De plus en plus, les éclairages urbains annoncent « Joyeuses Fêtes », au lieu du traditionnel « Joyeux Noël ! » Il paraît que c’est exigé par la laïcité, qui veut ignorer la Nativité, pour ne pas laisser croire à une quelconque préférence pour la religion des chrétiens. Mais il n’empêche que le pluriel « fêtes » laisse planer un doute : de quelles fêtes peut-il s’agir ? Qu’on fête le Nouvel An comme une occasion de cadeaux et de grande bouffe, il n’y a rien là pour nous étonner : ce ne fut jamais une fête très religieuse, même si on voulut, selon les époques, y associer la mémoire de la Maternité de Marie, ou la fête de la Circoncision. Mais quelle est l’autre fête, puisqu’il faut être au moins deux pour former un pluriel ?
Serait-ce la fête du Soleil invaincu qui marquait dans le calendrier romain le solstice d’hiver et qui donnait l’occasion de réjouissances variées ? Les chrétiens ont voulu se l’approprier en y célébrant ce jour-là le Soleil de Justice venu dans notre monde à Bethléem de Judée, mais on peut toujours revenir en arrière et préférer le mythe naturiste à l’événement historique de la naissance de Jésus.
Mais cette fête sans nom ne laisse pas de nous poser question. Le Christ non nommé serait-il le grand refoulé de notre société ? Au fond, tout le monde parle de lui, de façon souvent allusive ou implicite. Ses paroles sont dans toutes les bouches (« tu aimeras… », « à chaque jour suffit sa peine », « heureux les pauvres »), on les trouve dans les chansons, dans la publicité, sa croix hante l’imaginaire jusqu’à susciter des formes monstrueuses et blasphématoires. Et pourtant — chut ! — il ne faut pas lui donner une place, même pas celle qu’on réserve ordinairement à un grand homme. Nulle artère ne porte son nom, nulle statue républicaine ne célèbre sa mémoire. Peut-être le Christ est-il paradoxalement plus présent dans notre monde que jamais. Le silence officiel dont on l’entoure ne fait que souligner la place qu’il occupe dans l’humanité d’aujourd’hui. Il vaut peut-être mieux que l’hommage intéressé des grands de ce monde. L’incognito lui convient finalement mieux que les flonflons d’un folklore vidé de sens. À nous d’en profiter pour assurer notre relation avec lui, il faut savoir honorer son dépouillement en le réchauffant de notre prière ! à nous aussi de révéler la splendeur qui se cache dans ce moment que le monde persiste à vouloir ignorer !
Pour cela, il faut le décaper de toutes les couches d’enduit qui l’ont peu à peu recouvert et obscurci : « Noël, fête de la famille », sans doute, car nous trouvons autour de l’Enfant-Dieu la source de toute vraie proximité entre les êtres, mais c’est quand même une drôle de famille qui entoure la crèche, ce n’est pas l’exaltation du cocon familial, et même ceux qui n’ont pas le réconfort d’un foyer heureux peuvent quand même y trouver la joie, on peut l’espérer…
« Noël, fête des pauvres », ô combien ! Mais les pauvres n’y trouveront leur place que s’il y a des anges pour leur dire ce qui se passe : « Aujourd’hui un Sauveur vous est né ! ». Ce n’est pas notre chocolat chaud qui suffira à réchauffer leurs cœurs, si personne ne cherche à les évangéliser. Noël, moment magnifique et difficile, test de notre foi et de notre amour… Bon et joyeux noël !
Dimanche 25 décembre, Noël
Messe de la veille
Première Lecture : Isaïe 62.1–5
Psaume 89.4–5, 16–17, 27, 29
Deuxième Lecture : Actes 13.16–17, 22–25
Évangile : Matthieu 1.1–25
Messe de la nuit
Première Lecture : Isaïe 9.1–3, 5–6
Psaume 96.1–2, 2–3, 11–12, 13
Deuxième Lecture : Tite 2.11–14
Évangile : Luc 2.1–14
Messe de l’aurore
Première Lecture : Isaïe 62.11–12
Psaume 97.1, 6, 11–12
Deuxième Lecture : Tite 3.4–7
Évangile : Luc 2.15–20
Messe du jour
Première Lecture : Isaïe 52.7–10
Psaume 98.1–6
Deuxième Lecture : Hébreux 1.1–6
Évangile : Jean 1.1–14.
Dimanche [25 décembre] :
Saint Jour de Noël
Regardons spécialement la messe de l’aurore très orientée dans le sens de l’intériorité ; on peut en profiter pour méditer sur les trois « Nativités » de Jésus.
1. La naissance en Dieu, le Fils toujours jaillissant du sein du Père, toujours dans l’instant de son engendrement.
2. La naissance temporelle à Bethléem : pour nous et notre salut, ainsi, là…
3. La naissance dans nos âmes : nous sommes appelés à accueillir le Verbe dans notre intérieur et à le livrer au monde.
Lundi [26 décembre] :
Saint étienne, « protomartyr »
1. Jésus qui n’a pas pris une humanité sans souffrance, ni violence, qui l’a prise déchirée et sanglante.
➤ Adorons le Petit Roi, déjà drapé du manteau rouge de Sa Passion.
Point spi : Allons et mourons avec Lui.
2. Jésus qui suscite une « belle profession de foi » chez son martyr, qui provoque la netteté d’une affirmation sans ambages sur Sa divinité.
➤ Adorons le Petit Roi qui ne dit encore rien, mais qu’accueille la confession de foi de son église : Deus de Deo, lumen de lumine.
Point spi : Retrouvons avec joie les mots du Credo.
3. Jésus qui suscite le pardon héroïque de la part de son martyr.
➤ Adorons le Petit Roi qui remet, royalement, toute offense et toute iniquité.
Point spi : Demandons humblement notre pardon.
Mardi [27 décembre] :
Saint jean, « le disciple que Jésus aimait »
1. Jésus qui assume des liens privilégiés, qui tisse des rapports infiniment précieux avec chacun.
➤ Adorons l’Ami, qui nous serre sur Sa poitrine.
Point spi : Voulons pour nous cette intimité.
2. Jésus qui fait du pêcheur galiléen un grand contemplatif.
➤ Adorons le Verbe à l’école de qui nos cœurs et notre intelligence s’ouvrent.
Point spi : étudions, avec la certitude de puiser à la Source.
3. Jésus qui se révèle « amour » et change la mentalité du « Fils du Tonnerre ».
➤ Adorons l’« Agneau si doux », qui nous apprend à son contact la vie de charité.
Point spi : Laissons-nous gagner par ce petit être sans défense. Mercredi [28 décembre] :
Saints innocents
1. Jésus qui n’a pas voulu vivre dans un cadre protégé, à l’abri.
➤ Adorons le Sauveur venu au cœur de la violence de ce monde pour la guérir.
Point spi : Ne refusons pas de voir la réalité, regardons en face les situations.
2. Jésus qui n’affronte pas frontalement le mal, ne le réduit pas tout de suite à l’impuissance, qui se retire devant lui.
➤ Adorons le Dieu qui se dérobe à la provocation du Mal.
Point spi : Ne poussons pas les germes de violence au paroxysme, sachons nous retirer.
3. Jésus pour qui on peut mourir, Jésus qui donne un sens à toutes les morts apparemment inutiles.
➤ Adorons le Dieu qui vient essuyer les larmes de Rachel.
Point spi : Compatissons à la détresse des hommes éprouvés.
Jeudi [29 décembre] :
Ve jour dans l’Octave de Noël
Cf. Oraison : « Dieu que nul œil ne peut voir… »
1. Jésus « icône (visible) du Dieu invisible ». Jésus qui nous dit toute la profondeur de l’être divin « en longueur d’onde humaine ».
➤ Adorons le Dieu inaccessible qui nous a donné accès à Son secret.
Point spi : N’ayons pas de Dieu une idée pauvre et mesquine.
2. Jésus « lumière » et « paix » du visage de Dieu, Jésus qui nous reflète les sentiments du Père.
➤ Adorons le Dieu de la paix, qui nous réserve au fond du cœur l’inaltérable douceur de sa vie.
Point spi : Remettons-lui nos aigreurs et nos regrets.
3. Jésus « incroyable largesse » du Père, don inespéré, inouï.
➤ Adorons le Dieu né de Dieu, bien inimaginable, cadeau du Père.
Point spi : Revenons à la joie de notre première découverte.
Vendredi [30 décembre] :
La sainte famille
1. Jésus qui surgit comme cette vie inespérée qui n’est pas le fruit de la nature, mais de la grâce (lecture du livre de la Genèse).
➤ Adorons le Don du ciel devenu Fruit de la terre.
Point spi : Croyons à l’impossible quand c’est Dieu qui parle !
2. Jésus qui suscite dans le cœur de ceux qui l’accueillent un vrai dépouillement d’eux-mêmes (lecture de l’épître aux Hébreux).
➤ Adorons le Serviteur qui s’entoure de cœurs donnés.
Point spi : Mettons tout de suite notre offrande personnelle dans celle de Jésus.
3. Jésus dont la naissance est accompagnée de toutes ces personnes âgées qui s’émerveillent et accueillent dans la joie le don de Dieu (lecture de l’évangile selon saint Luc).
➤ Adorons l’Enfant-Dieu dans les bras de Syméon.
Point spi : Faisons notre compagnie de ceux dont la vie semble décliner.
Samedi [31 décembre] :
VIIe jour dans l’Octave de Noël
Cf. Oraison : « son origine et son achèvement dans l’Incarnation ».
1. Jésus qui est à la source de tout effort vers Dieu, qui l’inspire secrètement.
Adorons Celui qui met dans nos cœurs de grands désirs.
Point spi : Retrouvons notre premier amour.
2. Jésus qui est l’achèvement de tout effort vers Dieu, qui affine, corrige, complète ce qui n’est encore qu’un pauvre effort humain.
➤ Adorons Celui qui est l’Alpha et l’Oméga, qui présente à son Père la prière des saints.
Point spi : Demandons-lui humblement de perfectionner nos efforts.
3. Jésus qui nous admet dans sa « part », qui nous donne « part », avec Lui.
➤ Adorons la Tête qui reprend et assume tout le dynamisme de son corps.
Point spi : Sentons-nous solidaires des efforts des autres.


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