On dit souvent (et notamment au vu de l’évangile que l’Église nous présente en ce troisième dimanche de Carême en l’année C) que Jésus a définitivement rompu avec la vision de la rétribution qui était celle de l’Ancien Testament : « pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens [pour avoir connu le sort que leur a réservé Pilate] ? » Sous-entendu : c’est bien à tort que vous cherchez un lien entre le péché et la souffrance, il n’y en a pas.
Cette conclusion est tout-à-fait inexacte. Jésus peut dire, dans un autre contexte, au paralysé qu’il vient de guérir : « Te voilà bien portant : ne pèche plus, il pourrait t’arriver pire encore » (Jean 5,14), preuve qu’il ne répudie pas, bien au contraire, ce qui est la grande affirmation de la tradition biblique : il a un lien mystérieux entre le désordre de nos cœurs et celui de nos corps. Car Dieu ne nous a pas faits par morceaux, aussi ce qui nous sépare de lui nous plonge-t-il nécessairement dans le malheur, sans même qu’il y ait à parler de châtiment. Comme l’exprime si justement Jérémie, en mettant ces mots dans la bouche de Dieu : « ta méchanceté te châtie » (2,19).
Néanmoins, le Christ, comme Job et les prophètes, sait bien que les conséquences du péché ne fonctionnent pas de façon automatique : il y a des justes souffrants et des impies triomphants. C’est pourquoi il peut dire que le massacre ordonné par Pilate ne châtie pas nécessairement les plus coupables. S’il semble prendre ainsi ses distances avec la rétribution, ou pour le moins avec la vision que l’on en avait à son époque, c’est pour dégager une solidarité plus profonde entre les hommes. Certes l’attribution des conséquences du mal ne suit pas toujours une logique individuelle, certes à chaque faute ne correspond pas nécessairement un malheur déterminé, mais c’est que, depuis la faute des origines, toute l’humanité porte, en fait, les conséquences des ruptures successives survenues entre l’homme et Dieu. C’est la masse des péchés qui est responsable de la somme des souffrances. Il est donc vain de supputer la responsabilité des uns et des autres, inextricablement mêlées. La seule issue est de fuir la colère qui vient et de se tenir prêt pour le jour où Dieu mettra fin à ce monde sans justice. Pour cela, il est urgent de se convertir.
Toute la mission du Christ devient incompréhensible si on écarte (comme on est tenté de le faire aujourd’hui) l’affirmation du péché des origines, péché personnel qui sépare une première fois l’homme de Dieu et qui est ensuite suivi de beaucoup d’autres, dans une terrible boule de neige où souffrance et infidélité s’appellent l’une l’autre, jusqu’à ce résultat d’inscrire le mal dans la structure des choses, jusqu’à cette "chair de péché" dont parle Paul (Romains 8,3). Si nous avons besoin d’un Sauveur (et pas seulement d’un Maître pour nous instruire des voies de Dieu), c’est que la condition de l’homme est radicalement compromise, que nous sommes ce blessé tombé sous les coups des brigands, incapable de se soulever, et qui attend au bord de la route le passage du Bon Samaritain.
Il nous restera à méditer la semaine prochaine la façon dont le Christ arrive à s’insinuer dans cette condition pour la tirer de l’intérieur vers Dieu. Contentons-nous aujourd’hui d’entendre l’appel à la conversion qui nous est adressé. Même si nous ne pouvons pas grand-chose par nous-mêmes, nous savons que nous avons à nous convertir, c’est-à-dire à changer radicalement et le Christ nous y aidera... n
Dimanche 7 mars Première Lecture : Exode 3.1-15 Psaume 103.1-4, 6-8, 11 Deuxième Lecture : 1·Corinthiens 10.1-12 Évangile : Luc 13.1-9.
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Ce dimanche, comme les suivants, offre deux collectes au choix : * Ou bien : une spécialement tournée vers les catéchumènes et qui demande qu’ils soient enfin recréés à l’image du Christ, puisque le Péché Originel leur a fait perdre sa ressemblance, * Ou bien : une plus générale, qui rappelle les trois « piliers » du carême (jeûne, prière, partage) reçus du Seigneur et à mettre maintenant et rapidement en usage, puisque Dieu nous en donne la force.
Les évangiles de la semaine continuent à nous faire méditer sur le péché et la conversion, ils entraînent avec eux une première lecture prise à l’AT.
par le Père Michel Gitton
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Dimanche de la Tour de Siloé
1. Jésus qui vient investir notre monde de sa présence mystérieuse et flamboyante (lecture de l’Exode).
➤ Adorons Celui qui EST, absolument.
Point spi : Déchaussons-nous au moins moralement pour paraître en sa présence.
2. Jésus qui nous désaltère au long de notre route vers la Terre Promise (lecture de la lettre de saint Paul aux Corinthiens).
➤ Adorons le Cœur d’où sort pour nous l’eau vive.
Point spi : Ne récriminons pas contre la longueur de la route.
3. Jésus qui nous avertit de la nécessité d’une conversion radicale, près de lui pas de demi-mesures ! (lecture de l’évangile de saint Luc).
➤ Adorons le Juge qui met à nu toute notre vie.
Point spi : Ne remettons pas à plus tard la mise en ordre de notre vie.
Lundi du rejet de Nazareth (Lc 4, 24-30)
1. Tristesse de Jésus devant ses compatriotes incompréhensifs et tout ce temps perdu pour l’annonce de la Bonne Nouvelle, Jésus désarmé devant leur colère absurde.
➤ Adorons l’Innocent, le Juste méconnu, communions à sa patience. Point spi : Discerner nos raideurs et nos étroitesses, ne pas risquer de mettre Jésus hors de nos vies.
2. Jésus regardant au-delà d’Israël, saluant les signes avant coureurs de la mission universelle, admirant l’humilité de certains païens, leur promptitude, leur joie d’être invités.
➤ Contemplons Jésus, messie pour tous les peuples, soucieux de ceux qui sont loin comme de ceux qui sont proches, admirons sa manière de donner à chacun ce qu’il lui faut, communier à son souci des brebis perdues. Point spi : Reconnaître notre dette par rapport à Israël.
3. Jésus qui ne se laisse pas arrêter par l’opposition des hommes, qui « passe » au-delà de nos blocages.
➤ Vénérons la toute-puissance désarmée de celui qui se faufile dans notre histoire, reconnaissons la constance de son projet malgré les échecs apparents de Son Eglise.
Point spi : Ne pas se laisser impressionner par le rejet du monde.
Mardi du créancier insolvable (Mt 18, 21-35)
1. Jésus qui sait l’étendue de la dette, qui seul peut mesurer la gravité du péché et de ses conséquences.
➤ Adorons le juge au visage voilé, reconnaissons sa mansuétude qui n’est pas ignorance ou indifférence.
Point spi : Pleurer les péchés de notre vie et ne pas nous plaindre.
2. Jésus qui voit avec douleur l’in-cohérence de nos comptes et la vanité de nos rancunes, qui sait l’absurdité de nos jalousies et de nos revendications.
➤ Reconnaissons celui qui sonde les cœurs et les reins, qui n’est pas dupe des bons sentiments, acceptons de lui soumettre nos blessures.
Point spi : Relativiser les torts dont nous nous estimons victimes.
3. Jésus qui nous apprend à passer condamnation des dettes contractées par le prochain, qui veut nous voir brûler nos créances.
➤ Adorons le Maître qui peut tout nous demander, qui a l’audace de nous faire lâcher prise sur les points les plus sensibles, vénérons son audace, accueillons sa liberté.
Point spi : Ne pas attendre ce soir pour s’y mettre.
Mercredi de la Torah (Mt 5, 17-19)
1. Jésus amoureux de la Loi, à cent lieues du carcan légaliste élaboré par les pharisiens, mais passionnément attaché à cette lumière communiquée aux hommes sur le Sinaï.
➤ Adorons le Fils passionné de faire la volonté du Père, suivons-le, accueillant toujours à neuf les décrets du Père. Point spi : « Quelle merveille, tes exigences ! » Pouvoir le dire…
2. Jésus observateur de la Loi, aimant couler sa vie dans les préceptes de la loi, pour que tout soit consacré, c’est pour lui que la Loi a été faite !
➤ Reconnaissons Celui qui est la norme vivante par tous ses actes, celui qui se nourrit de la volonté du Père et nous en donne l’exégèse la plus juste, saluons le « Maître du Sabbat ».
Point spi : Faire de l’imitation concrète de Jésus le principe de tous nos actes.
3. Jésus docteur de la Loi à sa façon, nous apprenant à suivre, à discerner, à accomplir.
➤ Adorons Jésus notre Maître jusque dans les petites choses, accueillons la Parole, toujours juste et respectueuse de notre liberté, que nous dit notre Guide.
Point spi : Accepter de former sa conscience.
Jeudi de l’homme fort (Lc 11, 14-23)
1. Jésus qui nous apprend à démasquer le démon aux aguets, « cherchant qui dévorer », à ne pas nous tromper de cible.
➤ Adorons le Combattant qui, au désert, a mis le Diable au tapis, pensons à sa force cachée, saluons sa clairvoyance surnaturelle. Point spi : Penser plus souvent que le Démon veut nous avoir.
2. Jésus qui nous apprend à voir le doigt de Dieu, à reconnaître même dans les tentations, sa conduite paternelle.
➤ Vénérons la sagesse de celui qui sait voir toute chose à la lumière de l’éternité, abritons-nous sous la providence paternelle dont il vit si fortement lui-même.
Point spi : Faire confiance.
3. Jésus qui nous apprend à « amasser » avec lui, à mettre de côté mille petits efforts qui donneront du fruit.
➤ Considérons le Gardien qui ne laisse rien perdre de la beauté de nos vies, pensons à ce trésor qu’il tient prêt pour nous. Point spi : Tout compte.
Vendredi de l’Unique Seigneur (Mc 12, 28b-34)
1. Jésus qui sait le prix du véritable amour, de l’absolu de Dieu, lui seul peut nous combler, c’est pourquoi il exige tout.
➤ Adorons notre Souverain Bien, notre vie, remettons-lui notre existence, saluons ses exigences d’amour.
Point spi : Repérer nos « idoles ».
2. Jésus qui réunit en lui le double amour de Dieu et du prochain, qui sait servir le Père à travers le plus petit de ses frères.
➤ Adorons celui qui s’est fait notre prochain, pour approcher de nous la majesté de Dieu, qui nous a introduits dans la vie des Personnes divines, saluons en lui la dignité qu’il donne par là-même à tout être humain. Point spi : Désirer pouvoir servir le plus petit, le moins aimé.
3. Jésus qui nous unifie, qui réunit nos énergies dispersées, qui nous redonne un but clair et des moyens.
➤ Vénérons Celui qui est l’Unique, reconnaissons en Lui le Fils Bien aimé, qui nous a faits comme lui pour un seul amour, suivons ses pas. Point spi : Tout remettre en perspective par rapport à Dieu et notre vie avec lui.
Samedi du publicain et du pharisien (Lc 18, 9-14)
1. Jésus qui excède toute mesure : plus saint, incomparablement, que le pharisien, plus petit que le publicain.
➤ Adorons et vénérons celui qui n’a de place sur aucune échelle des vertus, celui qui nous enrichit de sa pauvreté, acceptons sa mesure qui est d’aimer sans mesure.
Point spi : Ne pas nous comparer.
2. Jésus qui lit dans les cœurs et voit la vraie prière.
➤ Adorons « Celui qui voit », non comme un regard indiscret sur nos secrets, mais comme une vision pleine d’admiration et de respect pour les semences qui poussent, saluons sa patience visionnaire.
Point spi : Supposer, même dans les pires, une beauté cachée.
3. Jésus qui déclare « juste » le publicain, qui le justifie par la puissance de son sacrifice, qui achève l’ouverture ménagée par son humilité.
➤ Honorons en Jésus la sentence pleine de miséricorde, la confiance qui fait des miracles et remet debout le pécheur, baignons-nous dans le flot de cette miséricorde.
Point spi : Croire que maintenant encore, tout est possible pour nous.


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