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L’affaire Polanski

vendredi 2 octobre 2009


Faut-il revenir, 32 ans après les faits, sur ce qui est reproché au réalisateur franco-polonais par la justice américaine ? La victime avait 13 ans. Il en aurait abusé après lui avoir administré un sédatif. Mais celle qui qualifie ce qu’elle a enduré de « chose horrible à faire à une petite fille », parle de la médiatisation qui entoure l’affaire comme d’un autre viol, un « enfer » qu’à 45 ans, et mère de famille, elle voudrait désormais oublier. Restons-en donc à la façon dont le récent débat s’est propagé. Dans un premier temps, deux ministres en exercice, tous deux d’ouverture, prennent ardemment la défense du génial réalisateur. Bernard Kouchner cosigne avec son homologue polonais une lettre à Hillary Clinton pour demander la libération du prévenu. Frédéric Mitterrand estime l’arrestation « absolument épouvantable » et tance une « Amérique qui fait peur ». Les médias audio-visuels embrayent. La justice des États-Unis et celle de la Suisse sont brocardées. Une brochette de cinéastes français, rejoints par quelques américains, signent un appel avec cinq organisation du cinéma. Premier jour.

Mais, stupeur dans les rédactions, l’opinion publique ne suit pas. Les sondages proposés par les sites des médias montrent que la grande majorité des internautes estime que l’homme doit être jugé en bonne et due forme. Volte-face éditoriale un peu partout, accélérée par des prises de position publiques plus réfléchies. Des lignes de fracture inédites se dessinent.

Du côté des parlementaires de l’UMP, on se démarque des postures ministérielles jugées «  consternantes ». Du coup, le porte-parole du gouvernement affirme que « Roman Polanski n’est ni au-dessus ni en-dessous des lois ». À gauche, alors que Christophe Girard, l’adjoint à la culture du Maire de Paris, a soutenu le réalisateur, Daniel Cohn-Bendit conteste les propos du Ministre de la Culture, l’engageant à mesurer la gravité des faits. Du côté des féministes, Gisèle Halimi affirme  : «  un crime a été commis et la justice est la même pour tous. » Et la célèbre avocate d’expliquer  : « Les Etats-Unis ont fait les choses dans les règles ». Sordide hasard de calendrier, voilà qu’en France récidive un homme qui avait été une première fois condamné pour la séquestration et le viol d’une jeune fille de… 13 ans ! Un âge qui projette l’opinion dans la réalité. Ceux qui pensaient que les Français offriraient une « amnistie artistique » à Roman Polanski, en stigmatisant le puritanisme américain, sont pris à contre-pied. Est-ce le signe d’une évolution de la société  ?

Un professeur de droit de Los Angeles explique qu’« à l’époque, les mœurs étaient un peu plus souples » et pense que Roman Polanski pourrait être plus sévèrement condamné aujourd’hui qu’il ne l’aurait été en 1977, s’il avait accepté de laisser la procédure se dérouler au lieu de s’enfuir. Au cinéma comme dans la publicité, la perversion sexuelle reste à la mode. Une marque de chaussures affiche en ce moment-même des images de femmes séquestrées et attachées… Mais, dans la vraie vie, le viol – notamment sur mineures – et la pédophilie ne sont désormais plus tolérés ou excusés.

Sans préjuger de la suite judiciaire de l’affaire, celle-ci permet finalement de mesurer le décalage entre une caste, libertaire jusqu’à l’aveuglement, et les valeurs auxquelles la plupart de nos contemporains aspirent. Plutôt réconfortant.

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2 Messages de forum

  • L’affaire Polanski

    6 octobre 2009 01:03, par Jean-Marie Achéritéguy
    Ceux qui trouvent injuste, la presse, les artistes en majorité, les gens qui écoutent la presse et les artistes, que cet homme soit condamné, le pensent parce que ; il est un réalisateur talentueux, sensible, qui nous a tous, un jour, captivés par tel ou tel aspect de son art ; parce qu’il est un rescapé du Ghetto de Varsovie ; parce que les faits remontent à loin ; parce que la victime semble montrer de l’indulgence, etc (entendu ou lu ici et là). Comment, sans rien en ôter, regarder les choses autrement ? En chrétien. C’est-à-dire avant tout comme celui qui se sait capable du mal, de tout mal, "soit un pauvre type comme moi" affirme merveilleusement Fabrice Hadjadj, que je rejoins de tout cœur dans cette bienheureuse confrérie. Une justice des sentiments conduit tôt ou tard à la barbarie car les sentiments fluctuent par nature. Une justice inspirée par l’Esprit de Jésus est très exigeante. Et parce qu’elle commande de regarder le mal en soi d’abord, avec le courage de la vérité sur soi, et non au-dehors, en quête compulsive d’un responsable, à l’aune de l’émotion dont le règne est profondément établi dans les esprits, elle est qualifiée d’irrecevable par le monde. Mais cette justice est là pour nous conduire à la paix qui vient du pardon, de la Miséricorde. En encourageant à ce que nous soyons seulement guidés par nos états d’âme et que nos propres blessures légitiment le refus d’une justice……jugée impitoyable, l’esprit de la Modernité, en plus de nous livrer à ce démoniaque empire de l’émotionnel, nous détourne de l’essentiel qui est de rencontrer l’amour au-dessus de l’amour, Dieu qui se fait présent dans la justice, l’amour dans la vérité. C’est ainsi que l’on constate de plus en plus de réflexes de dénégation, du plus petit enfant aux plus grands responsables d’Etat, comme s’il était devenu impossible à l’homme moderne de reconnaître ses erreurs, ses torts et ses mauvaises actions. Comme si à présent, la vie n’était plus considérée que sous l’angle de cette sorte d’injustice fondamentale que constituerait le fait d’être venu au monde, légitimant toute révolte contre ce qui semble empêcher la "liberté". Pour revenir à Roman Polanski, je souhaite qu’il puisse, comme Zachée et tant d’autres, ne plus craindre la vérité de ses actes passés et expérimenter le pardon qui libère. Et que la justice des hommes, soit guidée et éclairée par plus grand qu’elle.
  • L’affaire Polanski

    6 octobre 2009 00:56, par Jean Léon Donnadieu
    Tugdual Derville exprime bien, dans sa chronique, sans revenir sur les faits que le célèbre réalisateur a reconnus , la façon dont le débat s’est propagé. Il semble bien, pour une fois, qu’il ne s’agit pas d’un conflit entre la droite et la gauche. Un clan libertaire, un milieu, une caste où la libération sexuelle est à la mode, ont pris fait et cause pour Roman Polanski. Leur position a été, comme ils l’espéraient, largement repris pas les médias, donnant la certitude qu’un large public prendrait fait et cause pour le cinéaste présenté comme la victime d’un juge américain. Mais d’autres personnalités ont exprimé une opinion opposée et il semble bien que les sondages ont manifesté une grande réticence dans le public pour la défense inconditionnelle de Polanski. C’est en effet intéressant, c’est - peut-être - l’indice d’une évolution de la masse des téléspectateurs vers plus de distance vis à vis des opinions toutes faites.



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