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Traduit par Isabelle

For interne et remariage catholique

par Howard Kainz

mercredi 8 juin 2016


Il est clair que beaucoup d’évêques européens, et peut-être même un certain nombre dans notre propre pays considèrent l’usage du « for interne » comme une pratique acceptée pour « réintégrer » les catholiques remariés. Alors, pourquoi ce continuel questionnement intérieur ? Serions-nous en présence d’un fait accompli ? Un peu d’histoire pourrait aider.

La distinction entre le « For externe » (par ex. au tribunal ecclésiastique) et le « For interne » (par ex. au confessionnal, tribunal de la conscience.) a été l’objet de discussions pendant des siècles dans la loi canonique et la théologie. Mais au cours de ces dernières quarante-sept années ont émergé des vicissitudes variées dans leur interprétation, ce qui a fomenté de nombreux désaccords à propos de ce qu’on appelle « le remariage catholique ».

Le calendrier suivant peut illustrer la façon dont nous en sommes arrivés au scénario actuel.

1969 : Le père Joseph Ratzinger publie un article dans un journal théologique, où il discute de la possibilité de ce que « dans la communauté de l’Eglise primitive présentée par Matthieu 5 et Matthieu 19, on ait pratiqué le divorce et le remariage en cas d’adultère.

1972 : Ratzinger, dans un article « Sur la question de l’indissolubilité du mariage », revient sur sa première déclaration à propos de l’Eglise primitive, car « face à l’unanimité complète de la tradition des quatre premiers siècles sur le fait que c’était le contraire, cette position est tout à fait improbable ».

Mais il maintient que dans des cas limités, il y a une possibilité « d’une façon non judiciaire, basée sur le témoignage du prêtre et des membres de l’Église, d’admettre à la communion ceux qui vivent un tel second mariage. » Cela pourrait se justifier du fait de la faillibilité des procédures d’annulation et la possibilité d’imposer de nouvelles obligations morales après un remariage.

1973 : Le cardinal croate Franjo Seper cite « la pratique reconnue du « For intérieur » pour autoriser les catholiques qui vivent un second mariage invalide, à recevoir les sacrements après s’être repentis.

1975 : L’archevêque Jean Jérôme Hamer, secrétaire de la congrégation pour la doctrine de la foi (CFD) a stipulé que le For intérieur pouvait permettre les divorcés remariés catholiques à recevoir les sacrements si « ils essayaient de vivre conformément à ce que demandent les principes moraux chrétiens ».

1981 : Cependant, cette « stipulation », quoique précédemment approuvée par le CFD, fut restreinte par l’exhortation apostolique du pape Jean Paul II, Familiaris Consortio : « L’église réaffirme sa pratique, basée sur les saintes Ecritures, de ne pas admettre à la communion eucharistique les personnes divorcées qui se sont remariées. On ne peut pas les y admettre du fait que leur état et condition de vie contredit objectivement l’union d’amour entre le Christ et l’Eglise que l’Eucharistie signifie et rend effective. Par ailleurs, il y a une autre raison pastorale spéciale : Si ces personnes étaient admises à l’Eucharistie, les fidèles seraient menés dans l’erreur et la confusion en ce qui concerne l’enseignement de l’Eglise sur l’indissolubilité du mariage. »

1991 : Le cardinal Ratzinger, dans une lettre publiée dans The Tablet, explicite la déclaration du cardinal Seper de 1973 sur « la pratique approuvée », en mettant l’accent sur le fait que cet utilisation de la solution du « for intérieur » impliquerait un engagement à s’abstenir de relations sexuelles. »

2005 : Le pape Benoit XVI, dans son exhortation apostolique Sacramentum Caritatis , réitère la décision du synode de 2005

2015 : Le Cardinal Christophe Schönborn, dans son livre La vocation et la mission de la famille : Documents essentiels du synode des évêques, offre un exemple de l’usage encore accepté du for intérieur : « Si une femme par exemple, a vécu la rupture de son mariage, et un avortement, mais que plus tard, remariée civilement, elle a maintenant cinq enfants et désire recevoir l’absolution pour son avortement d’autrefois…. vous (les prêtres) ne pouvez pas laisser cette femme partir sans l’avoir délivrée du poids de son péché. »

2016 : Le pape François choisit le Cardinal Schönborn pour présenter son exhortation apostolique Amoris laetitia, qui conseille aux prêtres d’accompagner ceux qui « vivent des situations matrimoniales irrégulières », d’éviter de faire du confessionnal une « chambre de torture », et d’éviter de traiter l’Eucharistie comme une « récompense pour les parfaits ».

Certains alors s’interrogent : est-ce que ce Schönborn fait du « revécu » ? Sous la loi canonique, il y a encore des usages légitimes du For intérieur qui permettent d absoudre les catholiques divorcés remariés. Si le For extérieur des tribunaux ecclésiastiques ne peut pas être utilisé par manque de témoins, manque de preuves, ou indisponibilité, le for intérieur serait le lieu du dernier recours. Egalement, en cas de mort imminente, les derniers sacrements et l’absolution peuvent être donnés à celui qui se repent.

Mais la pensée qui me vient à propos du souci actuel des catholiques remariés, c’est qu’en est-il des victimes du précédent mariage ? Dans les cas dont je suis familier, le « remariage » impliquait l’abandon d’épouses avec de nombreux enfants. Comment doivent-elles faire face ? Et la pension alimentaire ? Comment les enfants vont-ils s’en tirer une fois le père parti ?

Il y a un problème contemporain des « veuves et orphelins » crées par la pratique du divorce à l’amiable, et la situation difficile des femmes catholiques qui sont toujours liées sacramentellement avec l’homme qui les quitte. Leur suffit-il de sortir chercher un nouveau soutien de famille ? Vont-elles ajouter un nouveau plaignant au contingent de « divorcés remariés » catholiques ?

Bai macfarlane s’occupe d’une organisation appelée « Les avocats de Marie », dont la vocation est « de renforcer le mariage, d’éliminer les divorces à l’amiable forcés, et de soutenir ceux qui ont été injustement abandonnés par leur conjoint. » Un de leurs projets actuels est de présenter des pétitions téléchargeables aux évêques pour qu’ils interviennent pour aider à prévenir les ruptures et pour aider l’abandonneur potentiel à « se souvenir des promesses de son mariage , et de son désir profondément ressenti à l’origine d’être un conjoint fervent »

Certainement, de telles interventions préventives sont aussi importantes que l’usage du « For intérieur » même légitime. Dans l’année de la miséricorde, il serait bon de reconnaître que non seulement les évêques, mais aussi l’Eglise dans son ensemble, devrait offrir un soutien spirituel, financier et social aux conjoints abandonnés de façon injuste.

Source : https://www.thecatholicthing.org/20...

Tableau : La femme adultère restée seule avec Jésus. James J. Tissot, c. 1890 [Brooklyn Museum]

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