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Jean Ferrat : une voix s’en est allée

par Serge Plenier

mardi 16 mars 2010


C’était probablement le dernier «  grand  » d’un certain registre de la chanson française illustré par Brassens, Brel et Ferré... Auteur et compositeur, Ferrat était en tout cas de ceux qui avaient rendu à la chanson sa dignité de genre artistique à part entière. Car Jean Ferrat, c’était d’abord la science, une poésie riche qui, aujourd’hui encore, ne craint pas la comparaison avec des écrivains plus prestigieux. Cette poésie, lui seul, avec sa chaude voix de basse, savait la mettre en valeur par un phrasé et une diction impeccables. Alors que d’autres chanteurs abusent de leurs fragilités vocales, lui nous offrait un grain de voix chatoyant au service d’une musique exigeante. Car Jean Ferrat était aussi un vrai musicien. Refusant les facilités habituelles de la variété et des lieux communs harmoniques, il savait couler les mots dans une mélodie élégante et souple, sans effets racoleurs. Certaines de ses chansons demeurent à cet égard d’authentiques chefs-d’œuvre. Qui a oublié «  La Montagne  », «  Tu peux m’ouvrir cent fois les bras «  ou «  Heureux celui qui meurt d’aimer  »  ?

Le grand artiste était aussi un homme engagé. À ce titre, il nous a laissé d’autres chefs-d’œuvre. Certains ont bien mal vieilli, avec leur référence trop explicite à une idéologie totalitaire, et d’autres, avec le temps, ont perdu leur charge subversive pour ne plus garder que le parfum – et la couleur - de la générosité qui les a fait naître. On se souviendra longtemps de «  Potemkine  ». Car l’engagement de Jean Ferrat, fruit des années noires de son enfance (pendant l’Occupation, il fut protégé par une famille communiste) était d’abord à base de générosité. Compagnon de route, il ne prit jamais sa carte du PCF  : il voulait rester un homme libre, libre au-delà même de ses propres aveuglements.

Combien de vrais artistes peuvent aujourd’hui en dire autant  ?

Serge PLENIER

Portfolio

Que la Montagne est belle

1 Message

  • 16 mars 2010 09:32, par Jean Étèvenaux

    Compétiteur du premier tour des régionales, Jean-Jack Queyranne, président socialiste sortant de la région Rhône-Alpes, a déclaré à propos de son administré ardéchois : « Jean Ferrat, qui vient de mourir à Aubenas à près de 80 ans, aura été, malgré la censure que la droite a si longtemps exercée à son encontre à la télévision, l’un des chanteurs les plus aimés des Français. Il le devait sans doute à la force de ses textes, souvent empruntés aux plus grands poètes de notre temps, à l’efficacité de ses mélodies si contagieuses, à sa voix chaude, dont le charme opère dès les premières notes. Mais surtout à la sincérité de son engagement indissociablement social et poétique. » Il aurait pu dire « politique », tant on reconnaissait le chanteur dans un titre comme « C’est un joli nom, camarade » (1970).

    Celui qui s’appelait encore Jean Tenenbaum avait été sauvé de la déportation — où mourut son père — par des militants communistes. Il ne l’oublia jamais et on le comprend. Certes, il se montra parfois un peu critique, comme dans Bilan où, en 1980, il fustigeait la célèbre déclaration de Georges Marchais sur le « bilan globalement positif » des pays de l’Est. Cela ne l’empêcha pas, l’année suivante, de soutenir la candidature du même à la présidentielle de 1981, lui-même étant alors adjoint au maire communiste d’Antraigues-sur-Volane. De même, il s’inscrira sur la liste communiste de Robert Hue aux européennes de 1999. Enfin, tout en ayant marqué sa préférence pour José Bové en 2007, il aura apporté, aux régionales de ce mois de mars, son appui à la liste du Front de gauche — patronnée par le parti communiste.
    Il se fit aussi le propagateur du mythe guévariste dans Les Guérilleros (1967). Ayant passé deux mois et demi chez Fidel Castro, il popularisa l’image d’un homme pourtant cruel et sadique : « Il y a peu de temps / Que le nom des sierras / De tout un continent / Rime avec Guevara ».

    Il ne craignit pas non plus de s’attaquer à Jean d’Ormesson, qui avait eu le malheur d’émettre quelques doutes sur le sens du mot libre dans le Viêt-nam communiste : « Ah ! monsieur d’Ormesson / Vous osez déclarer / Qu’un air de liberté / Flottait sur Saïgon / Avant que cette ville s’appelle Ville Ho-Chi-Minh » (1975).
    On l’a également connu très incisif contre d’autres engagements que le sien. Ainsi, dans Un jeune, il brocardait sans ménagement une branche du parti de Valéry Giscard d’Estaing : « Mais dites-moi mais dites-moi / À quoi peut correspondre en notre temps / Un jeune / Un jeune Républicain indépendant ? » (1975).
    Peut-être vaudra-t-il mieux se souvenir de lui, outre ses remarquables compositions sur les femmes et la France ainsi que son entente avec Aragon — ce dernier inscrit officiellement au Pc —, de ses traits d’humour lorsqu’il se moquait sans méchanceté de certaines modes, du genre : « Mis à part les curés / Personne ne veut se marier » (1971)…


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