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Chevènement partisan du statut concordataire

par Gérard Leclerc

mercredi 25 janvier 2012


Hier, j’ai évoqué l’étrange projet de François Hollande d’intégrer la loi de séparation de l’Église et de l’État de 1905 dans la Constitution de la Cinquième République. Je continue à m’interroger sur le sens de cette initiative, dont la faisabilité me paraît nulle. Le candidat socialiste a-t-il vraiment réfléchi aux seules conséquences pratiques que les spécialistes ont désignées sur le champ, c’est à dire la fin du système dérogatoire de l’Alsace-Lorraine et de celui des territoires d’Outre-Mer par rapport au régime de stricte séparation ? Si oui, on serait en droit de s’inquiéter, car il s’agirait d’un durcissement idéologique qui compromettrait l’idée de laïcité avec ce qu’on appelle le laïcisme et qui consiste en une idéologie hostile à la religion.

Pourtant, la gauche elle-même est loin d’être unanime dans le rejet du système concordataire. Il y aurait lieu d’interroger sur le sujet les élus socialistes des départements concernés. Et puis j’ai un souvenir très précis d’une intervention de Jean-Pierre Chevènement à Strasbourg, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de Lionel Jospin. Chevènement est réputé pour son orthodoxie républicaine et il paraît difficile de contester son attachement à la neutralité de l’État. C’est pourtant lui qui déclarait à Strasbourg que la laïcité était une valeur et non pas un dogme. Et il affirmait de la façon la plus nette qu’il n’était pas question de revenir sur le régime concordataire : « Cette particularité, disait-il encore, est des plus honorable, elle mérite d’être respectée, elle sera respectée ».

Le même ministre de l’Intérieur avait conclu son discours par quelques réflexions sur l’islam et il se montrait ouvert à l’aménagement d’une place de cette religion nouvelle dans le cadre original du statut religieux de la région. Je n’ose croire qu’un nouvel extrémisme soit en train de s’affirmer pour mettre fin à un héritage historique précieux. Ce n’est pas en ouvrant un nouveau front de combat qu’on fera progresser l’unité morale du pays. La laïcité ne nous importe que parce qu’elle protège la liberté de conscience et la liberté de culte. Il serait périlleux de rompre un équilibre qui, jusqu’ici, n’était pas sérieusement contesté ou compromis.

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 25 janvier 2012.

6 Messages de forum

  • 26 janvier 07:49, par Henri

    Chevenement a trouvé Hollande " autentique et sincère"

    Fermez le ban, gauche quand tu nous tients par la barabichette, c’est leur messe en latin, qui va réconcilier tout le monde le temps de la campagne. Et la France ?

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  • 26 janvier 08:44, par Philippe Pouzoulet

    La laïcité n’est pas une valeur mais un principe d’organisation de la république, comme l’a fort clairement exposé Emile Poulat.

    Si le PS et F. Hollande en font une "valeur" c’est que la gauche socialiste en singulièrement dépourvue depuis qu’elle est passé quasi-intégralement au libertarisme. C’est la raison pour laquelle F. Hollande est un ferme partisan du mariage homosexuel, par exemple.

    La "valeur" des socialistes n’est d’ailleurs pas la laïcité telle que l’entendent les catholiques (voir note Ratzinger de 2002 sur l’engagement des catholiques en politique, point 6), qui est pleinement compatible avec ce qui est inscrit dans la Constitution française, mais le laïcisme qui entend reléguer la religion dans la sphère privée et dénier, principalement aux catholiques, tout droit de participer au débat public au nom des principes moraux qui les animent. L’intransigeance libertaire va encore renforcer ce dogmatisme laïciste, l’Eglise catholique demeurant la principale et même la seule force de résistance au relativisme éthique qui sape les fondements pré-politiques de la démocratie, ainsi que le Pape Benoît XVI ne cesse de le répéter.

    Il faut ici clairement poser la question : dans ces conditions, un électeur catholique, laïque, religieux, prêtre, peut-il encore en conscience voter pour un candidat qui s’inscrit dans la filiation anti-catholique de 1793 et d’un petit père Combes, dans le contexte de ce qui doit clairement être désigné comme un nouveau Kulturkampf contre le christianisme ?

    Enfin, il faut souligner la contradiction dans laquelle se place le candidat Hollande par rapport aux électeurs musulmans.

    On sait que l’article L. 1311-2 du code général des collectivités territoriales, dont la portée exacte sur ce point a été explicitée par l’ordonnance précitée du 21 avril 2006, a ouvert aux collectivités territoriales la faculté, dans le respect du principe de neutralité à l’égard des cultes et du principe d’égalité, d’autoriser un organisme qui entend construire un édifice du culte ouvert au public à occuper pour une longue durée une dépendance de leur domaine privé ou de leur domaine public, dans le cadre d’un bail emphytéotique, dénommé bail emphytéotique administratif et soumis aux conditions particulières posées par l’article L. 1311-3 du code général des collectivités territoriales. Le législateur a ainsi permis aux collectivités territoriales de conclure un tel contrat en vue de la construction d’un nouvel édifice cultuel, avec certaines contreparties dont le paiement d’une redevance. Ce faisant, le législateur a dérogé aux dispositions précitées de la loi du 9 décembre 1905. Le système permet notamment aux collectivités de céder des terrains pour l’édification de mosquées.

    Dans la conception de M. Hollande, ce système paraît condamné. Les musulmans français seraient-ils renvoyés aux moyens de financement des pays du Golfe pour réaliser leurs lieux ce culte, alors que le soi-disant islam de France est déjà si dépendant des puissances étrangères ?

    Sur ce point comme sur d’autres,le programme du candidat Hollande est perclus d’idéologie et manque singulièrement de réalisme. Une autre raison pour le considérer inacceptable. Tout donne à penser que le candidat Hollande,s’il est élu, va faire subir au pays la version française de la "zapatérisation" qui a sévi en Espagne ces dernières années, en laissant un pays dont la ruine n’est pas seulement financière mais - et c’est beaucoup plus grave- morale.

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  • 26 janvier 17:15, par J.-F. Foncin

    Ancien ministre de l’Intérieur et des Cultes, Chevènement connaît bien le problème. Si la loi du 18 germinal an X, dite loi organique sur l’organisation des cultes, n’avait pas été abrogée par la loi de séparation de 1905, le gouvernement actuel n’aurait pas de peine à faire pour le culte musulman ce que Bonaparte a fait pour le culte israélite, qu’il a doté d’une organisation que nous voyons encore fonctionner en Alsace-Moselle, et a fait des Juifs alsaciens des patriotes français, d’étrangers qu’ils étaient au 18ème siècle partout en Europe. Serait ainsi réglé le problème des mosquées et des imams.

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  • 26 janvier 17:51, par stephane

    l’athéisme socialiste supplantera la laicité franc-maçonne.

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  • 27 janvier 12:07, par Bernard Richard

    Un peu de sérieux et moins de dérision et de catastrophisme.
    Il est évident que l’éventuelle inscription d’une référence à la loi de Séparation (et non pas son texte complet, bien sûr) réservera, maintiendra l’existence des lois concordataires là où elles sont en vigueur (Alsace-Moselle, certains DOM ou TOM...) ainsi que les adaptation successives de cette loi (à commencer par les lois faisant du curé l’"affectataire" des bâtiments cultuels de sa paroisse-commune, à continuer par ce qui permet de contribuer au financement de nouveaux lieux de culte, à quelque culte reconnu qu’ils appartiennent, Islam compris), car nous ne sommes plus, depuis bientôt un siècle, dans les moments "laïcards" (1924, bloc des gauches) d’Edouard Herriot président du conseil, de même que l’Eglise de France ne voit plus dans cette loi de 1905 la catastrophe et les persécutions qu’elle annonçait et imaginait avec la rupture du Concordat de 1801. Soyons sérieux.

    De la même façon une référence aux "principes de 1789" dans la constitution de la 4e République et à "la Déclaration des droits de l’homme" dans celle de la 5e existent sans que ni ces principes, ni cette Déclaration soient repris textuellement dans ces constitutions.

    L’acceptation consensuelle de la séparation des Eglises et de l’Etat est aujourd’hui suffisamment ancrée tant chez les citoyens que dans la hiérarchie ecclésiastique pour que cette loi de Séparation soit inscrite dans la constitution sans de telles levées de boucliers rappelant précisément le début non pas du XXIe siècle mais du XXe.

    D’ailleurs c’est Mgr Lustiger lui-même, puis Jacques Chirac qui, au début du XXIe siècle parlaient de la loi de Séparation comme d’une "boîte de Pandore" qu’il fallait se garder d’ouvrir, de modifier, donc comme d’un principe intangible, et par là constitutionnel de la nation française, une partie intégrante, disait récemment Mgr André Vingt-trois, du "vouloir vivre ensemble" français. Donc soyons sérieux.

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    • Chevènement partisan du statut concordataire 27 janvier 20:35, par Philippe Pouzoulet

      Je suis en ce qui me concerne parfaitement sérieux et nullement catastrophiste.

      S’il ne faut pas rouvrir la boîte de Pandore sur la laïcité, c’est qu’il n’existe aucun consensus sur la question, la gauche étant en fait laïciste et non pas laïque (voir mon message précédent). Entre l’héritage de la république libérale issue de 1789, celle d’un Lacordaire, et celui de la république anti-chrétienne des sans-culottes, il y a un fossé.

      Si vous voulez une preuve tangible de ce que j’avance, relisez les réactions au discours du Latran de N. Sarkozy dit de la "laïcité positive". Ce discours a suscité un rejet général à gauche, y compris de F. Hollande. Si cela ne vous a pas ouvert les yeux...

      La thèse de la laïcité apaisée, c’est du pipeau. La laïcité apaisée, ça consiste à ne jamais dénoncer le laïcisme qui est le poison de la culture politique française.

      Et la gauche sera d’autant plus intransigeante dans son laïcisme dogmatique que les fondements moraux et philosophiques de ses choix politiques sont extrêmement fragiles. La gauche a en fait totalement abdiqué sur le relativisme éthique. Déjà signalé le mariage homo et l’homoparentalité qui seront votées si la gauche l’emporte. Voir encore l’euthanasie inscrite au programme de F. Hollande. Voir l’offensive du gender à l’école publique qui est une véritable courroie de transmission pour les non-valeurs de gauche et une machine à formater les consciences. Voir la banalisation des moyens d’IVG pour les mineures...

      Et croyez-vous qu’avec la crise financière, on ne va pas remettre sur la table la question du financement public de l’école privée confessionnelle dans un Etat clairement séparé des églises ? Alors que la vraie question, la grande question, celle sur laquelle il faudrait un référendum, pour qu’enfin on arrache l’école publique aux groupes de pression qui la cogèrent depuis si longtemps, à commencer par les syndicats, c’est celle du démantèlement de la coûteuse et inefficace machine de l’éducation nationale qui nous tient comme dans un carcan ? Mais, cher Monsieur, il s’agit d’un bastion de gauche : "touche pas à leur éducation nationale"...

      Enfin on voit bien que, face notamment à l’islam, la jactance laïciste et la multiplication des rappels au règlement républicain sont des aveux de faiblesse.

      On voit bien la contradiction entre le programme économique et social de la gauche qui préconise la protection, et le programme sur les questions de société qui est à fond dérégulateur et hyper-libéral. Quand on pense que, sans l’affaire du Sofitel, le PS s’apprêtait à propulser à l’Elysée un hyper-libertin comme DSK dont les vices étaient connus de tout le milieu politique...Non mais : sérieusement ?

      Je vous rejoins sur un point : l’application du programme de F. Hollande ne sera pas une "catastrophe". La France persévérera dans l’ornière de la médiocre "démocratie populaire douce" dont N. Sarkozy n’a pas réussi à la sortir. C’est là son principal échec à mes yeux, loin devant les questions d’argent qui, comme toujours, mobilisent l’attention. A ce titre Sarkozy a déjà, moralement, perdu les élections. Mais ce qui se prépare pour la suite n’est guère plus reluisant. Hollande, c’est un remake post-moderne de radical-socialisme. C’est bien pour ça que Chirac vote Hollande...Après tout, Daladier non plus c’était pas la cata, du moins en 1938...

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