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Entretien avec le Père Guillaume de Menthière

Découvrir le Christ sur Internet

par Gérard Leclerc

mardi 7 mars 2017

À partir du 6 mars, le collège des Bernardins à ouvert son troisième cours en ligne  : «  Jésus, l’incomparable  ». Le précédent, donné par le père Matthieu Rougé, sur les sacrements, a obtenu le prix des internautes du MOOC of the Year. Celui-ci sera prodigué par le père Guillaume de Menthière, curé de Notre-Dame de l’Assomption de Passy et professeur à la faculté Notre-Dame.


Se lancer dans un enseignement sur Jésus, cela doit susciter des sentiments très forts. Comment exposer le mystère central de la foi, de façon à être compris et à être égal à sa tâche  ?

Je l’avoue, c’est un défi. Un chrétien, a fortiori un prêtre, ne parle pas du Christ comme d’un sujet de dissertation, encore moins comme d’une matière à traiter. Le peu de lueur qu’il peut quérir sur le mystère du Christ, il les quémande dans la prière. Le Christ est en effet le Maître intérieur. C’est pourquoi la première séance de ce MOOC porte sur l’humilité. J’y rappelle cet adage affectionné des anciens  : «  Ce que la science ou l’éloquence du professeur n’obtient pas, l’humilité de l’élève l’obtient.  »

Peut-on s’adresser de la même façon, sur un tel sujet, à ceux qui ont déjà la foi en Jésus-Christ et à ceux qui ont tout à découvrir  ?

C’était encore un autre défi, celui du genre littéraire. Émanant du collège des Bernardins, ce MOOC ne peut céder à la facilité. Pourtant, par définition, un MOOC est «  open  », ouvert au grand nombre. Il y a là une occasion pour toucher peut-être ceux qui ignorent tout du Christ, mais pressentent quand même qu’il est un personnage fascinant, qui gagne à être connu. Le titre du MOOC «  Jésus, l’Incomparable  » insinue cette dimension apologétique. Le cœur du projet est bien de montrer la cohérence de la foi de l’Église en Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur. Cette cohérence même est séduisante et peut toucher les cœurs. Pour ne pas nous égarer nous suivrons les articles du Credo relatifs au Christ (Le Fils de Dieu, né de la Vierge Marie, il a souffert, est mort, est descendu aux enfers etc.). Évidemment les chrétiens s’y sentiront plus chez eux…

Avant d’entrer au cœur du mystère de Jésus, il faut se faire son historien. C’est déjà tout un programme, car il y a le préalable de la question exégétique…

Une semaine de pré-MOOC permet d’aborder et de désamorcer les questions récurrentes  : Jésus a-t-il vraiment existé  ? Les Évangiles disent-ils vrai  ? Faut-il le rappeler  : Jésus est d’abord un personnage de l’histoire humaine. Comme Jules César, Napoléon, ma grand-mère ou moi-même. Il a une date de naissance et une date de mort. Il est inscrit dans le temps et dans l’espace, il ne flotte pas comme un mythe vaporeux. La foi chrétienne n’est pas un trésor d’anecdotes absurdes, elle repose sur des faits historiques de plus en plus attestés. Les Français sont en général peu avertis des découvertes récentes – archéologiques notamment – qui permettent d’inscrire de mieux en mieux Jésus dans son contexte historique. Ces nouvelles-là ne franchissent pas le barrage de l’obscurantisme laïc qui frappe les médias français. Qui sait qu’on a retrouvé dans les années 2000 le tombeau d’Hérode le Grand, ou celui de l’apôtre Philippe  ?

Force est de constater que les sciences viennent peu à peu conforter la véracité des faits rapportés dans les Évangiles. Il y a même un accord frappant entre les paroles et les paysages, les récits et les milieux de vie de l’Évangile et ce que l’ethnologie par exemple, nous apprend de la vie quotidienne des juifs de Palestine au Ier siècle  : l’habitation, la monnaie, la fabrication du pain, l’huile versée sur les plaies des blessés, la mesure comptée dans les plis du vêtement, l’éducation des enfants, les fêtes religieuses, la manière d’ensevelir les morts, etc.

Soutenir la valeur historique des évangiles, cela ne signifie pas que chaque fait et geste rapportés se soient exactement passé ainsi dans la réalité. Les recherches scientifiques que nous avons évoquées permettent d’affirmer que les récits évangélistes s’appuient sur un substrat historique dont on peut avec assez de certitude esquisser les contours. Elles ne permettent pas de dégager des «  faits  » historiques chimiquement purs abstraits de toute trace d’interprétation.

Il faut comprendre que l’Évangile n’est ni un reportage journalistique, ni un livre historique. Comme son nom l’indique il est «  Bonne Nouvelle  ». Il faut toujours se rappeler que les évangiles ont été écrits après la Résurrection de Jésus. Les évangélistes qui croient que Jésus est ressuscité veulent annoncer cette «  bonne nouvelle  » et relisent toute la vie de Jésus sous l’éclairage de cet événement de Pâques.

Et puis il y a le Jésus de l’histoire et le Jésus de la foi. Comment établir la liaison, en refaisant le chemin de l’Église, avec l’élaboration doctrinale des premiers siècles, les Pères et les conciles  ?

Vous faites allusion à la distinction du «  Jésus de l’histoire  » et du «  Christ de la foi  ». Sous quelque forme qu’il apparaisse ce binôme (Jésus juif/Jésus chrétien  ; Jésus prépascal/Christ postpascal  ; Jésus prêchant/Jésus prêché, etc.), a sans doute une utilité heuristique. Mais il peut aussi, quand l’opposition de ses deux pôles est durcie, s’avérer dommageable. Tout homme n’est-il pas beaucoup plus que ses simples données biographiques  ? Peut-on prétendre cerner Socrate sans écouter Platon  ? Ce qu’on a dit de vous ou sur vous n’entre-t-il pas aussi dans votre identité au moins autant que les bribes repérables de votre histoire  ? La confession chrétienne de Jésus comme Christ et Fils de Dieu n’est-elle pas aussi un événement historique  ? Si le dogme chrétien s’est mis en place peu à peu, et notamment au cours des grands conciles des IVe et Ve siècles, on peut dire que la foi en la divinité de Jésus est présente dès la génération apostolique.

Le MOOC propose un large éventail de textes des Pères de l’Église, si méconnus des chrétiens, et pourtant si décisifs dans la création d’un vocabulaire théologique apte à rendre compte de ce fait inouï qui n’avait pas de langage disponible pour se dire  : l’Incarnation du Fils de Dieu. Les Pères n’ont pas cherché à plier le réel à leurs dogmes. Bien au contraire ils ont forgé un langage dogmatique qui soit à même de rendre compte de l’événement chrétien.

Dans le monde d’aujourd’hui, marqué par la mondialisation religieuse, qu’en est-il de la spécificité du christianisme  ? En quoi Jésus est-il unique dans l’univers des religions  ?

Jésus est le seul homme qui, dans son bon sens, ait revendiqué d’être l’égal de Dieu et ait été cru  ! Connaissez-vous d’autres êtres humains raisonnables qui puissent affirmer paisiblement que le sort de tous les hommes de tous les temps se joue en fonction du comportement qu’on adopte à son égard  ? Qui a jamais osé dire «  la terre et le ciel passeront mais mes paroles ne passeront pas  »  ? Or, loin d’être le fait d’un mégalomane, ces paroles émanent d’un homme doux et humble de cœur, attentif aux plus petits. Oui, cela est unique  !

Évidemment Jésus a attesté sa prétention par le fait unique de sa résurrection. C’est l’événement de Pâques qui est le pivot de la foi chrétienne. Soit Jésus est vraiment ressuscité et alors cela change tout pour tous les hommes, car la mort n’est plus infranchissable, soit il n’est pas ressuscité et alors notre foi est vide et vaine comme dit saint Paul et nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes.

Le critère de la vérité n’est-il pas le plus difficile à discerner et à admettre aujourd’hui  ? C’est Benoît XVI qui parlait de la dictature du relativisme. Et puis il y a la peur du fondamentalisme. Comment opérer le discernement  ?

Les livres de Benoît XVI / Joseph Ratzinger sur Jésus sont abondamment cités dans ce MOOC. Le pape émérite insiste sur la dimension historique. Notre foi ne repose par sur des spéculations théologiques mais sur des faits. Il faut repartir des faits. Le christianisme n’est pas une doctrine, une théorie qui pourrait composer avec d’autres en cherchant une synthèse harmonieuse. L’originalité du christianisme est d’être lié à une Personne, le Christ, et à des évènements historiques (l’Incarnation, la Passion, la Résurrection etc.).

Or, si au Royaume des idées on peut sans doute composer et arrondir les angles de théories particulières, dans le domaine des faits historiques cela n’est pas envisageable. Sur des événements historiques, la négociation ou les entre-deux ne sont pas possibles. L’attitude qui consiste à nier les faits les plus avérés de l’histoire s’appelle le négationnisme. J’aime l’aveugle-né dans l’évangile de saint Jean. Aux pharisiens qui l’interrogent pour savoir qui l’a guéri, il répond en substance  : «  Qui est-il ? Je ne sais pas, ce que je sais c’est que j’étais aveugle et que maintenant j’y vois  »  (cf. Jn 9,25). Beau réalisme qui s’en tient au fait  !

Ce cours à partir du collège des Bernardins, qui se réfère à l’essentiel de la foi, ne correspond-il pas à la mission même de l’Église et à l’œuvre d’évangélisation  ? En ce sens ne devrait-il pas susciter la contagion un peu partout, d’abord dans les paroisses  ?

L’Église existe pour évangéliser, disait le bienheureux pape Paul VI. À chacun de trouver les moyens adéquats pour porter la Bonne Nouvelle aux périphéries, selon le mot affectionné du pape François. À n’en pas douter Internet permet d’envoyer loin les filets de l’Église, l’araignée des pêcheurs du lac de Galilée ne finit pas de s’élancer.

Notons que le principe d’un MOOC réside beaucoup dans l’interactivité. Ainsi les échanges sont nombreux entre les élèves et l’enseignant mais aussi entre les élèves entre eux. Autant dire que l’on ne sait pas encore totalement ce que sera ce MOOC car cela dépend pour une part de l’implication et des apports des uns et des autres.

Vous êtes connu comme théologien marial [1]. La dévotion mariale spontanée de beaucoup constitue-t-elle une aide précieuse pour découvrir Jésus  ?

Faut-il rappeler ce que saint Jean-Paul II appelait le «  principe lumineux  » du concile Vatican II  : loin d’empêcher l’union immédiate des croyants à Jésus, l’action de la Vierge la favorise. La théologie mariale n’est pas une excroissance un peu marginale de la théologie, pour théologiens désœuvrés ou affectifs. Ce que l’intelligence de la foi a saisi concernant Marie se situe au centre le plus intime de la vérité chrétienne. Voilà pourquoi le bienheureux Paul VI pouvait dire  : «  La connaissance de la véritable doctrine catholique sur Marie constituera toujours comme une clef de voûte pour comprendre sans erreur le mystère du Christ et de l’Église.  » Quant à la dévotion mariale, si spontanée dans le peuple chrétien, elle fait écho à cette prophétie de la Vierge  : «  toutes les générations me diront bienheureuse  ». Par les qualités de cœur qu’elle suppose et qu’elle déploie, cette dévotion est comme un heureux avent pour le Règne de Jésus. Car la connaissance du Christ ne saurait être seulement livresque ou notionnelle  : «  Seul celui qui aime connaît Dieu.  »

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www.­sinod.fr

6 mars 2017 - 4 juin 2017.

Il est possible de regarder un «  teaser  » qui présente le déroulement et l’esprit du parcours proposé sur «  Jésus l’incomparable  ».

Notes

[1] On pourra lire notamment  : Guillaume de Menthière, Marie de Nazareth, récit, Préface de Mgr Marcuzzo, évêque à Nazareth, Mame, 229 pages, 15,90 €.

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