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Le programme de François Hollande

L’euthanasie ouatée

par Tugdual Derville

jeudi 2 février 2012

Le 26 janvier, le candidat François Hollande a dévoilé ses «  60 engagements pour la France  », parmi lesquels, le n° 21 promet l’euthanasie, tout simplement.


« Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité. »

Il faut noter ce que ces quelques lignes contiennent. Ou pas. Pas de mot euthanasie, pas même mort ou mourir. Mais juste l’expression assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité. Une formulation ouatée et anesthésiante qui vise à rassurer. Ou à entretenir le flou. Cette formule utilise le mot dignité dans son acception restrictive, laissant entendre que tuer peut être un geste d’assistance, une façon d’éviter l’indignité. C’est particulièrement pernicieux. Jamais aucun patient n’est indigne, indigne d’être soigné ou aimé.

On pourrait presque se demander, naïvement, si ce genre de texte ne fait pas la promotion des soins palliatifs… Ne constituent-ils pas la véritable assistance médicale pour terminer sa vie dans la dignité  ? Mais les mobiles avancés ne laissent aucun doute et font froid dans le dos. L’euthanasie, version Hollande, est faussement molle.

Phase avancée ou terminale d’une maladie incurable  : cela signifie qu’il n’est pas nécessaire d’être en fin de vie  !

Souffrance physique ou psychique insupportable  : la souffrance physique, c’est la douleur qu’on apaise très largement — heureusement — par les protocoles analgésiques modernes. La souffrance psychique, c’est la peine ou l’an­goisse qui doivent toujours être écoutées et accompagnées. Mais elles sont plus subjectives.

Rendre l’euthanasie légi­time à cause de la souffrance psychique, c’est ouvrir largement la porte. Il suffira que quelqu’un dise que sa peine est insupportable  ! Insupportable, c’est bien le mot qui tue. C’est celui qui explique le résultat des sondages. Quelque chose d’insupportable, qui oserait demander à quelqu’un de le supporter  ? La notion emporte les dernières résistances alors qu’elle n’a rien de rigoureux ni de vérifiable. Avec ce type de critère, éliminer le patient qui se plaint et dit qu’il n’en peut plus devient vite la solution de facilité…

Tout cela est donc annoncé en trompe-l’œil, dans un vocabulaire édulcoré. Jusqu’à cette formulation  : Je proposerai que toute personne majeure […] puisse demander. Mais qui se permettrait d’interdire à une personne de demander  ? Un patient doit pouvoir exprimer librement un désir de mourir. Les soignants et accompagnants le savent. C’est un appel à entendre, qui permet de mieux accompagner. C’est à partir du moment où il risque d’être pris au mot qu’un patient tend à s’interdire ce type de plainte.

Bien sûr le texte socialiste évoque un cadre rassurant  : dans des conditions strictes et précises  ; et réserve l’euthanasie aux personnes majeures. Il ne faut pas être grand clerc pour imaginer ce joli cadre dériver, comme dans les rares pays qui ont transgressé cet interdit fondateur. Quand le pied est mis dans la porte, il est facile de l’ouvrir davantage  !

Or, voilà que la veille de cette annonce, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, qui regroupe 47 États, vote une résolution historique qui contient une disposition rejetant fermement l’euthanasie  : L’euthanasie, dans le sens de l’usage de procédés par action ou par omission permettant de provoquer intentionnellement la mort d’une personne dépendante dans l’intérêt allégué de celle-ci, doit toujours être interdite. Voici au moins une formulation heureuse qui a le mérite de la clarté. Elle rend particulièrement régressives la promesse socialiste et les rares législations qui ont instauré l’euthanasie. Car, en Europe, le vent semble avoir tourné dans le sens de la véritable solidarité vis-à-vis des personnes malades ou en fin de vie.

— -

A consulter pour mieux comprendre :

Site médical faisant pression pour changer la loi en faveur de l’euthanasie

http://www.ethique-clinique.com/

http://www.europe1.fr/Politique/Eut...

http://www.romandie.com/news/n/_Le_...

http://www.levif.be/info/belga-poli...


Articles en consultation gratuite sur le site de Libération :

Euthanasie : pour une médecine humaine et responsable

http://www.liberation.fr/societe/01...

Et si on parlait plutôt de la fin de vie ?

http://www.liberation.fr/societe/01...

« Il faut faire confiance aux familles » InterviewVéronique Fournier, fondatrice du Centre d’éthique clinique de l’hôpital Cochin :

http://www.liberation.fr/vous/01016...

7 Messages de forum

  • 2 février 14:53, par combet

    Mais ,que proposez-vous donc , pour les cas extêmes et si la personne
    le demande ?
    Les soins palliatifs sont nécessaires pendant un certain temps mais pas indéfiniment : après cette période et en accord avec les proches de la famille et de l’équipe de soins, l’arrêt de ces soins peut être envisagé

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    • L’euthanasie ouatée 3 février 17:10, par Dr François Volff

      On appelle cela des directives anticipées. Vous pouvez rédiger un papier demandant d’arrêter les traitements s’ils ne font plus effet (les soins sont poursuivis). Quant à la famille qui demande qu’on en finisse, j’aimerais savoir de quel droit et poussée par quels mobiles. Je m’entends bien avec ma bru, mes enfants ne guettent pas l’héritage, mon épouse ne veut pas se tailler avec le magot et un plus jeune, mais je fais partie des vernis.

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  • 2 février 15:20, par Dr François Volff

    Il n’y a qu’à voir ce qui se passe en Hollande, où l’euthanasie peut être faite à partir de 12 ans, sans l’accord des parents, et où on ne se gêne pas toujours de demander leur avis aux victimes. Mengele faisait une piqure de formol dans le coeur, à la tête du client.

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  • 2 février 18:51, par Jean-François Foncin

    Très bonne critique de ces "propositions" inadmissibles, et dont la mise en pratique serait constitutive de crime contre l’humanité. En effet, cela a été jugé à Nuremberg du "programme T4", qui avait pour but l’"euthanasie" (c’était le mot employé en allemand) des malades mentaux "incurables" (j’ai visité le service de l’hôpital psychiatrique de Hadamard, près de Francfort, qui entre 1939 et 1943 était l’un de ceux où ce programme était exécuté, et qui est transformé en musée - mémorial). Or une définition de la maladie mentale est la "souffrance psychique" insupportable. C’est tout particulièrement le cas des malades atteints de dépression mélancolique, qui réclament la mort et qui, si on on leur en laisse la psossibilité, se suicident. Si le diagnostic n’est pas fait, on croira que cette maladie est incurable, et on les tuera, alors que dans la majorité des cas l’accès guérit spontanément en quelques mois, et que les traitements modernes agissent en trois semaines - en cas d’urgence, la sismothérapie (électrochocs) supprime le danger de suicide en quelques jours. L’inquiétant est que le délabrement de l’assistance psychiatrique en France (dû d’une part à l’antipsychiatrie de 1968, d’autre part aux économies forcenées sur le système de santé, et en particulier sur les hôpitaux psychiatriques) a pour conséquence que ce diagnostic n’est souvent pas fait, comme en témoignent, très partiellement, les faits divers des journaux.

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  • 3 février 11:41, par Melmiesse

    "je proposerai.." : une personne très affaiblie n’a pas la volonté de résister aux sollicitations,que les héritiers en profitent pour s’en débarasser. quant à la notion de dignité, elle est ce que nous voulons qu’elle soit : dans le livre "la dernière leçon" de Noelle Chatelet l’auteure relate le suicide de sa mère car elle devient fatiguée impotente ; quand elle était étudiante on lui a enseigné qu’être fatiguée est indigne : elle avait retenue la leçon.La notion de dignité est abstraite et induite ; un chrétien a la dignité d’être créé à l’image de Dieu, le matérialiste a la dignité de la matière

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  • 5 février 21:34, par Jean-Marie Achéritéguy

    Derrière cette pensée qu’on appelle de gauche, il y a quand même en filigrane le refus de toute transcendance ; c’est l’homme seul qui sait ce qui est bon pour lui, il est sa référence, il se suffit à lui-même. Finalement la mort est aussi pour cette idéologie l’échec de toutes choses, la vie n’est vie que loin de toute réalité mortelle. L’homme moderne, imprégné par cette idée que la valeur de la vie est relative, puisque Dieu est hors de question, cet homme est laissé à sa seule estimation de ce qui est bon pour lui. Cette Gauche qui se réclame de l’humanisme pourrait donc ne viser qu’à protéger la vie dans le plus faible, assurer et rassurer ceux qui craignent de vieillir et de souffrir, développer les soins palliatifs, etc. Non, car leur humanisme n’est qu’une imposture, inventée pour imiter la religion tout en l’éradiquant, mensonge qui réussit à faire passer pour de la grandeur d’âme et de la vertu l’élimination des plus faibles. Je dis souvent que ce qu’Hitler et ses homicides n’ont pas réussi à mener à bien, lui qui est clairement désigné comme une émanation du mal, voici que les humanistes patentés vont l’instaurer en toute légalité "démocratique". Cela me fait craindre même de vivre dans un Pays où s’installera obligatoirement un climat eugéniste, qui se nourrira du refroidissement de l’amour et l’aggravera encore. Car tout est lié, moins l’on croit en Dieu, plus on craint de vieillir de souffrir et de mourir et moins on trouve de bonne volonté pour porter les plus faibles. On "décide" donc d’anticiper sa mort pour surtout ne pas peser sur qui que ce soit, ses enfants le plus souvent.
    Mais le salut est ailleurs. Retrouver nos racines évangéliques, dénoncer l’idéologie de la fausse compassion et de la dignité falsifiée, une honte face à laquelle les chrétiens doivent là vraiment s’indigner ! Il y va de notre avenir commun, de la capacité de vivre ensemble, jeunes (futurs vieux) et vieux (qui ont été jeunes), bien-portants (ex et futurs malades) et malades (qui ont besoin de soins et de compassion). La grandeur d’une civilisation n’est pas dans l’émotion mise au service de la culture de mort Monsieur Hollande, elle est dans la conviction que la vie dans sa ’grande petitesse’ demande et doit susciter le meilleur de nous-mêmes. L’homme se grandit en considérant le souffrant, le grand malade, l’homme réduit à rien parfois, avec le respect dû au fait qu’il est un vivant, et que rien, du fait de son état diminué, ne le désigne inférieur à l’homme qui jouit de toute sa santé. La révolte doit être là d’abord, l’indignation doit s’exprimer là d’abord, refuser la culture de mort qui s’avance parée des ornements du Progrès. Non ! Car dans une telle société, tous allons gravement en pâtir.

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  • 7 février 14:15, par admin

    Entant qu’infirmière, je n’accepte pas cette solution alors que les soins palliatifs redonnent courage aux personnes qui se sentent aimées et aussi pour leur familles, qui se sentent soutenues. Actuellement je suis en retraite, mais m’y suis engagée, les 5 dernières années de mon exercice.

    A. L

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