Les 12 et 13 février, se tenait à Paris, dans le beau bâtiment des Bernardins magnifiquement aménagé selon les directives du cardinal Lustiger, un autre colloque organisé par une association dont le nom (Aide à l’Église en Détresse) est tout un programme et signifie clairement que tout ne vas pas pour le mieux dans certains pays pour l’Église. C’est notamment le cas dans les pays où l’Islam est majoritaire voire seule religion reconnue. Le thème très général « Vivre avec l’islam ? » indiquait que l’on allait parler de la situation des chrétiens opprimés en pays musulmans, mais aussi de la situation en Europe où la population immigrée qui pratique sa religion musulmane est désormais assez nombreuses et implantées pour se faire construire de très nombreuses et imposantes mosquées, pour représenter dans certains quartiers et même communes 20, 30, voire 40% des habitants…
Il ne s’agissait en aucun cas d’un colloque impliquant le gouvernement français, les seuls représentants de la République étaient des universitaires ou bien un maire d’une commune de la banlieue Nord où justement 40% de la population est d’origine musulmane… On y a surtout entendu des prêtres catholique en vérité. Et, dans la salle, il y avait certes quelques musulmans, quelques orthodoxes, quelques étrangers mais le public était essentiellement constitué de catholiques parisiens sympathisants et donateurs de l’A.E.D., pas très jeunes pour la plupart, mais infiniment plus nombreux (6 ou 700 ???) qu’on ne les attendait, puisqu’absolument toutes les salles disponibles à l’étage et au sous-sol avaient été réquisitionnées pour retransmettre sur écrans les débats du grand auditorium…
À ce colloque nous y étions. Et, à la demande d’une de nos lectrices, nous vous donnons un début de petit compte-rendu rapide sur les deux premières interventions, rendu possible par le travail d’une amie qui prenait des notes sur son ordinateur portable. Un compte-rendu très partiel qui n’est qu’un brouillon, qui ne prétend en aucun cas remplacer les enregistrements audio que l’AED va mettre très prochainement à disposition et encore moins les actes officiels du colloque qui seront prêts dans quelques mois. Dès qu’un compte-rendu moins vite fait sera disponible, nous effacerons celui-ci, en espérant que les habituels pompeurs de contenu, se dispenseront de l’afficher sur leur site…
Nous avons des notes sur les autres interventions bien sûr, mais ce serait vraiment long et tellement partiel que nous hésitons à les rendre publiques.
Le premier intervenant était le professeur Remi Brague, sur le thème « Dieu des chrétiens/Dieu des musulmans ». Ses thèses commencent à être connues de ceux qui, par exemple, lisent France Catholique ou écoute Radio Notre-Dame. Remi Brague aime à faire remarquer qu’il n’est pas facile de prétendre vivre ensemble sous un même Dieu étant donné la méconnaissance des chrétiens comme des musulmans de leur propre religion. Ce qui amène l’historien féru de théologie à distinguer ce à quoi les uns et les autres croient de ce à quoi ils devraient croire.
Par exemple le dénominateur commun des chrétiens devrait être la divinité du Christ et sa résurrection (or on sait que si on fait un sondage parmi les chrétiens, beaucoup auront un doute là-dessus).
Le dénominateur commun des musulmans devrait être l’unicité de Dieu, l’authenticité du message de Mahomet, voire le pèlerinage à la Mecque…
Ce qu’il y a de commun aux deux religions ? Un seul Dieu, créateur de toutes choses, tout-puissant, qui s’intéresse aux hommes, et qui s’adresse à eux…
Mais les différences sont grandes : les chrétiens n’admettent pas l’authenticité des prophéties de Mahomet ; pour les musulmans, la divinité du Christ est un blasphème. Incarnation et Trinité sont deux points très visibles d’opposition.
Mais on peut remonter à l’aiguillage antérieur en évoquant la relation entre Dieu et sa créature. Cela amène non pas à comparer le Dieu des chrétiens au Dieu des musulmans mais le Dieu de la Bible au Dieu du Coran :
1. La création
Pour le Coran : pas de repos de Dieu après la création « Dieu ni somnolence ni sommeil… » Du coup, le créateur du Coran ne laisse pas l’homme en repos. Il ne le lâche pas d’une semelle.
2. L’Alliance
Au contraire, avec le septième jour, le Dieu de la Bible laisse une liberté à l’homme, une distance : d’où une Alliance possible. L’économie du Salut, ce n’est pas récompenser les Justes et punir les méchants, mais permettre aux méchants de devenir Justes. Démonstration de la puissance de Dieu.
Dieu s’abaisse jusqu’à accepter de discuter avec son peuple (discussion avec Loth)
Rien de tel dans le Coran : « Mon alliance ne concerne pas les injustes ». L’alliance avec l’humanité précède l’histoire comme si l’homme avait déjà répondu avant d’exister.
Pour les juifs et chrétiens, la réponse de l’homme est dans l’histoire
3. La paternité de Dieu
Pas trace de « père » dans les 99 noms de Dieu du Coran. L’idée de paternité divine figure au contraire dans la Torah : « Israël est son fils aîné » Mais les juifs ramènent l’idée de paternité à celle d’obéissance parfaite. C’est dans Isaïe qu’on peut lire « Notre père » pour la première fois.
Le père tout-puissant, pour les chrétiens, ces deux termes sont indissociables. Mais la toute-puissance n’a de sens que combinée avec la Sagesse.
La question n’est pas de dresser la liste des points communs ni même sur ce qui rassemble. Mais de se donner le courage de saisir la cohérence interne de sa propre religion et d’en accepter les conséquences.
C’était ensuite le tour d’Annie Laurent, juriste, spécialiste de l’islam et grand maître d’œuvre de ce colloque de traiter le sujet « L’Islam et la personne humaine ». Comme pour Remi Brague, les quelques prises à la volée ci-dessous ne donne qu’une faible idée de l’intérêt des propos tenus :
Annie Laurent commença par citer Mgr Panafieu, archevêque de Marseille : « Naguère nous rencontrions des musulmans, aujourd’hui, nous rencontrons l’Islam » (ce n’est plus quelques individus, mais tout un système).
Si c’est vraiment le cas c’est d’autant plus grave que l’Islam arrive dans un pays déchristianisé et relativiste, donc sans système.
Remi Brague a parlé de Dieu, je parlerai de l’homme.
1. L’identité et la vocation de l’homme dans l’Islam
Pour nous c’est de la Trinité que découle la notion de personne. Pour le Coran pas d’homme créé à l’image de Dieu. Au contraire : « Dieu, rien ne lui est semblable ». Dans le Coran, l’homme n’est pas habilité à donner un nom aux êtres. Il reçoit les noms de Dieu. Dieu ne fait pas de l’homme un fils. Pour le musulman l’idée que Dieu puisse être père n’existe pas. Le père ne peut être que biologique, pas spirituel. D’ailleurs, il n’y a pas dans le Coran de religieux consacrés pour cette raison même.
L’homme n’est pas fils, il est serviteur ou esclave (Abdallah). Toute prière familière avec Dieu est suspecte.( le Notre Père est impensable). Une musulmane convertie au christianisme a écrit un livre très significatif à cet égard : « Dieu, j’ai osé l’appeler Père ».
Dieu du Coran transcendant. Islam = soumission.
« Je n’ai créé les êtres et les hommes que pour qu’ils m’adorent »
La « récompense » dans l’au-delà ne dépend nullement de savoir si l’on a aimé Dieu ou pas.
Paradis, matériel : pas de vision béatifique.
Le péché du chrétien découle de l’absence de rapport personnel avec Dieu.
Le péché du musulman ne constitue pas tant une offense à Dieu qu’une infraction à la loi. C’est l’importance du licite et de l’illicite dans l’Islam. Le musulman vit constamment sous le regard de Dieu mais c’est un regard de surveillance, de maître, non de Père aimant.
L’Oumma (Oum= matrice, mère), la grande communauté, enferme le musulman dans une matrice qui le prive de liberté et de responsabilité. Le mot personne n’existe pas dans la langue arabe.
Cela va loin chez certains musulmans, ainsi cette famille de Marseille que je connais où on refuse toute photo de famille, pour ne pas devenir des « idolâtres ».
2. L’anthropologie islamique comporte l’équivalent de droits de l’homme, mais seulement des droits juridiques et non pas des droits ontologiques. Certains pays arabes ont d’ailleurs signé les conventions de l’Onu sur les droits de l’homme mais aucun n’a pas accordé leurs lois aux déclarations universelles.
La Charte arabe des droits de l’homme montre de réelles divergences avec la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
Les grands principes sont repris mais aussi contredits.
« Tous les droits contenus dans ce document sont subordonnés à la charia » On sait que la charria a deux sources : le Coran et la Sunna.
3. La liberté
Le prochain, pour le Coran, c’est la parenté
4. Inégalités :
Le musulman est supérieur aux non-musulmans (pas d’examen de conscience mais toujours recherche du bouc émissaire).
L’homme est supérieur à la femme.
L’homme libre est supérieur à l’esclave.
La liberté religieuse : liberté de conscience, liberté de changer de religion mais pas chez les musulmans. « Rien ne saurait justifier un changement de religion ». « Celui qui quitte la religion, tuez-le ». Ridda : l’apostasie.
Conclusion
Pas de risque d’individualisme (égoïsme) dans l’Islam. Donc reconstruction d’OUmma dans nos pays avec l’aide des pouvoirs publics. Vers des revendications de l’Islam à vivre selon leur loi.
Comment les musulmans seraient-ils tentés par notre notion de personne alors que nous l’avons travestie en individualisme.
Suite, peut-être une autre fois…