Sans blague ? Il y aura un jour comme cela, où les gens trouveront que tout va bien ? On peut en douter, au vu des estimations catastrophiques qui fleurissent un peu partout dans la presse. La Bourse s’effondre, l’économie mondiale est en crise, la zone euro proche de la banqueroute... j’en passe et des meilleures. Il n’y a pas un an, on nous expliquait qu’après le séisme qui avait atteint le nord du Japon, l’industrie de l’automobile allait s’arrêter dans le monde entier, faute d’un composant que cette partie du globe était seule à produire. Je ne sais pas ce qui s’est réellement passé, mais il semble bien qu’on continue d’acheter des voitures.
Je me rappelle le ton de lamentation avec lequel, dans ma jeunesse, mes parents évoquaient devant leurs amis ce qu’ils appelaient la prospérité d’avant-guerre, quand la vie, paraît-il, était si facile, alors que depuis… J’ai appris par la suite que c’était l’inverse et que, dans les années de l’après-guerre, on avait assisté à une montée vertigineuse du niveau de vie du Français moyen. Comme quoi les contemporains sont souvent mauvais juges de ce qui arrive réellement !
Je ne suis pas en train de dire que tout va s’arranger et que le monde va continuer son ascension irrésistible vers toujours plus de prospérité et de bien-être. Je ne sais pas de quoi demain sera fait, mais je suis assez prêt à penser qu’un jour viendra où notre société s’effondrera sous le poids de ses contradictions et de ses iniquités. Mais force est de constater que les calculs humains sont bien aléatoires et que ce n’est pas des statistiques qu’il faut partir si l’on veut envisager sérieusement l’avenir.
De quoi donc faut-il partir ? Mais tout simplement de la Parole de Dieu qui nous dit assez ce qui est en jeu dans le temps que nous vivons. Non qu’il faille y trouver des prévisions, plus ou moins tirées par les cheveux, sur la date de la fin du monde. Mais parce que les données, depuis le passage du Christ, sont posées. Ce monde — dont nous éprouvons chaque jour un peu plus l’instabilité — est un monde en sursis. Depuis la mort et la Résurrection du Christ, il est « jugé », ramené à sa vraie mesure, soumis à une opération de passage au crible qui ne laissera subsister en son sein que la part de l’humanité qui s’est ouverte à Jésus. S’il continue et peut donner parfois l’illusion d’une durée encore longue, c’est pour donner le temps aux hommes de se convertir à la Bonne Nouvelle. Mais viendra le terme, à la fois pour chaque réalisation humaine et pour l’aventure de l’humanité tout entière. C’est là que le mot « crise » que nous employons si facilement prend tout son sens. Crise étymologiquement veut dire : jugement. C’est un mot qui vient de la médecine pour décrire le moment (appelé précisément critique), où se décide l’issue de la maladie, où le combat entre les agents pathogènes et les forces vitales atteint son point culminant, après quoi le mal reculera ou au contraire envahira tout. Les crises que traverse notre monde sont ces moments successifs où une réalité sociale (pays, culture, et même chrétienté) est passée au crible, sommée de dévoiler ses fondements. Si elle repose en définitive sur le mensonge, le mépris de Dieu, ou le mépris des pauvres, elle s’effondrera tôt ou tard. Avec le petit reste qui peut-être est resté fidèle en son sein, Dieu bâtira autre chose.
Mais un jour, ce qui s’est opéré en détail en une quantité de crises au long de l’histoire se réalisera en grand : après tous ces jugements partiels dans lesquels étaient mis à nu les fondations des familles, des empires, des diocèses, des civilisations, c’est le monde entier qui passera au tamis. Toutes les réalisations humaines depuis Babel jusqu’à ce jour seront mises dans la balance et ce qui sera trouvé léger sera alors jeté dans l’étang de feu.
Mais ce jugement, comme nous le déclarent à la fois Jésus, Paul et Jean, c’est comme un voleur qu’il viendra. Tenons-nous donc prêts.
Dimanche 13 novembre
Première Lecture : Proverbes 31.10-31
Psaume : 128.1-5
Deuxième Lecture : 1·Thessaloniciens 5.1-6
Évangile : Matthieu 25.14-30.
XXXIIIe dimanche [13 novembre]
1. Jésus qui veut faire confiance à son église, qui lui a remis la responsabilité des âmes (lecture du livre des Proverbes).
➤ Adorons l’époux qui a remis les clefs de tous ses biens à celle qu’il aime. Point spi : Donnons-nous de la peine, le Seigneur y compte.
2. Jésus qui ne nous donne pas de date pour que nous l’attendions pleins de foi et d’espérance (lecture de la première lettre de saint Paul aux Thessaloniciens).
➤ Adorons le Voleur qui viendra à l’heure qu’on n’attend pas.
Point spi : Soyons prêts à tout remettre aux mains du Seigneur.
3. Jésus qui nous laisse une part dans son œuvre, qui compte sur notre initiative (lecture de l’évangile selon saint Matthieu).
➤ Adorons le Maître de maison sage et audacieux.
Point spi : Ne comparons pas les dons reçus.
Lundi : l’aveugle de Jéricho (Luc 18, 35-43) [14 novembre]
1. Jésus « senti » : l’aveugle ressent l’approche du Christ, à l’onde de choc qu’il provoque, la rumeur qui le précède.
➤ Adorons Jésus qui met en émoi Jean Baptiste dans le sein de sa mère, adorons le Dieu qui ébranle le ciel et la terre.
Point spi : Ne méprisons pas la religion des simples, vibrons à l’unisson de leur piété.
2. Jésus « entendu » : l’aveugle entend la question de Jésus s’adressant à lui, et son cœur en est illuminé.
➤ Adorons le Dieu qui nous interpelle, qui nous appelle par notre Nom, qui nous tire du néant par sa voix.
Point spi : Répondons un « amen » qui soit un vrai consentement.
3. Jésus « vu » : le premier être que discerne l’aveugle, c’est Jésus, c’est sa face bénie.
➤ Adorons le Verbe incarné, icône du Dieu invisible.
Point spi : Sachons notre bonheur de pouvoir contempler Jésus dans l’hostie.
Mardi : Zachée (Luc 19, 1-10) [15 novembre]
1. Jésus qu’on cherche à voir, qui suscite démarches et initiatives, pour s’informer de lui.
➤ Adorons Celui que l’on ne chercherait pas s’il n’avait mis au fond de nous le désir de le trouver, adorons le Maître intérieur.
Point spi : Guettons Jésus, ne nous contentons pas de le suivre de loin.
2. Jésus qui cherche à nous voir, qui lève les yeux, cherche dans la foule ce visage précis.
➤ Adorons Celui qui nous cherche, qui est venu chercher chacun de nous.
Point spi : Ne croyons pas trop vite que le Seigneur ne s’occupe que de l’ensemble.
3. Jésus qui s’invite chez nous, qui force la porte, qui bouscule les convenances et contourne les lignes de défense.
➤ Adorons Celui qui veut notre cœur avant tout, qui ne se contente pas de nos hommages lointains.
Point spi : Pas de secteurs réservés, où Il n’aurait pas le droit de pénétrer.
Mercredi : parabole des mines (Luc 19, 11-28) [16 novembre]
1. Jésus parti pour un pays lointain, sans dire quand il reviendrait, Jésus qui laisse une responsabilité à ses serviteurs.
➤ Adorons le Christ qui monte au ciel, laissant ses Apôtres seuls maîtres à bord.
Point spi : Acceptons que le Seigneur ne soit pas toujours là pour répondre à nos demandes.
2. Jésus qui demande des comptes, qui prend très au sérieux le comportement de ses serviteurs, non à cause de la valeur du dépôt, mais pour sonder leur confiance en Lui.
➤ Adorons le juste Juge devant qui nous apparaîtrons à découvert.
Point spi : Ne nous cachons pas du Christ, même quand nous ne sommes pas fiers, osons lui dire…
3. Jésus qui démasque les recoins ténébreux qui expliquent le compor–tement lamentable du mauvais servi–teur, son regard déformé sur son maître.
➤ Adorons l’époux que nous sommes tentés de prendre pour un Baâl (« maître ») cf. Osée 2, 19.
Point spi : Corrigeons notre regard pour retrouver la bonté du projet de Dieu.
Jeudi : les larmes sur Jérusalem (Luc 19, 41-44) [17 novembre]
1. Jésus qui pleure, non sur lui-même, sur son échec, mais sur Jérusalem, sur les hommes, les femmes, sur nous tous.
➤ Adorons le regard désolé de Celui qui sait les conséquences de notre folie, adorons Celui qui voit Adam s’éloigner tout triste.
Point spi : Partageons la compassion du Seigneur devant la folie des hommes.
2. Jésus qui voit l’issue fatale, mais ne cesse pas d’appeler, qui ne se résigne pas à l’inévitable.
➤ Adorons la Sagesse qui parcourt les rues et les places.
Point spi : Ne considérons pas trop vite que tel ou tel est enfermé dans son refus.
3. Jésus qui mystérieusement prépare le « petit reste » qui résultera de sa « visite », qui se donne pour lui.
➤ Adorons la Sagesse paradoxale qui triomphe au moment où tout semble perdu.
Point spi : Ne laissons pas le Seigneur venir en vain chez nous.
Vendredi : les vendeurs du Temple
(Luc 19, 45-48) [18 novembre]
1. Jésus rempli de zèle pour la maison de Dieu, colère (sainte, respectueuse, maîtrisée…) devant la désacralisation du Temple.
➤ Adorons le Dieu Saint dont la présence est brûlante.
Point spi : Veillons sur notre sanctuaire à nous (notre cœur).
2. Jésus familier de la Maison du Père où il est chez lui, depuis son enfance.
➤ Adorons le Fils dans la Maison du Père.
Point spi : Aimons la beauté de nos églises, ornons-les intérieurement (par notre vie d’oraison) et extérieurement.
3. Jésus qui ne laisse personne indifférent, qui fait la joie des cœurs fidèles.
➤ Adorons Celui qui est venu apporter le feu sur la Terre.
Point spi : N’ayons pas peur de la contradiction.
Samedi : la femme aux sept maris
(Luc 20, 27-40) [19 novembre]
1. Jésus véritable époux qui donne une sainte descendance à son église, qui ne la laisse pas stérile.
➤ Adorons le Christ au cœur de son église.
Point spi : Défendons l’honneur de notre Mère partout où elle est attaquée.
2. Jésus véritable époux qui ne répudiera jamais la femme de sa jeunesse, ni ne la laissera plus jamais veuve.
➤ Adorons le Christ « le même hier, aujourd’hui et demain ».
Point spi : Ne nous comportons pas en liquidateurs : l’église a les promesses de la Vie éternelle.
3. Jésus véritable époux qui nous destine à la joie du ciel où il n’y aura plus de séparation, où nous serons tous réunis avec Lui.
➤ Adorons le Christ, Agneau sur la Colline de Sion que « suivent les vierges partout où Il va » (Ap. 14, 4).
Point spi : Ne nous contentons pas des petits bonheurs au rabais. n

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