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traduit par Pierre

"Démocrate pro-vie", une expression-contradiction ?

par Howard Kainz

mercredi 24 février 2016


Une minorité au sein d’un parti minoritaire.

Dans un récent article je citais les Catholiques Pro-Vie qui votent Démocrate en raison des stéréotypes montrant les Républicains comme hostiles aux droits civiques et à la solidarité envers les pauvres en dépit de la preuve du contraire au cours de l’Histoire.

Un autre regard répandu non seulement chez les Catholiques, voit les Démocrates comme "Parti de l’avortement". Est-ce aussi un stéréotype ? Spécialement pour ceux d’entre nous qui connaissent des Pro-Vie votant systématiquement Démocrate, c’est, semble-t-il, une généralisation extensive. Mais les tendances sous la présidence Obama se prêtent à une telle généralisation.

Y a-t-il des Pro-Vie parmi les membres de l’administration actuelle ? Ou a-t-on, avant de les nommer, soumis à un test systématique au tournesol [N.d.T. : Ah ! ah ! ah ! acides ou alcalins, les "Pro-Vie ?] les membres des cabinets ministériels, les juges, les chefs des Agences fédérales, etc. ?

Devrait-on avoir le moindre doute que la Plate-forme 2012 du Parti Démocrate ait éliminé ce genre de "test au tournesol" ?

« Le Parti Démocrate soutient vigoureusement et sans équivoque la sentence Roe v. Wade et le droit d’une femme prendre sa décision au sujet de sa grossesse, y-compris un avortement légal et en sécurité, quels que soient ses moyens financiers. Nous sommes opposés à toute tenttive de restriction ou d’atténuation de ce droit. L’avortement est une décision rigoureusement personnelle entre une femme, sa famille, son médecin, son église ; on ne saurait admettre que des politiciens ou un gouvernement se mettent en travers. »

Cette Plateforme soutient aussi des évolutions dans le domaine social pour qu’il y ait moins d’avortements. Mais pas de remise en cause : le droit de permettre un avortement est absolu, gravé dans le marbre, pour ainsi dire, Alors, comment un Démocrate sincèrement Pro-Vie peut-il s’accommoder d’une telle position tranchée en faveur de l’avortement ?

L’étiquette "Parti pro-avortement" prit peut-être tant d’importance en 2010 suite à la timide tentative du Député Démocrate Bart Stupak pour écarter l’avortement du système Obamacare ; celui-ci déclara qu’Obama avait accepté de signer le Décret 13535, selon l’amendement Hyde, excluant le financement fédéral de l’avortement par Obamacare. Obama a signé le décret, qui n’avait pas force de loi ; ainsi donc fut levé l’obstacle majeur à l’A.C.A. [Affordable Care Act = soins accessibles à tous.]. A.C.A. devint la loi dans le pays.

Stupak démissionna peu après, et les Démocrates essuyèrent des pertes considérables aux élections pour le Congrès cette année-là. 14 Démocrates Pro-Vie se retirèrent du Congrès ou furent battus par des Républicains ; et les Républicains obtinrent la majorité à la Chambre des Représentants.

Ce décret, qui fut négocié pour surmonter l’impasse relative à Obamacare, se révéla n’être qu’un coup fourré. Bart Stupak, réalisant qu’il avait été roulé, se plaignit que la directive de 2012 du Ministère de la Santé qui demandait aux assurances-santé privées de couvrir les médicaments contraceptifs, les stérilisations et les drogues abortives violait l’accord avec Obama. « Je suis embarrassé et déçu, ayant négocié le décret avec le président, que non seulement la directive du Ministère de la Santé viole le décret, mais également la loi établie. »

On ne peut généraliser au niveau individuel. Les sondages révèlent qu"une minorité substantielle de Démocrates se disent Pro-Vie. Selon un sondage Gallup de 2013, près d’un tiers (29 %) des Démocrates se déclarent Pro-Vie (à comparer aux 67 % de Républicains dans le même sondage). Mais cette revendication Pro-Vie n’implique pas nécessairement une opposition totale à l’avortement. Elle peut admettre des exceptions en cas de viol, d’inceste, ou de risque vital pour la mère, et (ou) la limitation à l’avortement à vingt (ou moins) semaines de grossesse.

Le mouvement Pro-Vie le plus en vue chez les Démocrates est DFLA [Democrats for Life of America = Démocrates Pro-Vie en Amérique]. Sans aucun doute, ce mouvement a de nombreux membres totalement opposés à l’avortement, mais son but est inévitablement indirect et atténué dans le contexte de gauche de leurs amis Démocrates. Les objectifs majeurs concernent les congés-maternité, l’autorisation parentale pour les mineures demandant à avorter, un délai de réflexion de 24 heures, et une échographie pour les femmes demandant à être avortées, ainsi que des prestations "Obamacare" pour accompagner les grossesses.

À la Chambre des Représentants, DFLA a pratiqué le "lobby" pour faire cesser les subventions au Planning Familial, pour l’Acte H.R. 36 qui prévoit la protection des embryons susceptibles d’éprouver de la souffrance, pour l’Acte H.R. 7 qui prévoit la protection des survivants à un avortement tardif et pour l’abandon d’un amendement à l’Acte "Soins au 21ème Siècle" H.R. 6 qui permettrait de subventionner les avortements par l’intermédiaire de NIH [National Institutes for Health = Instituts Nationaux de la Santé].

DFLA met la pression sur les élus au Congrès à l’aide d’un système de notation selon leur soutien aux divers textes "Pro-Vie". Malheureusement, il n’y a que peu de Démocrates à avoir atteint 100 % — deux Sénateurs, Donnelly et Manchin, et deux membres de la Chambre des Représentants, Lipinski et Peterson.

D’un côté, il est bon de constater qu’il y a au moins une minorité de Démocrates "encartés" à tenter une plaidoirie pour la vie au sein d’un cadre totalement antipathique. D’autre part, on peut se demander s’ils ne sont pas attelés à une tâche du style "Rocher de Sisyphe" — comme un Mafieux demeurant membre de la Mafia pour tenter d’en atténuer les crimes et la cruauté, et rendre la Mafia plus humaine.

Les États-Unis sont actuellement l’un des pays les plus permissifs au monde quant à l’avortement. Beaucoup de Démocrates, dans le sillage de Bernie Sanders, veulent imiter l’Europe en devenant socialistes. Voudraient-ils imiter aussi les pays Européens en mettant des limites à l’avortement (généralement à douze semaines de grossesse) ? Vraisemblaclement non.

Mais le droit de vivre est le droit le plus fondamental de tous les droits, et la base indispensable de la foule de droits que les Démocrates se flattent de soutenir.

Les nombreuses tentatives de DFLA pour réduire le nombre d’avortements sont fort louables, en particulier si vous croyez qu’il serait impossible d’appliquer des lois rendant illégal l’avortement dans tout le pays. Mais le pessimisme sur la mise en application pourrait bien se dissiper. Des sondages Gallup au cours de la décennie, à l’exception de 2006, révèlent qu’un peu plus de 70 % des Américains croient que l’avortement devrait être totalement interdit, ou autorisé seulement sous certaines conditions.

La tactique de DFLA penche vers le compromis — une contrainte en l’état actuel de l’esprit du parti Démocrate. Un compromis sur les "trois exceptions" pourrait attirer quelques Démocrates Pro-Vie de plus. Mais soutenir une interdiction totale de l’avortement chez les Démocrates serait comme tenter de placer une cheville carrée dans un trou rond.

N.d.T. Le lecteur aura pu remarquer que le sigle "I.V.G". et l’expression "Interruption volontaire de grossesse" n’ont jamais été employés pour traduire "abortion". Une bonne raison, cette expression n’est pas un euphémisme, c’est un mensonge. L’avortement met fin à la grossesse, il ne l’interrompt pas. Défi lancé aux bonnes âmes "Pro-choix" : faire reprendre le cours d’une grossesse "interrompue".

13 février 2016.

Source : https://www.thecatholicthing.org/20...

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