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L’opinion publique et le Pape

par Gérard Leclerc

samedi 17 avril 2010


« L’image du Pape se dégrade ». C’est Le Figaro qui nous l’apprend ce 14 avril. Mais mieux vaut citer le texte : « Il n’y a plus que 33% des Français qui ont en 2010 une bonne opinion du pape Benoît XVI, alors qu’ils étaient 53% en 2008, indique un sondage CSA réalisé pour le magazine VSD. Cette baisse de 20 points est aussi enregistrée chez les pratiquants réguliers qui ne plébiscitent plus le Pape qu’à 66% contre 86% en 2008. A la question de savoir si les cas de pédophilie impliquant des prêtres et des évêques ont globalement détérioré leur opinion de l’Église et de ses représentants, les catholiques répondent non à 63% et oui à 36%, avec 1% qui ne se prononcent pas. » Voilà donc la dépêche brute livrée par Le Figaro. Je constate que sur le blog de ce quotidien elle a déclenché de très vives controverses. Faut-il que j’y mêle mon grain de sel ?

Hier je mettais en cause le système de communication moderne, en me référant à une analyse universitaire, dépassionnée, même si elle est profondément critique : celle de Lucien Sfez dans un ouvrage de référence, a mon sens devenu classique. Sfez met en cause le dispositif même du système d’information, en montrant qu’il obéit à une logique propre qui le détache notamment de toutes les racines culturelles profondes. Je réitère donc mon affirmation, en précisant : les phénomènes d’opinion sont aujourd’hui largement les résultantes d’une communication dont ils reflètent assez exactement les turbulences. Je sais bien qu’il y a une discussion là dessus entre spécialistes. L’autre jour, je rencontrais par hasard dans la rue le cher Dominique Wolton, chercheur très averti de ces problèmes, et je lui confiais mes perplexités. Lui pense que l’on surestime généralement l’influence des médias sur les convictions profonde des gens. La réponse apportée par les catholiques au sondage de VSD lui donne-t-elle en partie raison ? Ils paraissent moins influencés par la campagne actuelle que les autres Français dès lors que ce sont leurs convictions profondes qui sont en cause.

Mais les autres ? Les non pratiquants et surtout ceux qui n’ont plus les habitus culturels d’autrefois, ceux pour qui le christianisme évoque de moins en moins des connaissances personnelles sérieuses ? Ceux-là sont d’évidence beaucoup plus malléables et, en quelque mois, leurs idées sur le Pape peuvent changer du tout au tout. Ce qui me ramène à Lucien Sfez et à sa critique du système de communication. Livré à sa logique autiste et tautologique, celui-ci est capable de bien des dégâts. En ce moment, il est en train d’imposer, par exemple, l’idée de l’Église comme institution perverse, sorte de refuge des pédophiles que Benoît XVI lui-même protégerait ! Comment résister à pareille ignominie, dès lors qu’elle est assénée jour et nuit par un système autoréférentiel. Si on se fie par exemple aux chiffres actuels de la délinquance pédophile aux États-Unis, on remarque qu’en un an plus de 60 000 délits ont été répertoriés et que sur ce chiffre le nombre d’abus imputables au clergé catholique n’est même pas enregistrable statistiquement. Qu’importe, la diffamation continue ! Le Pape voit sa cote de popularité s’effondrer. Mais c’est à nous autres catholique qu’il appartient tout de même de réagir enfin vigoureusement pour rétablir la vérité.

http://www.france-catholique.fr/France-l-image-du-pape-se-degrade.html

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3 Messages de forum

  • Vous avez entièrement raison en ce qui concerne cette approche autistotautologique de la communication. Et on ne peut que déplorer cette pathologie qui estropie l’information. Pour ce qui concerne les sondages et cette espèce de fascination magique pour les énonciations chiffrées, on devrait revenir à plus de simplicité - et de réalisme. En réalité, ces sondages ne dessinent que des grandes tendances.

    Quand on sait tous les bidouillages nécessaires à appliquer à la suite d’un premier traitement des données brutes pour corriger, réajuster au mieux, on s’aperçoit qu’on est, là, très loin encore d’une science exacte ; malgré tout ce qu’en peuvent dire les professionnels dont le salaire dépend assez étroitement du nombre de sondages vendus à leur clients. Un sondage ne donne en rien une vision objective d’une réalité. Ce n’est en rien une "photographie" de l’instantané, en dépit de la métaphore couramment utilisée.

    Sans entrer dans les détails, que je suis moi-même loin de bien maîtriser, qu’il suffise de constater que la simple notion de base de "pratiquant régulier" fait l’objet d’interprétations très variables selon qui administre le sondage et qui le reçoit. Pour moi, ce serait, par exemple, plutôt quelqu’un qui participe au minimum à la messe tous les dimanches. Pour les sondeurs, c’est souvent quelqu’un qui va à la messe une fois par mois. Ce qui change très notablement l’implication religieuse de ladite personne. Douze messes l’an, c’est un peu autre chose que cinquante-deux ; le tout multiplié par x années donne une idée plus nette du contraste. L’implication sacramentelle et la familiarité avec la vie d’Eglise ne sont nécessairement pas les mêmes dans ce qui, pour les sondages, ne fait qu’une indistincte catégorie.

    Cette différence, négligée, ainsi que d’autres encore, fait qu’en bout de chaîne le lecteur a un résultat des plus imprécis entre les mains qui va, bien sûr, exercer une influence sur sa propre opinion, laquelle en retour va réalimenter les sondages en des boucles du plus bel effet esthétique, peut-être, mais qui contribuent également au flou de cet exercice.

    Une chose sûre, toutefois, est l’influence des sondages et de leurs chiffres sommairement assénés en premières pages - ou à l’écran - qui viennent renforcer les commentaires et articles multiples sur les "affaires qui secouent l’Eglise" (le choix des titres n’est pas non plus sans conséquences).

    Beaucoup de chrétiens rangés dans la catégorie des "pratiquants" se trouvent eux-mêmes plus ou moins déstabilisés par cette profusion d’informations convergentes auxquelles ils n’ont aucune argumentation solide à opposer.

    La prodigieuse montée de l’inculture religieuse (les quadras et leur suite nourris, dans le meilleur des cas, au caté "fais-moi-un-dessin-de-Jésus", par exemple), jointe à des capacités embryonnaires d’analyse de l’information font que la moindre opinion invérifiée, débile ou perverse diffusée dans les médias est absorbée sans discernement aucun.

    Le mérite de tout cet emballement médiatique et des déchaînements convergents contre l’institution ecclésiale et contre la personne de Benoît XVI est que les chrétiens se doivent, et certains l’ont déjà fait, de mobiliser leur intelligence et leur recherche documentaire pour cerner très exactement la problématique complexe à laquelle ils se trouvent confrontés ; avec l’alternative de périr écrasés ou de sortir grandis de cette épreuve.

    Mais ça ne se fera pas en restant prostrés sous l’avalanche d’articles, communiqués, commentaires, chroniques, polémiques furieuses, libelles vengeurs, et autres diatribes anti-vaticanes. Non, il s’agit en première urgence d’accroître sa formation religieuse et de puiser auprès des multiples sources (*) honnêtes (elles existent et de nombreux spécialistes, dont Gérard Leclerc, nonobstant sa modestie, fournissent des analyses sérieuses, objectives et documentées) l’information et les raisonnements qui permettent de traiter comme il se devrait le déballage médiatique au lieu d’en être la victime, consentante ou atterrée.

    (*) un p’tit sondage, pour la route : qui a déjà consulté Zénit ou le site du Vatican ?

  • Bravo pour votre article. C’est exactement ce que je pense. Il faut le dire et le redire. Merci Christine
  • L’opinion publique et le Pape

    19 avril 00:22, par Etienne Copel

    Acharnement médiatique : à la rigueur. Mais martyr du Christ vous en rajoutez vraiment !

    Bien sincèrement.

    Etienne




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