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Des quartiers perdus ?

par Gérard Leclerc

lundi 13 février 2017


Il n’est pas possible de rester sans réaction face aux événements qui se déroulent en Seine-Saint-Denis depuis plusieurs jours, parce que les précédents nous ont avertis qu’il y avait possibilité d’embrasement général de ce qu’on appelle les quartiers. Il suffit d’une étincelle pour cela, un drame, et toute une jeunesse est prompte à se mobiliser, n’écoutant aucun des avertissements qui lui sont prodigués, même parmi les plus proches et par les voix les plus amicales. Théo, ce jeune homme d’Aulnay-sous-Bois, qui est à l’origine des événements avait pourtant supplié : « Ma ville, vous savez que je l’aime beaucoup. J’aimerais bien la retrouver comme je l’ai laissée, s’il vous plaît les gars. - Il parle depuis son lit d’hôpital -. Donc, les gars, stop à la guerre. » Mais Théo n’a pas été entendu et à Bobigny, les affrontements ont failli tourner au drame. Une petite fille de six ans s’est retrouvée piégée dans un véhicule en flammes. Fort heureusement, un jeune manifestant s’est porté à son secours.

On parle des quartiers perdus de la République, ceux que les forces de l’ordre peinent à contrôler, où parfois même les pompiers sont caillassés, quand ce ne sont pas les médecins. Il serait absurde, toutefois, de prendre son parti d’une telle situation, d’autant que les bonnes volontés ne manquent pas sur place pour faire bouger les choses. On le voit actuellement avec tous ceux qui se refusent à l’escalade de la violence. Mais ce n’est pas gagné d’avance, parce que beaucoup de ces quartiers ne sont pas socialement gérables, comme l’était la banlieue d’autrefois, bien plus encadrée.

Avant que toute solution de fond soit vraiment élaborée, il faut tout faire pour échapper au genre d’incident très regrettable qui est au départ des troubles dans plusieurs villes de Seine-Saint-Denis. Toute notre compassion doit aller à Théo, pour ce qui lui est arrivé et ce pour quoi il souffre. En même temps, la police ne saurait être stigmatisée unilatéralement. Ses tâches actuelles sont souvent démesurées. Il ne faudrait pas que tout se dégrade encore plus, en suscitant un climat d’incompréhension qui risque d’attiser une hostilité redoutable entre la police et toute une jeunesse. Une jeunesse révoltée, dont il faudrait désarmer la colère.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 13 février 2017.

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