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Cambodge : la mémoire du génocide

par Gérard Leclerc

lundi 26 juillet 2010


Qu’un des responsables du génocide cambodgien ait été condamné à 30 ans de réclusion - le jugement du tribunal international a enfin été rendu le 26 juillet - peut paraître infime eu égard à l’horreur qui fut décidée et organisée par le régime des Khmers rouges. Mais la notion de crime contre l’humanité, telle qu’elle s’est inscrite progressivement dans le droit international à la suite de Nuremberg, où furent jugés les criminels nazis, a le mérite de rendre irrémissible l’atteinte suprême à la condition humaine. André Frossard en avait fait la saisissante démonstration au procès Barbie à Lyon au cours d’un témoignage qui avait balayé les ultimes objections. C’est la transgression absolue qui est en cause, celle qui autorise à massacrer un peuple entier parce qu’on s’estime délié de tous les interdits et donc en mesure de s’arroger un droit de vie ou de mort sur tous ses semblables.

Douch, le Khmer rouge qui vient d’être condamné, ne saurait à lui seul représenter le système dont il fut l’agent dans le périmètre d’un camp de torture et d’extermination. Il a néanmoins sa responsabilité irrécusable pour les crimes qu’il a commandés et exécutés. On ne peut que souhaiter, pour lui et ses pareils, une véritable odyssée de la conscience qui permette, en quelque sorte, une réappropriation de soi-même. Car la participation à de tels crimes de masse ne va pas sans renier sa propre humanité, dans le gouffre vertigineux d’une dépossession du sens du bien et du mal, de la négation radicale du prochain, nié, dirait Lévinas dans son visage même.

Il est vrai que ces crimes de masse n’auraient pas été possibles sans ce que Soljénitsyne appelait le caractère multiplicateur de l’idéologie, c’est-à-dire la force d’entraînement qui produit la fanatisation des individus mis au service d’une utopie désastreuse. L’idéologie des Khmers rouges se fondait sur le projet insensé de créer un peuple régénéré. C’était certes reprendre un mythe vieux comme la Révo­lution, mais qui ne fut poussé à ses extrêmes conséquences que parce que nul obstacle moral n’était admis à le contrecarrer ou même à le modérer. Et ce n’est pas sans quelque pincement au cœur qu’on se rappelle que certains de ces criminels contre l’humanité furent formés chez nous, sur les bancs de certaines de nos facultés.

Nous savons que le peuple cambodgien a survécu en dépit du génocide. La mémoire de son malheur, dont la justice ne le consolera pas, pourra toutefois susciter le courage et la fierté des lendemains, ne serait-ce que pour être digne du sacrifice consommé.

2 Messages de forum

  • 26 juillet 2010 18:26, par admin

    Un verdict qui laisse un goût amer. Pour la première fois, un ex-haut responsable des Khmers rouges a été condamné par un tribunal international. Ancien professeur de mathématiques, aujourd’hui âgé de 67 ans, Douch était le chef incontesté d’une prison où 15.000 personnes ont été torturées avant d’être mises à mort entre 1975 et 1979. Reconnu coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, il a toutefois échappé à la prison à perpétuité. 4 autres ex-dirigeants Khmers rouges attendent d’être jugés par ce tribunal parrainé par l’ONU, un tribunal créé en 2003 après d’interminables tractations entre le Cambodge et la communauté internationale.
    Missionnaire au Cambodge, depuis près de 45 ans, le Père François Ponchaud a été un des premiers à alerter le monde sur la folie génocidaire des Khmers rouges. Il dénonce ce tribunal de l’hypocrisie. Il ne décolère pas contre la communauté internationale qui, "pendant quatorze ans, a soutenu les Khmers rouges, y compris la France". Il est interrogé par Mathilde Auvillain

    Voir en ligne : 30 ans de prison pour Douch : le coup de gueule du Père François Ponchaud

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  • 26 juillet 2010 23:27, par Jérôme

    Bonjour,

    Que dire de ce procès et de cette sentence, sinon que c’est une fantastique mascarade, car il ne faut pas oublier que la communauté internationale a soutenu pendant une vingtaine d’années ce régime abject pour ne pas trop déranger le régime chinois, non moins abject !

    Les cambodgiens n’ont pas attendu les instances internationales pour tourner la page sanglante de cette période rouge, car ils apprennent à vivre dans les mêmes villages avec leurs anciens bourreaux.

    Pour bien comprendre de quelle nature est la barbarie communiste, je ne saurais trop conseiller la lecture de "La barbarie intérieure" (éd. PUF)de Jean-François Mattéi qui montre magistralement en quoi cette barbarie puise ses sources dans sa conception même de l’homme. En effet, le matérialisme historique et athée repose sur la négation de l’âme humaine, le fondement métaphysique de notre humanité et qui fait que nous sommes des personnes et donc des fins en soi, comme dirait Kant.

    Le matérialisme historique ou social est la négation de l’essence spirituelle de l’homme. La responsabilité morale du communisme est d’autant plus grave qu’il s’est toujours présenté comme dans la continuité d’un humanisme dont il accomplirait l’achèvement. On peut se demander comment il fallait alors entendre le sens du mot achèvement : réalisation ou destruction ?

    Que de crimes commis au nom de la liberté !

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