Ce n’est pas la première fois, hélas, qu’on tire des coups de feu sur la police. [1] Le récent procès des émeutiers de Villiers-le-Bel nous l’a rappelé, avec les incertitudes des quartiers, l’anonymat des agresseurs et la situation de non-droit dans des zones dévolues aux trafics des bandes. La nuit d’émeute de Grenoble - dans la nuit du 16 au 17 juillet - n’innove pas, mais relance forcément l’interrogation sur l’avenir de nos sociétés, rendues encore plus fragiles par la crise économique, les restrictions budgétaires et les risques de récession. Bien sûr, il ne faut pas non plus exagérer dans la peur, en s’imaginant que c’est une jeunesse entière qui aurait pris les armes. Des tireurs isolés demeurent des tireurs isolés, même s’ils bénéficient d’une sorte de protection larvée. Quant aux autres jeunes qui se livrent à des exactions tout aussi condamnables (incendie de voitures, mise à sac de magasins et d’équipements publics), ils sont également très minoritaires. Nous ne sommes pas en guerre civile. Cependant la mobilisation de troupes d’élite pour imposer l’ordre à un quartier n’est pas non plus quelque chose d’anodin.
Il nous faut donc prendre la mesure des événements qui se sont passés à Grenoble parce qu’ils concernent toute la France urbaine qui connaît peu ou prou les mêmes problèmes. L’immigration des dernières décennies est venue peupler ces quartiers qui vivent la même déshérence. Ce que certains appellent la fin du processus d’intégration renforce le malaise de toute une jeunesse privée de travail. Le danger est qu’un fossé continue à se creuser entre deux populations. Désormais, le discours contre l’immigration n’est plus une exclusivité du Front national, il émane aussi d’une sensibilité de gauche républicaine. Il conduit à des initiatives comme celle d’un « apéro saucisson » anti-islamique. Gare à la logique des affrontements, mais attention aussi, comme l’écrivait Philippe Murray, de ne pas ignorer « le concret brutal et difforme lorsqu’il vient bousculer un monde idéal rêvé ». Gare à la pensée magique.
Le point de vue de l’évêque de Grenoble :

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