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Cieux intemporels et blocs électoraux

par Robert Royal

lundi 11 mars 2013


À une époque où une sensibilité biblique était plus répandue, le temps seul de ces derniers jours à Rome aurait pu paraître apocalyptique. Il a plu presque tous les jours — et ce sera pareil, semble-t-il, toute cette semaine de Conclave. La foudre a frappé le dôme de Saint-Pierre à plusieurs reprises et un tremblement de terre a légèrement secoué Castel Gandolfo, où le pape émérite Benoît vit jusqu’à ce qu’il puisse passer à une retraite tranquille sur le territoire du Vatican.

Espérons que les cardinaux électeurs feront leurs allers et retours quotidiens à travers le Vatican de leurs chambres à Casa Santa Marta à la chapelle Sixtine, sans incident. Si quelque chose arrivait à l’un d’eux, qui sait ce que cela signifierait pour l’ensemble du processus canonique ?

Aujourd’hui (dimanche), cependant, a commencé une de ces journées ensoleillées, air pur, plus typiques de Rome. (Il y a eu l’après-midi un déluge biblique avec grondements de tonnerre, qui a fait fuir les journalistes et reporters qui ont quitté en peu de temps les toits de Rome). Nous ne pouvons pas dire, bien sûr, si le climat de la Rome antique ressemblait à ce qu’il est aujourd’hui. Le changement climatique a commencé, en grande partie, bien avant l’apparition de notre espèce. Mais il y a des jours à Rome où l’éternité éclate et, en certains endroits, vous pouvez tout aussi facilement penser que vous vivez dans le temps de l’Église primitive ici comme dans le XXIe siècle.

Dimanche était un jour où les cardinaux pouvaient dire la messe dans les églises dont ils sont titulaires, répartis dans toute la ville. Et celles-ci ont eu lieu non seulement sous un ciel ensoleillé intemporel mais sous l’étroite surveillance de la presse affamée de nouvelles. Le Cardinal Dolan de New York, qui a capturé l’imagination des médias italiens, avait autour de 75 journalistes à la messe dans l’église romaine Notre-Dame de Guadalupe.

Interrogé après la messe par un journaliste italien pour savoir si on aurait un conclave bref, il a dit qu’il ne savait pas, mais « Espérons ». L’autre papabile américain souvent mentionné, le cardinal Sean O’Malley de Boston, a célébré sa messe à Santa Maria della Vittoria, de manière appropriée pour un franciscain mystique, c’est l’église qui abrite le célèbre tableau de L’Extase de Sainte Thérèse d’Avila, par Le Bernin.

Dans la mesure où nous pouvons faire intrusion dans les coalitions qui ont commencé à se former entre les cardinaux, les vois se répartissent approximativement de la manière suivante : Angelo Scola (élève de de Ratzinger qui a également été marqué par la spiritualité de Communion et Libération), environ 40 voix ; ; le canadien Marc Ouellet a entre 10 et 15 partisans, mais semble mieux placé que ne le laisse supposer ce chiffre (le Chevalier Suprême Carl Anderson a communié à la messe du cardinal Ouellet dimanche dernier) ; Odilo Scherer, Brésilien poussé par la Curie, a sans doute 20 à 30 supporters, mais ses chances semblent plus faibles que ne l’indique ce nombre.

Tout au plus, ces estimations représentent environ 85 des 115 cardinaux électeurs. Donc, il y a au moins 30 votes en jeu avant même que le marchandage ne commence. Si l’on se fie aux précédents conclaves, le premier tour de scrutin le mardi (le seul ce jour-là) est destiné à prendre la température générale du collège. Les électeurs commencent en principe à voir si un candidat se détache ou s’il leur faut s’orienter vers une candidature de compromis qui répondra à la plupart de leurs attentes.

Dans un électorat aussi réduit, il y a un phénomène bien connu qui peut aller à l’encontre d’une candidature précoce. Puisqu’il est clair qu’à ce stade, personne n’est susceptible d’obtenir les 77 voix (deux tiers) requises au premier tour, un candidat précoce a des chance de voir se former une coalition autour de sa candidature, mais il peut tout aussi bien galvaniser des blocs d’opposants dans les scrutins ultérieurs (quatre par jour) qui feront sans doute savoir très clairement qu’ils ne favoriseront pas un candidat donné. D’après certaines informations (qui ne sont pas supposées exister, mais qu existent quand même) c’est ce qui s’est passé au cour des deux derniers conclaves. Les Italiens se souviennent surtout d’une scission en 1978 dans leurs rangs entre deux candidats italiens, ce qui a permis à Jean-Paul d’être élu.

Comme le montre le cas de Wojtyla, le Saint-Esprit est semble-t-il expert en politique électorale et sait comment faire de grandes choses, même avec la discorde humaine.

Portez une attention particulière aux fuites précoces. Toute cette affaire est susceptible d’être terminée à la fin de la semaine.

Source : http://www.thecatholicthing.org/dai...

Photo : le cardinal Scola


http://www.france-catholique.fr/S-a...

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