
C’était probablement le dernier « grand » d’un certain registre de la chanson française illustré par Brassens, Brel et Ferré... Auteur et compositeur, Ferrat était en tout cas de ceux qui avaient rendu à la chanson sa dignité de genre artistique à part entière. Car Jean Ferrat, c’était d’abord la science, une poésie riche qui, aujourd’hui encore, ne craint pas la comparaison avec des écrivains plus prestigieux. Cette poésie, lui seul, avec sa chaude voix de basse, savait la mettre en valeur par un phrasé et une diction impeccables. Alors que d’autres chanteurs abusent de leurs fragilités vocales, lui nous offrait un grain de voix chatoyant au service d’une musique exigeante. Car Jean Ferrat était aussi un vrai musicien. Refusant les facilités habituelles de la variété et des lieux communs harmoniques, il savait couler les mots dans une mélodie élégante et souple, sans effets racoleurs. Certaines de ses chansons demeurent à cet égard d’authentiques chefs-d’œuvre. Qui a oublié « La Montagne », « Tu peux m’ouvrir cent fois les bras « ou « Heureux celui qui meurt d’aimer » ?
Le grand artiste était aussi un homme engagé. À ce titre, il nous a laissé d’autres chefs-d’œuvre. Certains ont bien mal vieilli, avec leur référence trop explicite à une idéologie totalitaire, et d’autres, avec le temps, ont perdu leur charge subversive pour ne plus garder que le parfum – et la couleur - de la générosité qui les a fait naître. On se souviendra longtemps de « Potemkine ». Car l’engagement de Jean Ferrat, fruit des années noires de son enfance (pendant l’Occupation, il fut protégé par une famille communiste) était d’abord à base de générosité. Compagnon de route, il ne prit jamais sa carte du PCF : il voulait rester un homme libre, libre au-delà même de ses propres aveuglements.
Combien de vrais artistes peuvent aujourd’hui en dire autant ?
Serge PLENIER


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