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L’identitaire infréquentable

par Gérard Leclerc

mardi 10 janvier 2017


Le concept d’identité est celui qui fait le plus discussion entre ces catholiques profondément divisés dont je parlais hier, à propos des livres d’Erwan Le Morhedec et de Laurent Dandrieu. Gare aux identitaires ! nous dit le premier. Pourquoi cette défiance ? rétorque le second. Pour Le Morhedec, l’identitaire est crispé sur une sorte de grimace de la foi, dont il ne retiendrait qu’un certain décorum, ou pour le pire une écorce vide de sève et de contenu. Pour Dandrieu, si l’identitaire se montre par trop attaché à l’extérieur des choses, « c’est à l’Église de purifier ses conceptions, en transformant sa démarche de l’intérieur ». Un exemple : les crèches publiques. C’est pour de mauvaises raisons que l’identitaire en défendrait le bien-fondé, puisqu’il est peu sensible au signe de l’enfant de Bethléem. Admettons, répond l’autre partie : « Mais pour qu’un signe communique ce qu’il a à communiquer, encore faut-il qu’on lui laisse la latitude de le faire (…). L’Église serait mieux inspirée de voir que cet attachement constitue un appel et aussi un signe d’un autre ordre (…) que l’âme chrétienne ne se résout pas tout à fait à mourir au sein des populations les plus déchristianisées. »

C’est vrai que dans le mot identitaire, il y a quelque chose de dur, d’agressif, dans le style de sectaire, de sicaire. Mais il y a peut-être quelque chose à retenir de cet attachement à une identité. Le libertaire lui aussi est un agressif à sa façon ; cela n’empêche pas la liberté d’être une belle et grande chose, surtout lorsqu’elle est vécue par d’authentiques hommes libres, détachés des modes et des préjugés du temps. Sans identité, il n’y a que du non-être, il n’y a qu’une existence de zombie. C’est vrai que l’identitaire souvent ne se définit ainsi que par une réaction butée qui s’exprime souvent dans la provocation, si ce n’est dans l’agression. N’empêche qu’il y a peut-être en lui un désir, même impur, de combler son propre vide. Et il vaut mieux l’aider dans un chemin de reconnaissance et d’approfondissement, plutôt que de le jeter dans la géhenne de la réaction, là où on lance des regards de mépris pour ces pauvres types à qui, fort heureusement, nous ne ressemblons pas. De pauvres publicains, en somme.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 10 janvier 2017.

4 Messages de forum

  • 10 janvier 15:56, par cordouan

    Merci, cher Gérard, d’avoir posé les termes d’un débat où on ne peut échapper à la question tellement sensible en France de la relation du temporel et du spirituel....On voit bien que la crise générale traversée par notre Patrie, et notamment dans ses aspects migratoires, fait ressortir des interrogations qu’une commune et ancienne entente entre la majorité de l’Episcopat et le personnel politique voulait écarter pour de bonnes ou mauvaises raisons.... Et donc, de quoi s’agit-il, si ce n’est de savoir d’où nous venons, et pourquoi faudrait-il frapper d’anathème ceux-qui, sans fréquenter les églises ou comprendre le sens des jardins de Versailles, sentent qu’au fond, il y a là les traces d’une aventure spirituelle et temporelle qu’il y aurait grand malheur à oublier ?

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  • 10 janvier 22:01, par Philippe Pouzoulet

    "Et il vaut mieux l’aider dans un chemin de reconnaissance et d’approfondissement, plutôt que de le jeter dans la géhenne de la réaction, là où on lance des regards de mépris pour ces pauvres types à qui, fort heureusement, nous ne ressemblons pas."

    Bien dit, cher Gérard Leclerc. Je voudrais souligner combien ce mépris insupportable fait aussi le lit du populisme qui est une mauvaise réponse au désir authentique, légitime et frustré de cohésion nationale.

    Ayant pas mal cheminé pendant 20 ans dans les arcanes eurocratiques, je peux témoigner de ce mépris, sûr de lui et dominateur, haineux de la nation, en fonction duquel on regardait les euro-critiques devenus euro-sceptiques comme des attardés mentaux.
    J’ai même un jour entendu un conférencier en Cour de justice des communautés européennes qualifier le compromis de Luxembourg de "pornographique" pour amuser son public...

    Tout cela alors qu’il est plus que jamais évident que le tournant de Maastricht fut une grave erreur politique.

    Et j’affirme ici que les épiscopats européens sont lourdement coupables eux aussi de n’avoir pas su comprendre cet éloignement des élites "euro-normalisées" et du bon peuple qui n’avait pas perdu tout bon sens (c’est le mot allemand qui me vient, beaucoup plus imagé : Entfremdung) et de n’avoir donc pas su y porter remède, scotchés qu’ils ont été dans leur euro-béatitude...

    C’est comme ça qu’on finit par faire des enragés de l’identité religieuse ou nationale...On s’en inquiète, mais c’est un peu tard, Messeigneurs...

    Alors oui, je veux bien avec Erwan Le Morhedec qu’on critique les excès de l’identité, mais qu’on fasse complètement le ménage et qu’on revisite les excès destructeurs de la négation de l’identité dans un pays où l’installation d’une crèche dans une mairie de Provence est considéré comme une atteinte à l’ordre public et où on finira bientôt par empêcher les enfants des écoles de chanter des chants de Noël par égard pour la minorité musulmane...

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  • 11 janvier 13:07, par Henri

    Finalement j’ai peut -être été trop sévère avec Koz, mea culpa, mais son évocation du cadavre m’a boosté.
    Il est vrai que sans reconnaissance de son identité on ne peut aller à l’autre mais qu’il existe aussi des tentations de crispations identitaires, qui ne font pas avancer le débat ( de grâce P.P.pas d’allusions à un parti politique précis, il sont tous concernés, les socialistes, oh combien Mais attention n à ne pas jeter le bébé avec … )
    Maintenant si on inversait le processus, plutôt que de commencer à dénoncer l’affirmation trop forte et de manière injuste à mon avis des affirmations identitaires (qui sont compréhensibles dans ces temps, quand même troublés) oui si on demandait à l’autre de commencer par reconnaitre l’identité de celui qui le reçoit, de l’approfondir pour ensuite établir une en relation. ? C’est aussi simple qu’un enseignant qui a besoin d’être reconnu par ses élèves pour leur donner le meilleur de lui-même. L’hospitalité est à double sens et les étranger sont souvent un sens de l’empathie qui ne demande qu’à s’exercer, pourquoi les priver de cette initiative et briser le cercle vicieux de l’affrontement ( Encore une fois laissons tous les partis politique à l’écart, ils tous responsables , ceux qui sont au pouvoir tête, comme les médias et celui qui est dénoncé , est peut être le moins responsable ) .. .
    Je connais un Musulman pieux, dont je tairais le nom qui est tout à fait dans cette démarche, et qui demande au chrétien d’approfondir leur foi, plutôt que de tenir un discours compassionnel parfois vaseux… et qui lui connait mieux les écrivains catholiques de Bernanos à Péguy que bien des cathos. Et qui conseille à tous les Musulmans de faire de même, d’approfondir leur relation, avec la culture d’accueil, de devenir adultes et non de se laisser materner par un pseudo discours humanistes, en fait méprisant à leur égard. .
    Oui, quitte à dénoncer des crispations, quitte à les caricaturer un peu quand même, si on prenait le chemin inverse, demander l’hospitalité à l’étranger de ce que nous sommes et tenons à rester pour perdurer, l’étranger étant aussi bien celui qui vient de loin que celui qui est étranger à notre culture ou veut l’éradiquer , la fameuse alliance de certaines pseudo élites avec l’Islamisme, bref la sainte alliance des destructeurs. Lassons jouer l’empathie et sus au destructeurs de tout poil….

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  • 11 janvier 16:49, par Renaud

    La France a une identité difficile, sans doute introuvable. Tout spécialement depuis la Révolution française et son sentiment d’universalité qui a prétendu remplacer le catholicisme, lui-même universel depuis Jésus-Christ, mais situé hors espace-temps, en amont des nations et des puissances temporelles. Mais comme la Révolution française avait un fil à la patte qui la reliait à la Révolution anglaise, exactement un siècle plus tôt en 1689, la Révolution française ne fut que la réalisation sanguinolente de ce même principe révolutionnaire germé un siècle plus tôt en Angleterre protestante donc mettant le domaine marchand et financier au même niveau que le politique, et bientôt surpassant le politique passant, de facto, sous les ordres des faiseurs d’argent.

    Ainsi, aujourd’hui, les échéances "mondialisatrices" du marché mondialisé né en milieu anglo-saxon protestant sont là sans que personne n’ait rien vu venir... à part de très rares scrutateurs. Ainsi, la République française ayant chassé Dieu de la sphère publique est sapée par le ressac de la mondialisation du marché et des échanges globaux pour lesquels : là où est l’intérêt là est la "patrie", selon (sauf erreur) l’expression géniale du Pape Pie XI. Mais cette "mécanique" étant tellement marquée par le mercantilisme généralisé (que je nomme : époque mercurienne) qu’elle broie et dissout les pays, les sociétés et les nations, même des continents (1) victimes du "sida" libre échangiste économique et financier libéral (en plus des mœurs). Les sociétés sont ainsi atteintes dans leurs défenses immunitaires internes ; des défenses qui avaient mis des siècles à se former.

    Depuis 2016, des réactions salubres, si elles sont désordonnées, se font de plus en plus jour dans le monde comme la démonstration, en principe libératrice, que la globalisation alias mondialisation n’est qu’un empoisonnement collectif redoutable, sinon létal.

    Les prétentions humaines échouent en général par leurs tropismes et leurs déséquilibres, et ce, dès le départ. Le marché "libéré", considéré comme thaumaturge, ne sert et n’obéit qu’aux exigences des plus grandes fortunes du monde et maintenant nous constatons son échec patent dans le monde entier. Comme l’annonçait Arnold Toynbee, l’un des meilleurs scrutateurs historiques du monde (je cite de mémoire mais le sens y est) "la réalisation des totalismes, lorsqu’ils sont sur le point de se réaliser, sont annonciateurs de tous les effondrements dans le monde", telle est la loi naturelle ; la technologie numérique va-t-elle réussir ce que les politiques globalistes et autres ’ismes’ ont raté ? Rien n’est moins sûr. Car la finance, comme la technologie, sont des serviteurs et non des maîtres.

    Enfin je conclurai par cette si belle remarque du grand écrivain Miguel Torga : "plus je suis portugais, plus j’accède à ’universel".
    Pour toute relation à autrui, il faut d’abord conserver son identité, la protéger de l’extérieur et la cultiver. Notre relation à autrui sera d’autant meilleure.

    (1) l’Afrique est un exemple le plus terrible entre tous

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