Mouvement d’Oxford
Nom donné par les historiens (avec celui de « Mouvement tractarien ») à un vaste mouvement de renouveau de l’anglicanisme à partir de 1833, dont le chef de file était John Henry Newman. Le mouvement fut provoqué par le projet du nouveau gouvernement Whig (ou libéral) de réduire le nombre des diocèses de l’Église d’Angleterre, qui était à l’époque sous la totale dépendance de l’État et qui était assez largement caractérisée par un état d’indifférence doctrinale et de torpeur spirituelle. Ce projet incita un petit nombre d’universitaires d’Oxford (qui était à l’époque, avec l’Université de Cambridge, le principal centre de formation du clergé anglican) à s’interroger sur l’identité même de leur Église.
Newman allait proposer plus tard comme clé d’interprétation du Mouvement la formule du Symbole de Nicée-Constantinople, « je crois en l’Église une, sainte, catholique et apostolique ». Il s’agissait de réfléchir aux rapports entre l’Église d’Angleterre et les Églises issues de la Réforme protestante du XVIe siècle mais, plus particulièrement, les Églises « historiques », c’est-à-dire catholique et orthodoxe ; de retrouver un riche patrimoine liturgique, qualifié de « catholique », dont l’Église anglicane était théoriquement l’héritière mais qui était largement tombé dans l’oubli ; de redécouvrir la dimension « apostolique » de l’Église c’est-à-dire son enracinement dans une tradition organique et vivante remontant à l’époque des « Apôtres » ; et enfin, et surtout, de redécouvrir le rôle des sacrements et de la prière, tant communautaire que personnelle, comme « canal » de la grâce.
Newman cessa de jouer un rôle au sein au Mouvement à partir de 1841. Mais celui-ci continua, et effectua à terme une transformation étonnante de l’anglicanisme, au point qu’un des premiers historiens du Mouvement, Richard Church, doyen de la Cathédrale de Saint Paul à Londres, put dire dans une notice nécrologique consacré à Newman en 1890 que ce dernier était « le créateur, pratiquement, de l’Église anglicane telle que nous la connaissons aujourd’hui ».
Les « Tracts »
Le mot « tract » désigne en anglais un pamphlet ou un libelle polémique. Ce fut l’idée de Newman de lancer à partir de 1833 une série de Tracts for the Times (« Tracts pour le temps présent ») destinés à susciter une prise de conscience chez le clergé anglican et, à travers lui, dans l’Église d’Angleterre toute entière. Chaque tract devait être l’œuvre d’un seul auteur (Newman se méfiait des comités !) et était publié anonymement. Newman fut lui-même l’auteur du tiers environ des tracts. Brefs et percutants au départ – les premiers tracts comptaient seulement quatre pages – ils tendaient par la suite à devenir parfois de véritables traités de théologie. La série prit fin avec le n° 90 dans lequel Newman chercha à démontrer la compatibilité entre les doctrines « catholiques » et les Trente-Neuf Articles de 1563, profession de foi officielle de l’Église d’Angleterre, tentative qui suscita un tollé de protestation et une vague de condamnations dans le pays tout entier.
Littlemore
Village situé à cinq kilomètres environ du centre d’Oxford, qui dépendait de la paroisse de St Mary the Virgin dont Newman devint curé en 1828. Newman y fit construire, à ses propres frais, une église et une école pour les enfants, et y installa sa mère et ses deux sœurs pour l’aider dans sa tâche pastorale auprès d’une population vivant dans un grand dénuement. Il préférait l’ambiance simple et chaleureuse de Littlemore à la « froideur » de St Mary’s, et y fit de fréquents séjours. En 1841 il fit transformer un ensemble d’écuries en six cottages pour créer une « maison monastique », et l’année suivante s’y installa avec quelques amis, vivant une vie semi-monastique pendant les trois années qui précédèrent sa conversion de 1845.
L’Evangelicalism
Malgré certains points de rencontre, il ne faut pas confondre le mouvement evangelical du temps de Newman avec les Eglises « évangéliques » d’aujourd’hui, majoritairement d’origine américaine. Le premier est né de l’expérience et de l’enseignement de John Wesley (1703-1791), pasteur anglican rejeté par l’Église « établie », et l’une des grandes figures religieuses de ces derniers siècles. Dans les premières décennies du XIXe siècle, le revival ou renouveau inauguré par Wesley était en train de pénétrer de plus en plus profondément au sein de l’anglicanisme. Les principaux éléments de son enseignement étaient la recherche de la sainteté, la primauté absolue de la Bible, la nécessité d’une « conversion » personnelle, et l’existence d’une Église « invisible », de loin supérieure à l’Église visible ou institutionnelle.
Newman subit profondément l’influence du courant evangelical au cours des années qui suivirent sa conversion de 1816. Il allait critiquer par la suite certaines de ses doctrines, notamment la conception de la « conversion » comprise comme un événement unique comportant un grand bouleversement affectif, une tendance à l’introspection voire même à l’introversion spirituelle (le croyant scrutait l’état de son âme pour s’assurer qu’il était dans un « état spirituel », seul moyen d’avoir la certitude d’être « sauvé ») et, plus généralement, l’importance de l’affectivité. Mais il ne renia jamais cette influence profonde, déclarant dans une lettre écrite trois ans avant sa mort : « si je voulais donner une raison pour cette dévotion entière et absolue [envers l’Église catholique], que dois-je dire, que puis-je dire, sinon que ces grandes et brûlantes vérités que j’ai apprises, encore jeune, de l’enseignement des evangelicals, je les ai trouvées imprimées sur mon cœur avec une force neuve et toujours plus grande par la Sainte Église romaine. Cette Église a ajouté au simple évangélisme de mes premiers maîtres, mais elle n’en a rien obscurci, dilué, ni affaibli […]. » [1]


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