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par Gérard Leclerc

L’épreuve de l’Eglise d’Irlande

lundi 14 décembre 2009


Indignation, honte, trahison… Tels sont les mots employés par Benoît XVI pour qualifier l’abomination dont se sont rendus coupables ceux qui ont pratiqué des sévices sexuels à l’égard des enfants et qui appartenaient au clergé irlandais. Le Pape s’est dit lui-même «  perturbé et bouleversé  » par le rapport officiel qui met également en cause les différents archevêques de Dublin. Avertis de ce qui se passait, ceux-ci n’ont pas réagi avec vigueur pour mettre hors d’état de nuire ceux qui avaient commis ces crimes. Le Saint-Siège va prendre des décisions qui pourraient se traduire par le renouvellement de la hiérarchie catholique du pays. Mais, comme le soulignait le cardinal Jean Brady, primat d’Irlande et Mgr Diarmuld Martin, l’archevêque de Dublin  : «  Il ne s’agit pas seulement de faire tomber des têtes. Notre Église doit retrouver la confiance du peuple et la confiance en elle-même.  »

Impossible de se voiler la face. Il n’y a pas pire épreuve pour une Église particulière que d’être frappée par «  le mystère d’iniquité  » qui semble s’être introduit dans le sanctuaire du salut. Que des ministres des sacrements apparaissent comme objets de scandale nous renvoie aux plus terribles paroles de l’Évangile qui se rapportent au mal fait aux enfants. Pour les fils et filles innocents de cette Église, l’épreuve est indicible. C’est l’institution, Lumière des nations, qui se trouve comme délégitimée à ses propres yeux et aux yeux du monde. L’opprobre qui l’afflige la rend étrangère à sa mission et la met en danger de disparaître. Cependant, une limite doit être clairement opposée à l’accusation qui accable une Église  : tous ses membres ne sont pas coupables de la faute dès lors qu’ils l’ignoraient ou, a fortiori, lorsqu’ils l’ont dénoncée ou se sont opposés aux criminels. De plus, la responsabilité de certains ne saurait entraîner la paralysie de l’ensemble du corps, qui doit se ressaisir dans l’eucharistie dont il tient sa cohérence, sa force et sa puissance de guérison. Quelle que soit l’intensité du mal subi, celui-ci ne saurait effacer la grâce reçue dont l’Irlande a bénéficié depuis son évangélisation.

C’est à partir de l’espérance du salut, qui doit demeurer intacte, que l’Église d’Irlande va pouvoir se reconstruire, mais non sans opérer un examen drastique de ce qui a entraîné certaines institutions à des pratiques insupportables au regard de la loi de Dieu et des premiers principes de la commune décence. C’est à une conversion profonde qu’est appelée une communauté qui est sommée de répondre de sa foi - Croit-elle toujours à la mission confiée par le Christ  ? -, de son espérance - Est-elle en mesure d’espérer le salut promis  ? -, de sa charité - L’amour qui caractérise l’esprit de sainteté est-il capable de cicatriser ses plaies et d’attester de la splendeur de la réconciliation avec Dieu, avec les autres et soi-même  ? L’Église d’Irlande vit son chemin de croix, où nous ne pouvons pas ne pas l’accompagner.

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http://www.la-croix.com/

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6 Messages de forum

  • L’épreuve de l’Eglise d’Irlande

    21 décembre 2009 02:55, par Blaise

    Le plus difficile à supporter, c’est la conduite des évêques irlandais. Le reste est plus ou moins inévitable : nous constatons des abus dans toutes les institutions en contact avec les enfants ou la jeunesse : le scoutisme (j’y ai connu un pédophile, sans en être -heureusement- la victime) ; l’enseignement primaire, supérieur ; la famille, etc. Mais un évêque qui trahit sa mission en étouffant la vérité, sans rien faire pour les victimes, c’est une chose insupportable. Un évêque doit avant tout prendre soin de son troupeau. Et c’est justement ce qu’ils n’ont pas fait.

    Heureusement, l’Eglise d’Irlande est sortie de toutes ces années de mensonges. Après l’épreuve de la vérité, les nécessaires sanctions, elle va enfin pouvoir se relever.

  • L’épreuve de l’Eglise d’Irlande

    20 décembre 2009 23:48, par Dr. Edouard Belaga

    La crise de l’Église d’Irlande face à son histoire des abus sexuels — une facette tragique de l’anti-culture endémique de violence et d’infanticide de l’Occident

    N’ignorons pas le contexte intérieur, mais aussi extérieur - culturel, social et politique - de cette tragédie de l’Église universelle.

    John Emerich Edward Dalberg Acton (1834-1902), historien et moraliste catholique, a dit : "Le pouvoir tend à corrompre et le pouvoir absolu corrompt absolument". L’Église n’est pas appelée à investir le pouvoir social et politique pour réussir sa mission, alors même qu’un tel pouvoir pourrait lui être octroyé par l’histoire. Ainsi, Jésus a refusé l’autorité de juge que lui avait proposée un sympathisant qui cherchait un arbitrage sur une question d’héritage familial. Du reste, le Christ a toujours opposé un refus catégorique à toute tentative de la part du peuple ou de quiconque pour le proclamer roi. 



    Le défi véritable à relever et pour lequel le Christ a formé son Église et l’a habilitée en l’appelant à la volonté et au courage d’assumer ses responsabilités quasi illimitées de l’Amour, tout comme Lui-même les avait assumées, jusqu’à la Croix, ce défi comporte aussi l’exigence de se garder de partager la passion du monde pour le pouvoir et le plaisir.


    En succombant à la tentation du pouvoir, certains membres de l’Église, y compris de sa hiérarchie, deviennent insensibles, ou pire encore, méprisants et cyniques face aux cris des victimes, tout particulièrement, des victimes de loups féroces qui se cachent parmi ses prêtres. Dans un contexte pareil, l’invitation évangélique "laissez venir à moi les enfants" devient le piège le plus terrifiant qu’on puisse imaginer pour les fidèles et leurs enfants.

    Cela dit, il faut rappeler que l’Occident auquel l’Eglise d’Irlande appartient, était, hier, encore plus impitoyable, et de manière systématique, envers ses enfants les plus vulnérables. En effet, le nombre de victimes dont il est question dans l’Église irlandaise sur une période de 30 ans, s’élève à 450, d’après le rapport de Mme Murphy (environ 1000, d’après les estimations les plus pessimistes).

    Ce chiffre apparaît minime - pardonnez-moi cette expression inappropriée dans le contexte où même une seule victime serait de trop - si on le compare, par exemple, à l’ampleur d’un programme officiel britannique qui, tout au long du XXe siècle a organisé un transfert systématique d’enfants anglais, orphelins ou arrachés aux mères célibataires, un transfert d’enfants, à partir de l’âge de 3 ans, vers l’esclavage économique et sexuel en Australie, au Canada, et en Nouvelle Zélande : leur nombre s’élève à 150 000.
 Aujourd’hui même, ce sont le plus souvent, hélas, les pères de futurs enfants qui les envoient à la mort. En effet, en menaçant de quitter sa conjointe enceinte, si elle décide de garder son enfant, l’homme lui inflige une violence extrême en la contraignant de tuer leur futur enfant.



    Cela est vrai aussi pour la société française, qui pousse toute femme se trouvant dans une situation familiale ou sociale fragile, à accepter l’avortement comme seule solution envisageable. En France, seules quelques associations de bénévoles – ignorées, voire méprisées par la société et les médias – persistent et soutiennent les maternités précaires, en apportant généreusement leurs précieuses compétences pour défendre la vie des enfants à naître et leurs futures mères.
 
 Dans cette ambiance d’une société où la consommation à tout prix, - la consommation des plaisirs, tout particulièrement du plaisir sexuel, mais aussi de toutes types de violence occultée par des médias, - nous, les chrétiens, et notre Église sommes aussi confrontés aux efforts systématiques de la partie militante anti-chrétienne de la société laïque au pouvoir ou à la recherche de ce pouvoir, les efforts de transformer l’image de l’Église en bouc émissaire censé condenser sur lui toutes les tares et toutes les souillures de la modernité, toutes ses Holocaustes inclues.

    Comme dans le film « Amen », où la figure du Pape XII a été faite plus horrifiante que celles des officiers nazis.
 Ou comme - face aux défis véritables du dialogue judéo-chrétien - dans dans le cas des commentaires critiques des certains responsables des Communautés juives sur l’élévation du même Pape par Benoît XVI au statut de vénérable : en cherchant à trouver la faute de Pie XII dans la tragédie de la Shoah, on passe sous le silence l’indifférence et l’inaction d’une grande partie de la Communauté juive internationale pendant la guerre, le scandale pourtant bien documenté et universellement condamné.

    En résumant les leçons de cette tragique défaillance de certains prêtres et pasteurs catholiques face au défi de leur vocation dans un monde où un ministre peut se flatter ouvertement de ses frasques pédophiles, on pourrait dire que nous, les chrétiens, sommes encore une fois appelés aujourd’hui par la Révélation, par la tradition et par l’enseignement de l’Église, à vivre dans le monde notre foi et notre amour de Dieu et du prochain — sans être du monde .



  • L’épreuve de l’Eglise d’Irlande

    20 décembre 2009 12:44, par lapaille

    L’épreuve de l’Eglise "corps du Christ"sur cette terre.

    Laïc chrétien catholique de 73 ans , je partage totalement le message de Michel Joblot . Quand la gangrène affecte un seul membre c’est le corps tout entier qui souffre nous disait déjà Paul . Prier d’abord bien sûr pour les victimes et leurs pervers agresseurs mais parallèlement nous poser la question du POURQUOI et du COMMENT l’Adversaire a investi le coeur et les corps des serviteurs de la Maison de Dieu . Aujourd’hui, la laïcisation de la socièté mondiale nous apprend à travers la sociologie et la psychiâtrie le poids de l’environnement et les risques inhérents aux domaines clos (famille, institution ).Ainsi la solitude,le désarroi de l’enfant en besoin d’affection peuvent être facilement abusés . Ces frères coupables ne sont-ils pas eux-mêmes d’ex victimes ? Que leur propose-t’on maintenant ?

    Je confirme pour en avoir été personnellement victime qu’il ne s’agit pas là de pratiques spécifiquement irlandaises . Le"tabou" sur ces pratiques existe depuis que l’église comme la socièté catholique cultive le secret sur ce qui se passe dans ses établissements éducatifs .

  • L’épreuve de l’Eglise d’Irlande

    14 décembre 2009 23:19

    Qui n’avance pas recule et pire encore. L’Église catholique relativise, discute… Et elle oublie de conquérir ! Voilà le résultat.

    Amour - Conquête - Mort

    Voilà ce qui figurait sur les anciennes églises du Moyen-Âge.

    La véritable Église catholique n’est pas un ramassis d’utopistes béats qui s’épanchent en mondanités, c’est une église conquérante.

    Et les prêtres doivent avoir confiance en eux. Pour avoir confiance en eux, les fidèles doivent s’agenouiller devant eux. Au diable la communion dans la main !

    Enfin si cela peut en rassurer quelques-uns, lisez donc cet article de la ligue catholique américaine. C’est pire ailleurs et ça, ils le cachent…

    Voir en ligne : THE POLITICS OF CHILD RAPE

  • "L’épreuve de l’Eglise d’Irlande est la nôtre !"

    14 décembre 2009 23:08, par Michel de Lyon

    Le titre est mal choisi, car il ne s’agit pas de l’épreuve de l’Eglise "d’Irlande", mais de l’Eglise Catholique dans son ensemble !

    La communion des Saints fait partie du Credo, oui ou non ? :

    Ce qui touche une partie, touche l’ensemble, pour le meilleur et pour le pire.

    Si j’ai mal compris, que quelqu’un me corrige.

    D’autant plus que ce scandale n’est pas le premier (souhaitons que ce soit le dernier, mais rien ne le garantit) ; l’Eglise Catholique a payé des millions de dollars pour "dédommager" les victimes de ses représentants.

    Alors ne faisons pas comme si il s’agit de "brebis galleuses" isolées.

    Sans vouloir nous faire juges de nos frères, il y a au moins un procès général à instruire, pour comprendre toutes ses dérives criminelles…et surtout prendre les mesures qui s’imposeront, pour que ces actes abominables ne se reproduisent plus et ne soient plus "couverts" par l’Eglise.

    Malheureusement, je ne crois pas qu’en France et ailleurs, l’Eglise ait été préservé de ces abominations, les victimes, on le sait, ne dénoncent pas toujours leurs bourreaux, surtout si il s’agit de prêtres, censés représenter le Christ - l’Amour même - sur la Terre.

    Dieu nous vienne en aide !

    Seigneur, prends pitié de nous et réconforte les victimes innocentes.

    Michel Joblot

  • L’épreuve de l’Eglise d’Irlande

    14 décembre 2009 20:19

    Etrange absence de sanctions envisagées ! Ce ne sont pas des paroles qu’attend le peuple d’Irlande, des paroles aussi indignées soient-elles. Ce sont des actes. C’est-à-dire des sanctions de déposition immédiate des prélats concernés et la réduction à l’état laïc des prêtres ou autres clercs coupables, avec défèrement à la justice civile des actes répréhensibles. Ce n’est qu’à ce prix que l’Eglise d’Irlande retrouvera son crédit. Les nonces actuel ou anciens qui ont nommé ces évêques ne sont-ils pas aussi impliqués ? Rome avait-elle connaissance de ces agissements ? Sinon, pourquoi ? Et comment ?

    Voilà les questions que se posent le peuple, chrétien, ou, hélas, ex-chrétien.

    Maintenant me direz-vous, nous ne sommes plus au temps d’une Eglise sévère. A tout péché miséricorde.

    Et vous qui condamnez, êtes-vous exempt dans votre vie passée de tout acte aussi coupable ?

    Certes. C’est vrai. Nous voilà au rouet.

    Je pense sincèrement que l’Eglise, sans condamner, devrez demander à toutes les personnes impliquées, essentiellement des ecclésiastiques si j’ai bien compris, d’en tirer eux-mêmes humblement et publiquement les leçons.

    Je prie pour les responsables.




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