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Cambodge

La démesure du mal

par Gérard Leclerc

lundi 27 juin 2011


Un second procès s’est ouvert à Phnom Penh afin de juger quatre des principaux responsables du génocide accompli par les Khmers rouges à l’encontre de leur propre peuple. Un quart environ de la population cambodgienne a péri à la suite d’une entreprise monstrueuse, qui ne fut d’ailleurs pas unique en son genre au cours du vingtième siècle. Faut-il dire que celle-ci nous touche particulièrement, parce qu’il s’agit d’un pays historiquement lié à la France et que les dirigeants criminels ont été formés, parfois à Paris même, à une certaine modalité de la culture qui eut cours chez nous, en une période d’exaltation révolutionnaire ? Un tel rappel n’est peut-être pas le bienvenu, d’autant qu’il ne concerne pas seulement une mouvance intellectuelle militante. Ceux qui crurent bon de saluer la victoire des Khmers rouges à Phnom Penh n’étaient évidemment pas complices des crimes qui allaient se perpétrer, mais toute une idéologie ambiante n’était pas indemne de responsabilités dans des dérives sanglantes, qu’une certaine «  opinion des intellectuels » avait, par avance, enclenchées.

Depuis une trentaine d’années, ces idées ont été largement répudiées, sans qu’on n’ait toujours bien conscience de l’importance de la rupture qui s’est produite. Certains intellectuels anglo-saxons y sont plus sensibles, à cause de la différence de philosophie politique qui, depuis longtemps, les opposait aux héritiers des Lumières. La publication récente d’entretiens (1) que Jean-Paul Sartre eut dans les années soixante-dix avec un journaliste gauchiste vient confirmer l’égarement d’une partie de cette intelligentsia. Reste que la tragédie cambodgienne est le fait de dirigeants dévoyés, dont on a peine à imaginer qu’ils puissent supporter le caractère démesuré de leurs crimes.

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