

lundi 11 janvier 2010


Le cinquantenaire de la mort d’Albert Camus donne lieu à une multitude de publications qui rappellent la personnalité singulière de ce Français d’Algérie ainsi que la richesse et la pertinence de son œuvre. L’auteur de L’homme révolté est mort prématurément, avant que ne se dénoue la tragédie qui l’aura tant blessé. Déchiré par le conflit qui ensanglantait sa terre natale, Albert Camus avait voulu trouver la formule pacificatrice qui aurait permis la coexistence de deux populations. On parlait alors des Européens et des musulmans. C’est pourquoi il avait adhéré, sur le moment, au projet fédéraliste présenté par Philippe Marçais et Marc Lauriol. Mais le cours des événements prit un tout autre sens. À l’encontre de beaucoup d’intellectuels, qui avaient pris parti pour la cause de l’indépendance algérienne, Camus ne voulut jamais se désolidariser d’avec ses compatriotes "Pieds-noirs" et dénonçait les méthodes terroristes du FLN. Cela ne l’empêchait pas de refuser les situations d’injustice imposées à la population musulmane, comme il l’avait toujours fait depuis ses premiers articles de jeune journaliste en reportage en Kabylie.

Lorsqu’il reçut le prix Nobel en 1957, l’écrivain fit une déclaration qui est restée dans les annales… Interpellé par un jeune sympathisant du FLN, qui lui reprochait son attitude à propos de l’Algérie, Camus déclara notamment  : «  J’ai toujours condamné la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s’exerce aveuglément, dans les rues d’Alger par exemple, et qui un jour peut frapper ma mère ou ma famille. Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice.  » Il y avait de la provocation dans cette adresse qui indisposa beaucoup de monde. Pourtant, sa signification était assez simple, et on s’étonne encore aujourd’hui qu’elle donne lieu à des gloses insensées.

Préférer sa mère à la justice abstraite, c’est simplement défendre le pauvre, même s’il s’agissait ici des plus proches, contre la violence aveugle. C’est défendre un visage singulier contre l’anonymat d’un terrorisme qui fait du plus démuni et du plus faible, la possible prochaine victime.

Y a-t-il une grande différence d’approche entre une telle déclaration spontanée du cœur et les propos que Benoît XVI vient de tenir pour dénoncer les violences dont ont été l’objet de pauvres immigrés sans défense, dans le sud de l’Italie  ? «  Je vous invite, a dit le Pape, à regarder le visage de l’autre et à découvrir qu’il a une âme, une histoire et une vie  ; c’est une personne et Dieu l’aime comme il m’aime.  » Entre la maman d’Albert Camus et l’immigré africain en Calabre, il y a la même primauté d’un visage qui s’expose à la violence de la vengeance meurtrière.

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Autre article de Gérard Leclerc sur Camus :

http://www.france-catholique.fr


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5 Messages de forum

  • La justice et ma mère

    12 janvier 19:49, par Augustin d’Hippone
    Kudos à Riton. Parfait. Rien à ajouter !
  • La justice et ma mère

    12 janvier 09:33, par Riton
    En réponse à B Richard : Je ne sais pas ce qu’est mon identité nationale de français, peut être une longue patience et une fidélité à la douce pitié de Dieu, une fidélité à tous les liens qui se sont tissées patiemment pour me faire naitre, à travers l’Alsace et la France mais ce dont je suis sûr c’est qu’elle n’est pas issue ni d’une définition ni de la logomachie révolutionnaire. Elle se vit. Certes on peut trouver de la grandeur à la révolution et à l’épopée napoléonien qui a mis le feu à l’Europe pour deux siècles. Et après ? La grandeur ne justifie pas tout. , en tous cas pas le déni de réalité. . On peut aussi trouver du courage à d’autres qui mettent le monde à feu et à sang. en ces temps.. ; Maintenant Je conseille sérieusement B Richard de lire et de méditer les possédés ou plutôt les démons de Dostoïevski.-Dostoïevski ,lui, a connu tout ce que la Russie comptait de révolutionnaires, il a a failli y perdre la vie ; mais il n’a cessé de converser avec eux, il sait de quoi il parle quand il les met scène et révéler leur nihilisme profond Il a su décrypter par avance l’’horreur révolutionnaire future, et prévoir et notre passé, dont nous sommes si fiers ! de terreur et celui du goulag et du nazisme au 20 siècle. (Je signale à tout hasard que ceux qui sont passés par la nuit des camps du Goulag ( La Kolyma) ne peuvent plus lire Tolstoï, c’est trop fantasmé, mais bien Dostoïevski -avant de trouver ‘effrayant’ mon rapport à l’identité nationale . Maintenant en ce qui concerne l’Algérie j’ai trop aimé ce pays et ses habitants après 1962 ( 1987-1972), comme coopérant, pour dire quelle solution était juste. Ce dont je suis sûr, et les personnes que j’ai rencontrées là bas ne me démentiront pas, c’est que ce n’est pas le FLN qui a instauré la justice, et surtout pas pour les Algériens d’origine musulmane, et tous ceux qui l’ont cru et l’ont soutenu en France devraient peut être se poser des questions, en dehors de toute logomachie et de tout esprit de revanche, et que le mot émouvant de Camus est incomplet, à mon sens.
  • La justice et ma mère

    11 janvier 21:18, par Bernard RICHARD
    Les pensées véhiculées par "Riton" me paraissent assez effrayantes. Comment refuser à ce point notre identité nationale ?
  • La justice et ma mère

    11 janvier 21:14, par Bernard RICHARD
    Ne faites pas dire au défunt camus ce qu’il n’a pas dit, ne transformez pas la mot beau mot de "justice" par celui de "violence aveugle", sinon, à faire ainsi impunément parler les morts, plus aucun mot n’a de sens. Reprenez donc tout votre texte en remettant honnêtement "justice" là où Camus le mettait, là où vous avez abusivement mis "violence aveugle", puis relisez-vous, c’est de bonne pédagogie, juste et honnête aussi. B. Richard
  • La justice et ma mère

    11 janvier 20:52, par Riton

    La déclaration de Camus sur sa mère en 1957 ne manque pas de panache , mais elle est un peu sophiste Préférer sa mère à une justice - sous entendu inhumaine et abstraite, celle du FLN - . c’est un pas vers le bon sens, mais dans ce cas ce n’est plus la vraie justice, qui, elle, par nature s’incarne dans une médiation à visage humain, non dans , la soif de destruction d’une idéologie révolutionnaire perverse et totalitaire, la logique d’une idée comme dirait Hannah Arendt . Il aurait pu être plus clair : préférer sa mère, car c’est la justice qu’on lui doit. Et c’est la justice, la vraie, car on ne fait pas justice en bénissant une injustice délibérée. .

    Camus aurait donc pu avoir le courage d’aller plus loin, lui, grand lecteur d e Dostoïevski, il aurait pu se délivrer, et nous avec, ,une fois pour toute des idéologies révolutionnaire, initiées par notre pays il y a deux siècles, celle qui a fondé notre république au départ, bien révélées par les « démons » où l’homme tourne en rond sur son idée fixe pour tuer ce qui lui résiste. Cela aurait peut être pu en démystifiant notre mythe national carnassier aider les futurs dirigeants du Cambodge, fidèles disciples de la révolution française et autres à éviter le quasi génocide de leur pays huit à neuf ans plus tard. Etait-ce trop lui demander ? La lucidité n’a pas de prix…




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