
Ray gosling n’y est pas allé de main morte. C’est avec un oreiller que cet ancien présentateur de la télévision britannique aurait étouffé, sur son lit d’hôpital, un ancien amant, « probablement pendant les années 80 », d’après la presse. À entendre la vedette, en phase terminale du Sida son ami « souffrait énormément » et ses médecins « ne pouvaient plus rien faire ». C’est pourquoi il aurait mis à exécution le « pacte » qui les liait. Plusieurs dizaines d’années après les faits, ces aveux ont été distillés le 15 février dernier pendant une émission de la BBC traitant du suicide assisté, pour relancer ce débat, alors qu’était attendue une clarification de la jurisprudence britannique.
Arrêté le 17 février, l’homme de 70 ans a passé quelques jours en détention avant d’être relâché, sans avoir livré le nom de sa victime... Même si aucun parti britannique ne semble vouloir ouvrir ce débat, la Justice a déjà laissé entendre, il y a quelques mois, qu’elle pourrait renoncer à poursuivre une personne « aidant » un proche à mourir « par compassion ». À Debbie Purdy, une femme atteinte de sclérose en plaque qui voulait savoir si son mari, le musicien Omar Puente, serait inquiété s’il l’accompagnait en Suisse où elle envisageait l’euthanasie, les magistrats avaient répondu qu’il n’en serait probablement rien si la demande émanait du malade.
Cette condition explique les jugements contradictoires qui viennent de défrayer la chronique Outre-Manche à propos de parents ayant mis fin aux jours de leurs enfants malades : un père a été relaxé après avoir euthanasié sa fille de 31 ans, atteinte d’encéphalomyélite parce qu’elle le lui aurait demandé. Mais une mère a été condamnée à 9 ans de prison pour avoir tué son fils atteint d’une maladie neurologique parce qu’il était incapable de s’exprimer. Ces cas à forte portée émotionnelle alimentent les tabloïds.
Une autre célébrité, l’écrivain Terry Pratchett, qui souffre de la maladie d’Alzheimer, a revendiqué au début du mois la mise en place de tribunaux spéciaux capables de délivrer un sésame pour l’euthanasie. Sir Pratchett a affirmé : « Si je savais que je pourrais mourir quand je le veux, alors chaque jour que je vis vaudrait un million de livres. » L’écrivain a approuvé la préconisation du Parquet britannique du 25 février de ne pas poursuivre les personnes répondant à la demande d’un proche majeur à condition qu’elles n’y aient pas intérêt.
Debbie Purdy a, quant à elle, affirmé qu’elle ne se sentait plus « contrainte de prendre [la] décision [du suicide] de façon précipitée ». On retrouve l’argument des promoteurs de la légalisation de l’euthanasie en France qui prétendent que leur projet préviendrait le suicide.
Depuis la retentissante affaire Sébire, l’hexagone n’a pas connu de fait-divers d’euthanasie ultra-médiatisée. Après l’avoir revendiquée à la télévision en montrant son visage déformé par une tumeur, Chantal Sébire s’était suicidée le 19 mars 2008, deux jours après le refus de la Justice de réquisitionner la médecine pour répondre à sa demande. Elle avait refusé successivement les traitements curatifs et les soins palliatifs. En Grande-Bretagne comme en France, alors qu’une large part de l’opinion est manipulée par l’émotion, les responsables politiques semblent sur la réserve, conscients que l’interdit du meurtre est nécessaire à la confiance entre soignants et soignés et au sein des familles. Les États de la planète où l’euthanasie est légalement possible se comptent d’ailleurs sur les doigts d’une main : Pays-Bas, Belgique, Oregon (aux États-Unis) et Suisse. Des restrictions sont envisagées dans ce dernier pays où quelque cent Britanniques se seraient déjà fait euthanasier en recourant à l’association Dignitas.
Alors que la loi en vigueur en Angleterre et au Pays de Galles depuis 1961 rend le suicide assisté passible d’une peine de 14 ans de prison, le Parti Travailliste ne veut pas la modifier. Le Premier ministre Gordon Brown craint une pression sur les personnes vulnérables. C’est donc la jurisprudence qui pourrait se charger de dépénaliser l’« euthanasia britannica ».

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