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L’école biblique et archéologique de Jérusalem

mercredi 17 février 2010


http://www.ktotv.com/videos-chretiennes/emissions/nouveautes/voyage-du-pape-l-ecole-biblique-et-archeologique-de-jerusalem/00045112

ENTRETIEN AVEC HERVÉ PONSOT

propos recueillis par

Thérèse COUSTENOBLE

FRANCE Catholique n°3201 26 février 2010

Frère Hervé Ponsot, l’Institut biblique de Jérusalem, dont vous êtes le directeur, est lié à la figure de son fondateur vénéré, le Père Lagrange. Son procès de béatification est ouvert. Est-il possible de faire le point sur sa cause  ?

Un mot préalable  : l’Institut biblique est le nom de l’institut créé par les jé­suites, dans un premier temps à Rome en 1909 et, beaucoup plus tard, à Jérusalem. L’œuvre créée par le Père Lagrange en 1890 s’est d’abord appelée École pratique d’études bibliques, puis, après sa reconnaissance par le gouvernement français en 1920, l’École biblique et archéologique française de Jérusalem. Il s’est toujours agi d’une École  !

Le Père Lagrange est décédé en mars 1938 à St-Maximin, en Provence  : c’est le lieu du décès qui détermine le diocèse qui sera chargé de la cause pour un procès en béatification. Dans le cas que nous considérons, il s’agit donc du diocèse de Fréjus-Toulon. Celui-ci a eu recours au Père Bernard Montagnes o.p. pour l’élaboration de la positio, autrement dit du document récapitulatif de base destiné à la Congrégation pour la cause des saints à Rome  : ce document a donné lieu à la publication d’une passionnante biographie circonstanciée, par le même Père Montagnes, aux éditions du Cerf.

Par ailleurs, le frère Manuel Rivero o.p., vice-postulateur pour la cause du Père Lagrange, multiplie les réflexions et les écrits, en particulier sur la vie spirituelle du Père  : on pourra consulter à ce sujet livre Prier 15 jours avec le Père Lagrange aux éditions Nouvelle Cité. Tout est en place, ou presque  : il manque en effet un élément essentiel, mais tout à fait indépendant de quelque volonté dominicaine que ce soit, à savoir un miracle (pour la béatification  ; il en faudrait deux pour la canonisation). Nous sommes en attente de la miséricorde divine.

S’il fallait faire l’histoire de l’Institut depuis ses origines, quelles étapes pourrait-on distinguer  ? Quels travaux essentiels l’ont requis  ? Est-il possible de faire la part entre ce qui revient à la recherche désintéressée et le climat intellectuel, voire les passions idéologiques qui marquent les différentes époques  ?

Le point de départ est donc le 15 novembre 1890  : le Père Marie-Joseph Lagrange, arrivé à Jérusalem au cours de l’été, fonde l’École pratique d’études bibliques. Pendant tout un temps, celle-ci n’accueillera que des dominicains, qui travaillent sur la Bible, mais aussi dans le domaine archéologique où l’École se fait très vite connaître. La volonté du Père Lagrange est, selon sont mot d’ordre, mille fois répété après lui, d’unir l’étude du document et celle du monument. [Quand on travaille ici à Jérusalem on peut également se rendre compte que le contact avec les hommes, dans la complexité de leurs origines et de leurs rapports conflictuels, aide à comprendre les textes.]

J’ai évoqué la reconnaissance de l’École en 1920 par le gouvernement français, comme sa représentation ar­chéologique locale  : il s’agit bien sûr d’une date clé, parce qu’elle marque une reconnaissance de l’excellence de l’École au plan archéologique, et parce qu’elle inaugure une relation officielle qui dure encore, et qui nous lie étroitement avec le consulat de France à Jérusalem.

S’il faut mentionner d’autres dates  :

1943 : encyclique Divino Afflante Spiritu, qui va favoriser le développement d’une nouvelle traduction et présentation de la Bible, la Bible de Jérusalem, qui paraîtra d’abord en fascicules avec un succès de plus en plus grand.

1948 : découverte des manuscrits de Qumrân, qui va conduire l’École, sous l’impulsion de son directeur d’alors, le Père Roland de Vaux, à assurer jusqu’en 1956 les fouilles du site contigu aux grottes.

1956 : première édition en un volume de la BJ (Bible de Jérusalem), comme on la désignera très vite ensuite, laquelle sera suivie d’une deuxième édition en 1973, puis d’une troisième en 1998.

2000 : Mise en chantier d’un nouveau projet biblique, la Bible en ses traditions (BEST), qui prend en compte la réception du texte et tente en quelque sorte de «  remonter le fleuve  » vers les origines. C’est un projet énorme, rendu envisageable grâce à l’informatique.

Quant au climat intellectuel, on sait que la première étape, 1890-1920, voire la deuxième, 1920-1943, fut marquée en particulier par la suspicion qui s’est longtemps exercée à l’égard du Père Lagrange, et du coup sur l’École, accusés de progressisme par leurs adversaires. C’est ce qu’on appellera ensuite dans l’Église la querelle moderniste, excellemment relatée dans la biographie du Père Montagnes.

On ne peut pas dire qu’un climat idéologique contraignant, voire passionnel, ait marqué, de la même manière, les périodes suivantes.

Est-il vrai que l’École a orienté l’ensemble de l’exégèse catholique  ? Peut-on dire qu’elle a été un auxiliaire précieux pour le magistère et préparé l’élaboration de l’encyclique de Pie XII (Divino afflante Spiritu) et même de la Constitution doctrinale de Vatican II (Dei Verbum)  ?

C’est le travail des historiens de le dire et il faut à nouveau renvoyer à l’ouvrage du Père Montagnes. Il est incontestable que, après avoir été si douloureusement décrié, le travail biblique du Père Lagrange, et celui de nombreux autres enseignants de l’École (Dhorme, Abel, et tant d’autres), en particulier dans le cadre de la collection Études bibliques, a fini par être reconnu pour ce qu’il est  : un travail sérieux, rigoureux, faisant honneur à l’Église de son temps. Dès lors, il a pu jouer un rôle de modèle.

A-t-on pris de la distance par rapport aux oppositions entre exégètes critiques et des patristiciens attachés à l’exégèse spirituelle ou symbolique  ?

Je ne crois pas que le Père Lagrange serait heureux que l’on recrée des oppositions qu’il s’est toujours efforcé de réduire  : l’exégèse catholique est de soi «  intégrale  », autrement dit scientifique, symbolique et spirituelle tout à la fois, dès lors qu’elle s’élabore avec un vrai souci de la vérité, laquelle accueille pleinement la tradition et le magistère de l’Église. En ce sens, on peut dire de fait que l’exégèse actuelle est sortie d’un certain carcan idéologique, mais il est important à mes yeux qu’elle reste catholique, au sens large de ce mot, autrement dit intégrale, pour ne pas retomber dans d’autres travers idéologiques. Ce sera justement l’un des enjeux du projet BEST.

L’Institut aujourd’hui. Comment le caractériser dans son organisation,ses finalités,ses effectifs,son rayonnement  ?

L’École biblique et archéologique française d’aujourd’hui est... aussi celle de 1920  : une École adossée à un lieu saint et un couvent dominicain, ceux de Saint-Étienne, ayant le souci de la parole de Dieu, de sa meilleure compréhension, de sa diffusion la plus large. Elle rassemble à cet effet chaque année, outre la communauté dominicaine d’une vingtaine de frères et quelques membres associés, une trentaine de chercheurs et étudiants, clercs et laïcs, de pays très divers, à l’Œuvre dans l’étude biblique, archéologique, et proche-orientale. Ce qui est sans doute nouveau, ce sont d’une part la notoriété que lui ont apportée la recherche archéologique et la Bible de Jérusalem, notoriété dont on espère qu’elle se renforcera au travers du projet biblique BEST, et d’autre part la valeur de sa bibliothèque, entièrement rénovée en l’an 2000, pouvant accueillir une soixantaine de chercheurs simultanément, dans des conditions optimales (air conditionné, wifi, etc).

Enfin,il n’est pas indifférent pour l’institut biblique de vivre dans la ville sainte d’aujourd’hui. Comment vit-il cette situation, et quelles conséquences cela a-t-il pour sa mission propre  ?

L’École biblique se situe dans la partie orientale de Jérusalem, autrement dit dans l’ancienne Jordanie, partie occupée par Israël en 1967. Elle avait donc tissé pendant longtemps des liens privilégiés avec le monde arabe, et plus spécialement et localement palestinien. Ces liens sont devenus plus restreints et les échanges plus ténus, tout spécialement avec la construction par Israël du mur de séparation  : c’est ainsi que le très prometteur chantier archéologique de Gaza est fermé depuis plusieurs années.

Sans rien renier de ces liens et de leur importance, l’École biblique a pris acte de la nouvelle situation géopolitique, et elle cherche donc aussi à développer des liens avec le monde universitaire israélien, en particulier avec l’université hébraïque toute proche  : un séminaire de recherche commun a lieu désormais chaque semaine, et il attire de nombreux étudiants.

Par ailleurs, un colloque organisé en commun avec le Centre de recherches français de Jérusalem (CRFJ), situé dans la partie ouest de la ville, et le Centre national de la Recherche Scientifique (CNRS) devrait voir le jour en novembre 2010.

Retrouver le frère Hervé sur son blog :

www.lumierealorient.fr

Site Internet  : http  : //www.ebaf.info