Curieuse, cette réaction de Pierre, quand il comprend que Jésus a fait un miracle considérable en remplissant de poissons ses filets ! La joie qu’il devrait éprouver se mue en contrition et en sentiment d’indignité ! Et l’Église va plus loin en nous faisant entendre ce même jour le récit de la vocation d’Isaïe, qui, découvrant d’un coup la présence étincelante de Dieu dans le sanctuaire et entendant les séraphins chanter « Saint ! Saint ! Saint ! », se récrie : « Malheur à moi ! Je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures ; et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! » Lui aussi devrait se réjouir d’une telle grâce et le voilà qui prend peur. Est-ce normal ?
Une certaine crainte est liée à toutes les manifestations du surnaturel. Elle n’est pas contradictoire avec la joie. Même Marie, toute prête qu’elle soit à recevoir le message divin, est d’abord troublée par l’annonce de l’ange et celui-ci doit lui dire : « Sois sans crainte, Marie ! » Le Christ ressuscité doit souvent rassurer ses interlocuteurs : « N’ayez pas peur, c’est moi ! », comme il avait déjà dit au moment où il rejoignait ses apôtres sur la mer (Matthieu 14,27).
C’est probablement un mauvais signe, quand nous fait complètement défaut cette crainte respectueuse devant la présence de Dieu. Le sentiment d’être tout de suite de plain-pied devant les réalités de l’Au-delà ferait douter qu’il y a bien là quelque chose de réel, échappant à nos prises. L’ambiance décontractée autour du culte et de la prière est un trait nouveau des catholiques, à qui on a expliqué qu’il ne fallait pas faire de manières avec le Bon Dieu, puisqu’il nous aime. Pauvre amour en vérité que celui qui rabaisse la qualité du don jusqu’à en faire quelque chose d’admis, presque d’ordinaire ! Beaucoup de discours dépensés depuis quarante ans ont consisté à dédramatiser la confession ou la communion (qui parle encore de communion sacrilège ?), comme si le grand danger était au fond la crainte. Il a pu exister dans le passé un discours terroriste qui troublait les âmes délicates, mais on n’en est vraiment plus là aujourd’hui, et depuis longtemps. Et le danger serait plutôt inverse. Ce dehors qui se veut rassurant, convivial, gentil fait plus de mal à l’être en quête de Dieu que la sévérité des prédicateurs de jadis qui tonnaient en chaire.
La crainte, la vraie, celle qui est un don de l’Esprit au même titre que la Sagesse, est une attitude du cœur qui découvre combien Dieu nous dépasse, combien il est saint, merveilleux, unique… et combien nous, nous lui correspondons peu. C’est le révélateur d’une différence qui soudain nous saute aux yeux : jusque-là nous avions le sentiment d’être seuls au monde, d’en être un peu le centre, de ne rien faire de vraiment mal et puis voilà qu’un autre nous advient, un Autre avec un grand A, inouï, imprévisible, d’une telle qualité que nous n’avons qu’une chose à faire : nous prosterner devant lui, lui rendre les armes, reconnaître notre misère et attendre sa sentence sur nous.
Cette crainte, disions-nous en commençant, n’exclut pas la joie. Et comment ! Car, au moment même où le cœur chavire, sentant son indignité après tant de bontés, nous ne pouvons pas douter un instant que ceci même est une grâce et que, à supposer que Dieu décidait de nous écarter ou de nous faire payer notre mauvais goût, nous serions encore immensément honorés de cette visite, gratifiés de cette sévérité. La crainte dit le sérieux de l’amour. Elle empêche de profaner le don et de le banaliser. Elle seule nous ouvre le cœur de Dieu.
Dimanche 7 février Première Lecture : Isaïe 6.1-8 Psaume 138.1-5, 7-8 Deuxième Lecture : 1 Corinthiens 15.1-11 Évangile : Luc 5.1-11
— -
Cinquième Dimanche (C)
1. Jésus qui vient nous révéler sa gloire et son exigence brûlante (lecture d’Isaïe).
➤ Adorons le Dieu trois fois saint qui flamboie dans le Saint des saints. Point spi : Répondons nous aussi « pré-sent ! » avec Isaïe.
2. Jésus qui s’est acquis un droit sur notre humanité en traversant notre mort et en ressuscitant avec notre chair (lecture de la lettre de saint Paul).
➤ Adorons le Sauveur qui a visité de l’intérieur notre condition humaine. Point spi : Faisons un bel acte de foi.
3. Jésus qui nous engage pour la mission, complètement (lecture de l’évangile de saint Luc).
➤ Adorons le Maître plein de force et de lumière qui nous prend à son service.
Point spi : Mettons-nous humblement à sa disposition.
Lundi : « Pouvoir toucher au moins la frange… » (Marc 6, 53-56)
1. Jésus ne pouvant plus passer inaperçu, Jésus devancé par sa réputation ambiguë de guérisseur, Jésus qu’on s’arrache.
➤ Adorons le Sauveur encore plus caché par sa réputation qu’il ne l’était par le silence de sa vie cachée, Jésus méconnu dans sa gloire même.
Point spi : Attachons-nous à Lui pour Lui et pas seulement pour ses bienfaits.
2. Jésus visitant bourgs et villages, grâces innombrables de ces visites dont on n’a gardé aucune trace, humbles rencontres au coin des rues ou des chemins.
➤ Adorons le Sauveur venant rejoindre chaque vie, chaque intersection de nos vies.
Point spi : N’estimons pas que certains moments ne sont pas propices. 3. Jésus qu’on touche, en s’attachant à son châle de prière (les franges), Jésus dont on peut rejoindre la prière, s’y glisser presque incognito.
➤ Adorons le Sauveur dans son intercession incessante pour les besoins des hommes.
Point spi : Faisons appel encore et toujours à sa bonté, ne craignons pas de le lasser.
Mardi : Les mains pures (Marc 7, 1-13) 1. Jésus accusé dans le cadre des débats sans fin sur les règles de pureté, Jésus tout pur, qu’on veut prendre au piège des subtilités infinies sur la loi orale.
➤ Adorons le Maître si ferme et si libre, pureté de Dieu au milieu de ce monde barbouillé et ses maximes toutes humaines.
Point spi : Ne jugeons pas à partir de nos habitudes, de nos goûts et dégoûts.
2. Jésus observateur si perspicace des faiblesses humaines, seul témoin des recoins du cœur.
➤ Adorons le Dieu qui sonde les reins et les cœurs.
Point spi : Laissons-nous juger par le regard du Seigneur plein de miséricorde.
3. Jésus défenseur de la Loi divine bafouée par les observances tordues, plein du zèle jaloux pour la sainteté de son Père.
➤ Adorons le Dieu saint qui ne supporte aucun alliage entre sa parole et nos préceptes.
Point spi : Informons-nous du véritable enseignement de l’Église, ne nous contentons pas d’à-peu-près, de souvenirs vagues.
Mercredi : ce qui entre / ce qui sort (Marc 7, 14-23)
1. Jésus ressaisissant toute la Loi jusque dans ses préceptes juridiques autour du choix moral (« ce qui sort »), de la pureté et de la droiture du cœur.
➤ Adorons le Divin Législateur qui seul sait l’intention profonde de tout ce qu’il nous a demandé.
Point spi : Même dans les petites choses, retrouvons l’intention du Seigneur qui est amour.
2. Jésus enseignant ses disciples en particulier, voulant partager avec eux le fond de son enseignement.
➤ Adorons le Maître qui nous instruit en particulier.
Point spi : Posons-Lui directement nos questions.
3. Jésus ignorant le mal, qui voit avec stupeur la méchanceté du cœur de l’homme.
➤ Adorons le Dieu dont « les yeux sont trop purs pour voir le mal ».
Point spi : Ne soyons pas complaisants pour le mal. Ne nous y habituons pas.
Jeudi : La syro-phénicienne (Marc 7, 24-30) 1. Jésus qui ne répond pas tout de suite à l’attente, qui respecte un ordre de priorité, qui frustre le désir humain pour mieux le combler. ➤ Adorons l’Ami si ferme et si fort, qui sait les temps et les moments.
Point spi : N’ayons pas peur de nous laisser rabrouer.
2. Jésus qui respecte jusqu’au bout le privilège d’Israël, qui est lié par la promesse faite à Abraham et à sa descendance.
➤ Adorons le Dieu fidèle dont les promesses sont sans repentance.
Point spi : Ayons beaucoup d’estime pour le premier peuple de l’Alliance.
3. Jésus qui salue dans la foi et l’humilité le ressort secret de la victoire contre le démon.
➤ Adorons le Combattant, l’homme fort, qui nous entraîne dans son combat.
Point spi : Croyons que notre humilité met l’Ennemi en fuite.
Vendredi : Le sourd-muet de la Décapole (Marc 7, 31-37)
1.Jésus qui emmène à l’écart, qui fait de la cure de ce pauvre homme l’occasion d’un contact personnel, d’une retraite.
➤ Adorons le Dieu bon pour lequel chacun de nous est unique. Point spi : Cherchons le silence et le recueillement.
2. Jésus qui met ses doigts dans les oreilles et met de la salive sur la langue, qui guérit dans ce contact charnel avec le malade.
➤ Adorons le Créateur qui nous a façonnés, chacun, avec beaucoup de soin, de ses mains.
Point spi : Recourons avec joie aux sacrements du salut.
3. Jésus qui parle au malade - « ouvre-toi », qui le traite comme un sujet, malgré son impuissance.
➤ Adorons le Créateur qui nous a créés par sa Parole toute-puissante.
Point spi : Ne nous contentons pas de faire du bien aux autres, rejoignons-les personnellement.
Samedi : Les préparatifs de la multiplication des pains (Mc 8, 1-10)
1. Jésus qui a pitié, qui sait les efforts faits, les souffrances endurées pour Lui.
➤ Adorons le Miséricordieux, qui essuie toute larme de nos yeux. Point spi : Soyons sensibles aux épreuves des autres.
2. Jésus qui s’informe des ressources humaines, qui inventorie nos faibles moyens.
➤ Adorons le Maître qui démultiplie nos efforts et nos tentatives.
Point spi : Prêtons notre concours, même si nous savons que ce n’est pas suffisant.
3. Jésus qui agit avec une maîtrise souveraine, qui met en jeu sa puissance de Fils, tranquillement.
➤ Adorons le Fils qui dispose des biens de la maison paternelle.
Point spi : Collaborons à son œuvre sans nous poser de questions.


envoyer par mail