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La fin du mythe Guy Moquet

samedi 26 décembre 2009


Deux professeurs d’histoire rappellent que le souvenir de Guy Môquet a été célébré par le président Sarkozy le 16 mai 2007, et que la lecture de sa dernière lettre a été imposée dans les écoles. A gauche, beaucoup ont approuvé ce geste, mais le comble du ridicule a été atteint par Bernard Laporte qui a fait lire cette lettre à l’équipe de rugby avant un match international.

La recherche dans les archives de la police, de la justice, de l’administration militaire allemande, du parti communiste et du Kominform montre qu’il s’agit d’une mystification. Fils d’un député communiste interné en 1939, le jeune Môquet s’est contenté de distribuer des tracts et des journaux qui dénoncaient les fauteurs de guerre franco-britanniques et qui glorifiaient Staline et les soviets. Il est arrêté le 13 octobre 1940 par les RG pour diffusion de mots d’ordre d’une organisation illégale. Il sera exécuté en 1941 avec les otages de Chateaubriand, au moment où l’URSS est envahie par la Wehrmacht. C’est alors seulement que les militants du PCF entrent en résistance et abattent des officiers allemands dans les rues.

Guy Môquet n’a donc rien d’un résistant. Les journaux qu’il distribuait s’en prenaient au général de Gaulle, valet de la City, et les dirigeants du parti négociaient avec les Allemands pour obtenir la reparution de « l’Humanité ».

L’annonce de l’exécution des otages suscita une réprobation internationale, et permit au parti communiste de se proclamer parti de la résistance, alors que l’engagement patriotique fut d’abord celui d’hommes de droite. Ceci n’enlève rien au sacrifice de dizaines de milliers de résistants communistes , ni à l’héroisme des soldats de l’Armée rouge.

Maurice Faivre, le 25 décembre 2009

Jean-Marc Berlière et Frank Liaigre. L’affaire Guy Môquet, enquête sur une mystification officielle. Larousse, 2009, 12€.

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4 Messages de forum

  • La fin du mythe Guy Moquet

    26 décembre 2009 21:14, par admin

    La mort de Guy Môquet a été successivement instrumentalisée par le PCF, qui a attribué dès la Libération le nom de cette jeune victime à de nombreuses rues, puis par le président Sarkozy, coutumier désormais de l’utilisation d’un passé par lui recomposé (nous pensons à Jaurès, à Marc Bloch et donc à Guy Môquet). Il reste que ce mort de Châteaubriant (pas de « Chateaubriand », ne confondons ni les lieux, ni les hommes), est plus respectable que bien de ses commentateurs, passés et présents. Son entourage familial a joué un rôle évident dans sa démarche dont les motivations sont plus complexes que ne l’affirment ses utilisateurs posthumes. Mais cela n’enlève rien au courage manifesté par ce jeune homme dans la vie puis face à la mort imminente.

    Ce que nous apprend l’ouvrage commenté par vos soins était bien connu des historiens, mais, contrairement à ce que l’on peut laisser entendre, ne détruit en rien l’admiration que mérite aujourd’hui encore ce membre de ce qu’on appelait alors, chez les collaborateurs de l’Occupant, l’« anti-France » (pêle-mêle les juifs, les francs-maçons, les communistes, les gaullistes et tous les partisans de l’« ancien régime » républicain). Il est bien un « mythe » à préserver et à respecter parmi ce qu’on appelle « le roman national », quitte à l’enrichir de données nouvelles. L’enrichir d’une approche historique plus complexe et plus complète ne le détruit pas, de même que Jeanne d’Arc, autre grande instrumentalisée par les uns comme par les autres, doit être maintenue et respectée dans les sources, vous dites les « mythes », de notre attachement à la France.

    Bernard Richard.

  • La fin du mythe Guy Moquet

    26 décembre 2009 16:10, par Blaise

    On peut douter que le patriotisme ait été réservé aux seuls résistants de droite.

    Distinguons (1) la ligne officielle du parti communiste (2) le for intérieur des militants de base.

    Prenons soin également de replacer les événements dans leur déroulement chronologique. Etre communiste au moment du pacte germano-soviétique, ou de l’entrée en guerre de Staline contre l’Allemagne, ce n’est pas la même chose. Entre les deux, il y a eu de nombreuses défections - puis de nouvelles addhésions.

    Cela dit, je n’ai aucune sympathie pour le communisme.

  • La fin du mythe Guy Moquet

    26 décembre 2009 16:00, par le Chouan

    Il aurait mieux valu lire la lettre de Henri Fertet, authentique résistant, fusillé par les allemands alors qu’il avait 16 ans. Mais lui, croyait en Dieu et pas en Staline ..

    Lettre de Henri Fertet, "un condamné à mort de 16 ans"

    Élève de Seconde du Lycée Victor-Hugo à Besançon. Résistant condamné à mort par le tribunal militaire de la Feldkommandantur 560. Exécuté à Besançon le 26 septembre 1943.

    " Chers Parents,

    Ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vus si pleins de courage que, je n’en doute pas, vous voudrez encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi.

    Vous ne pouvez savoir ce que moralement j’ai souffert dans ma cellule, ce que j’ai souffert de ne plus vous voir, de ne plus sentir peser sur moi votre tendre sollicitude que de loin. Pendant ces 87 jours de cellule, votre amour m’a manqué plus que vos colis, et souvent je vous ai demandé de me pardonner le mal que je vous ai fait, tout le mal que je vous ai fait.

    Vous ne pouvez vous douter de ce que je vous aime aujourd’hui car, avant, je vous aimais plutôt par routine, mais maintenant je comprends tout ce que vous avez fait pour moi et je crois être arrivé à l’amour filial véritable, au vrai amour filial. Peut-être après la guerre, un camarade vous parlera-t-il de moi, de cet amour que je lui ai communiqué. J’espère qu’il ne faillira pas à cette mission sacrée.

    Remerciez toutes les personnes qui se sont intéressées à moi, et particulièrement nos plus proches parents et amis ; dites-leur ma confiance en la France éternelle. Embrassez très fort mes grands parents, mes oncles tantes et cousins, Henriette. Donnez une bonne poignée de main chez M. Duvernet ; dites un petit mot à chacun. Dites à M. le Curé que je pense aussi particulièrement à lui et aux siens. Je remercie Monseigneur du grand honneur qu’il m’a fait, honneur dont, je crois, je me suis montré digne. Je salue aussi en tombant, mes camarades de lycée. A ce propos, Hennemann me doit un paquet de cigarettes, Jacquin mon livre sur les hommes préhistoriques. Rendez « Le Comte de Monte-Cristo » à Emourgeon, 3 chemin Français, derrière la gare. Donnez à Maurice André, de la Maltournée, 40 grammes de tabac que je lui dois.

    Je lègue ma petite bibliothèque à Pierre, mes livres de classe à mon petit papa, mes collections à ma chère petite maman, mais qu’elle se méfie de la hache préhistorique et du fourreau d’épée gaulois.

    Je meurs pour ma Patrie. Je veux une France libre et des Français heureux. Non pas une France orgueilleuse, première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête. Que les Français soient heureux, voila l’essentiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur.

    Pour moi, ne vous faites pas de soucis. Je garde mon courage et ma belle humeur jusqu’au bout, et je chanterai « Sambre et Meuse » parce que c’est toi, ma chère petite maman, qui me l’as apprise.

    Avec Pierre, soyez sévères et tendres. Vérifiez son travail et forcez-le à travailler. N’admettez pas de négligence. Il doit se montrer digne de moi. Sur trois enfants, il en reste un. Il doit réussir.

    Les soldats viennent me chercher. Je hâte le pas. Mon écriture est peut-être tremblée ; mais c’est parce que j’ai un petit crayon. Je n’ai pas peur de la mort ; j’ai la conscience tellement tranquille.

    Papa, je t’en supplie, prie. Songe que, si je meurs, c’est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable pour moi que celle-là ? Je meurs volontairement pour ma Patrie. Nous nous retrouverons tous les quatre, bientôt au Ciel.

    « Qu’est-ce que cent ans ? »

    Maman, rappelle-toi : « Et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs qui, après leur mort, auront des successeurs. »

    Adieu, la mort m’appelle. Je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous. C’est dur quand même de mourir. Mille baisers. Vive la France. Un condamné à mort de 16 ans

    H. Fertet Excusez les fautes d’orthographe, pas le temps de relire.

    Expéditeur : Henri Fertet Au Ciel, près de Dieu. " 4a3f3

  • La fin du mythe Guy Moquet

    26 décembre 2009 15:15, par Jean Léon Donnadieu
    Ce n’est pas l’histoire de Guy Moquet et de sa famille qui m’intéresse. Je ne la connais pas. Ce qui me parait important c’est la lettre qu’il a écrite à ses parents juste avant de partir au poteau d’exécution. Ce garçon de 17 ans, pris en otage, qui va être fusillé par les Allemands, a écrit une lettre émouvante de sérénité et de courage. Il ne parle ni de la guerre, ni de la résistance ni du parti communiste, il sait qu’il va mourir atrocement et écrit un adieu magnifique. Bel exemple pour nous tous et surtout pour les jeunes gens de son âge.



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