La parabole des dix vierges nous entraîne dans deux directions, apparemment divergentes. La conclusion insiste sur la vigilance : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. » Pourtant ce n’est pas ce qui ressort de l’histoire qu’on vient de nous raconter, puisque toutes les jeunes filles, sages ou imprévoyantes, se sont endormies, aucune n’a « veillé ». La supériorité des « vierges sages » sur les « vierges folles » tient plutôt à leur prévoyance. Elles ont une réserve d’huile, qu’elles ont apportée avec elles.
Commençons par ce dernier aspect. Comment comprendre cette huile gardée en réserve ? L’huile, chacun le sait, est le produit précieux de l’olivier. L’extraction de l’huile suppose d’abord qu’on ait écrasé les olives, après leur avoir retiré leur noyau, pour en exprimer le jus, qui est ensuite filtré et traité. C’est un travail long, qui suppose une grande quantité d’olives pour arriver à une petite mesure d’huile.
Le sens que Jésus donne à cette réserve de combustible est certainement l’acquis de notre prière et de tous nos actes de détachement faits « pour » lui (cf. Marc 10,29). C’est là l’épargne peu à peu accumulée, qui, le moment venu, permettra de faire face et d’allumer tout de suite sa lampe, c’est-à-dire de répondre présent au moment où il s’agira de rendre compte de sa vie en présence du Seigneur qui vient.
C’est pourquoi elle ne peut être partagée : elle est rigoureusement personnelle. En refusant leur huile aux insensées, les prévoyantes leur révèlent seulement que nul ne peut répondre à la place d’un autre quand il s’agit de cet acquis vital qui s’opère au long d’une vie. En les renvoyant vers les marchands, elles leur jouent par contre un bien méchant tour, car l’huile dont il s’agit, étant la lente distillation des actes intérieurs peu à peu posés au plus intime de l’âme, ne saurait s’acquérir à prix d’argent. C’est toujours une illusion de croire qu’on peut faire l’économie du temps et se procurer d’un coup ce qu’on n’a pas mis de côté par une discipline de vie.
Quand on n’a dit que cela, on n’a pourtant repéré qu’une partie de la leçon de la parabole. Car Jésus nous a quand même habitués dans d’autres contextes à croire à la conversion toujours possible. L’épisode du Bon Larron est là pour nous prouver que le salut n’est pas réservé aux gens vertueux et que, d’un coup, à la dernière minute, un acte de foi peut rattraper une vie de désordres. C’est là que l’autre conclusion de la parabole nous rejoint : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. » L’essentiel est d’être éveillé et prêt à saisir la main que le Seigneur nous tend, fût-ce à la dernière minute. Nos acquisitions sont au fond peu de choses et si par malheur nous croyons pouvoir nous appuyer sur nos mérites, il y a bien des chances que nous passions à côté de l’appel imprévu du Seigneur.
Alors, que penser ? Le paradoxe est celui de la vie chrétienne. Prévoyance et vigilance vont de pair. Il n’y a pas une minute à perdre. Tout ce que nous pouvons faire aujourd’hui, même des actes minuscules d’offrande et de prière, compte. Pourtant nous aurions bien tort de nous appuyer sur cet acquis qui doit au contraire être sans cesse revivifié par le sentiment de notre insuffisance devant Dieu.
Au fond le véritable acquis, c’est peut-être cela même : le lent apprentissage de nous en remettre plus complètement à Dieu. Soyons éveillés !
Dimanche 6 novembre
Première Lecture : Sagesse 6.12-16
Psaume 63.2-8
Deuxième Lecture : 1 Thessaloniciens 4.13-18
Évangile : Matthieu 25.1-13.
XXXIIe dimanche [6 novembre]
1. Jésus qui se révèle à celui qui le cherche (lecture du livre de la Sagesse).
➤ Adorons la Sagesse incarnée présente sur nos places.
Point spi : ne cherchons pas Dieu ailleurs que là où il a voulu venir, dans l’église et dans notre cœur.
2. Jésus qui ne nous laissera pas prisonniers de la mort (lecture de la première lettre de saint Paul aux Thessaloniciens).
➤ Adorons le Seigneur de gloire qui nous entraînera avec lui.
Point spi : ayons le souci de ceux qui sont partis, ne les oublions pas dans notre prière.
3. Jésus qui veut nous voir avec nos lampes allumées, tout tendus vers son retour (lecture de l’évangile selon saint Matthieu).
➤ Adorons l’époux qui vient.
Point spi : faisons des réserves, mettons de côté jour après jour offrandes et sacrifices.
Lundi [7 novembre] : Le scandale des faibles - le pardon jusqu’à 7 fois - la foi à déraciner les montagnes (Luc 17, 1-6)
1. Jésus qui n’innocente pas le mal que nous pouvons commettre, qui en voit les conséquences sur les plus faibles, qui ose parler de l’irréversible.
➤ Adorons le juste Juge qui ne se laisse pas acheter, qui ne favorise pas ses fidèles.
Point spi : évitons de nous poser en « esprits forts » qui n’ont pas peur de choquer.
2. Jésus qui voit toute l’amplitude du pardon, qui ose nous proposer 70 x 7 occasions de lâcher prise.
➤ Adorons Celui qui ne cesse de pardonner, qui verse sur nos fautes un pardon surabondant.
Point spi : Le pardon, ce n’est pas de dire : « on n’en parle plus », c’est de verser son sang, chaque jour.
3. Jésus qui requiert une foi totale, sans restriction, qui nous demande de le suivre dans la confiance aveugle.
➤ Adorons le Maître de l’impossible, celui qui peut dire « Tout pouvoir m’a été remis au ciel et sur terre. »
Point spi : Répondons sans tarder à la question de confiance qu’il nous pose.
Mardi [8 novembre] : Le Maître qui revient (Luc 17, 7-10)
1. Jésus notre professeur en sainteté, qui affine la leçon, qui nous fait faire des exercices.
➤ Adorons le Maître exigeant qui ne veut pas nous élever dans le coton.
Point spi : Redisons-nous que nous avons tout à apprendre, tout.
2. Jésus notre modèle de détachement, qui n’a rien demandé d’autre pour lui que l’honneur de servir.
➤ Adorons le Serviteur de Dieu, tout aux ordres du Père.
Point spi : Décapons notre service de tout intéressement sordide.
3. Jésus qui apprécie tant le don discret, l’offrande cachée et qui sait en récompenser à sa façon.
➤ Adorons l’Ami exigeant qui sait voir le moindre de nos efforts.
Point spi : sachons proposer aux autres la joie de servir.
Mercredi [9 novembre] : Dédicace du Saint-Sauveur (alias Saint-Jean de Latran) (Jean 2, 13-22)
1. Jésus qui a voulu une église visible, qui l’a établie au milieu de la grande cité païenne, qui la maintient et qui la protège.
➤ Adorons le Maître d’œuvre, qui préside à la construction, choisit le terrain et arrête les plans.
Point spi : Apportons notre concours géné–reusement à la construction de l’église.
2. Jésus qui l’a bâtie plus avec des cœurs humains qu’avec des pierres, Jésus qui forme l’édifice en réunissant des âmes avant tout.
➤ Adorons Celui qui est le roi et le centre de tous les cœurs, soleil autour duquel tout gravite.
Point spi : Préférons toujours ce qui nous met en relation avec nos frères.
3. Jésus qui la laisse en perpétuel chantier pour qu’elle attende le jour et l’heure.
➤ Adorons le Maître parti en voyage et qui reviendra à l’heure où on ne l’attend pas.
Point spi : N’idolâtrons pas les réalisa–tions terrestres, ne nous laissons pas prendre au désir d’efficacité à tout prix, même pour la bonne cause.
Jeudi [10 novembre] : La venue du Règne (Luc 17, 20-25)
1. Le Règne de Dieu « en nous ». Jésus qui veut établir son règne dans nos cœurs, présence cachée en nos vies.
➤ Adorons Celui qui veut habiter nos cœurs.
Point spi : Cultivons l’intériorité, ne nous laissons pas fasciner par l’extérieur.
2. Le Règne de Dieu devant nous. Jésus qui nous laisse entrevoir le Jour, le monde radieux et pacifié après la tempête.
➤ Adorons le Veilleur qui nous parle du jour qui vient et qu’il est seul à voir. Point spi : Ne nous laissons pas débouter de notre espérance.
3. Le Règne de Dieu caché, indiscernable. Jésus qui passe incognito dans ce monde qui l’a rejeté.
➤ Adorons le Visiteur déguisé en men–diant.
Point spi : Accrochons-nous à notre trésor : la trace de Jésus dans notre vie.
Vendredi [11 novembre] : La venue du Règne (suite) (Luc 17, 26-37) + Saint Martin
1. Jésus qui nous fait sentir ce que peut être la soudaineté de l’Heure, ce moment décidé par le Père pour changer la face du monde.
➤ Adorons le Fils tout remis à l’initiative du Père.
Point spi : ne bâtissons pas de plans au-delà de ce qui nous est donné, ne nous soucions pas de ce qui est hors de notre portée.
2. Jésus qui nous prépare à l’Heure par le dépouillement volontaire, la prière et la légèreté.
➤ Adorons le Fils qui n’a pas de pierre pour reposer sa tête et qui nous entraîne dans sa pauvreté.
Point spi : demandons la grâce de vraiment pouvoir nous dépouiller de ce qui nous encombre.
3. Jésus qui habitue à la confiance, à voir dans notre vie la conduite du Père.
➤ Adorons le Fils de qui émane une telle confiance. Point spi : aidons nos contemporains à sortir de l’angoisse du lendemain.
Samedi [12 novembre] : Le juge inique et la pauvre veuve (Luc 18, 1-8)
1. Jésus qui se confie à son église, que le monde croit veuve et sans enfants, et qui compte sur sa prière constante et fidèle.
➤ Adorons l’époux parti en voyage, mais qui se fie à la solidité de son épouse.
Point spi : Soyons une des voix qui, de par le monde, exprime cette fidélité.
2. Jésus qui se confie à son Père, qu’il sait bien loin d’être un juge sans justice, même si le monde le voit ainsi.
➤ Adorons le Fils tout abandonné au Père, jusque sur la Croix où il éprouve douloureusement son silence.
Point spi : Refusons les images indignes de Dieu, n’acceptons pas de le voir comme un maître dur.
3. Jésus qui se confie à nous pour garder la foi dans un monde qui l’a perdue.
➤ Adorons l’Ami qui nous confie le dépôt de la foi.
Point spi : Ne nous excusons pas de nos abandons en voyant la défection des autres.

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