L’intérêt de Dieu pour les pauvres et les mal-fichus mérite explication. Certes, à notre époque, il peut paraître moins étonnant qu’en d’autres temps. Nous sommes assez naturellement sensibilisés aux détresses de l’âme et du corps, les médias eux-mêmes nous émeuvent régulièrement sur tel ou tel drame qui survient à des individus ou à des populations. Et sans doute le christianisme n’est-il pas étranger à cette attention plus grande à la misère humaine, même si dans les faits l’émotion ne va pas toujours jusqu’à une aide réelle.
Mais, au-delà de l’humanitarisme ambiant, c’est un trait de la Bible et de toute la tradition judéo-chrétienne (jusque dans son prolongement musulman) de souligner les devoirs que nous avons vis-à-vis des pauvres, des malades, des immigrés. Cette exigence repose sur une considération de réciprocité : si Dieu nous a fait des dons, nous a assuré la subsistance et le confort d’une vie à l’abri du besoin, comment pouvons-nous prendre ces biens pour un dû, et refuser de les partager avec ceux qui sont plus en difficulté que nous ? Notre reconnaissance à l’égard de Dieu ne peut qu’aller de pair avec une solidarité plus forte avec ceux qui n’ont rien ou pas grand-chose. Dieu peut certes donner directement à tel ou tel ce qu’il veut lui partager, mais il lui plaît aussi de passer par des hommes pour étendre ses bienfaits, créant ainsi entre eux des liens d’amitié et de collaboration. Le passage de l’Exode qui nous est lu rappelle aux Israélites qu’ils ont connu eux-mêmes la situation d’immigrés durement exploités par les habitants de l’égypte. Ce rappel est salutaire, dans la mesure où il met les croyants devant le souvenir de leurs origines et leur fait mesurer la bonté de Dieu qui leur a ouvert une vie plus heureuse. Il leur dit aussi qu’aucune situation n’est définitivement acquise et que l’on aurait bien tort de regarder de haut ceux qui aujourd’hui sont dans l’épreuve, car demain ce pourrait être notre cas. Surtout, il les aide à se représenter (ce que nous avons tant de mal à faire) le concret de la situation de ceux qui souffrent aujourd’hui, car nous oublions vite nos propres tribulations. Quoi de plus émouvant à ce titre que cette petite phrase jetée là au milieu d’un texte de loi : « C’est tout ce qu’il a pour se couvrir, c’est le manteau dont il s’enveloppe, la seule couverture qu’il ait pour dormir. » Dieu sait mieux que l’homme ce que c’est qu’une nuit dehors !
L’amour des pauvres et des immigrés suppose, pour être vrai, qu’on se mette mentalement ou/et parfois physiquement dans leur situation. C’est si facile d’envisager de façon globale et superficielle la situation de la personne démunie ou déplacée : les démarches sans succès, les longues attentes devant les guichets, les secours inadaptés, les délais qui n’en finissent plus, l’absence de réponses et tant d’autres choses qu’on découvre quand on y est vraiment.
Cela nous dispensera peut-être de bien des avis tranchants et des déclarations tonitruantes sur ce qu’on devrait faire ou ne pas faire... n
Dimanche 23 octobre
Première Lecture : Exode 22.20-26
Psaume 18.2-4, 47, 51
Deuxième Lecture : 1·Thessaloniciens 1.5-10
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Relisons bien l’oraison du 30e dimanche : « pour que nous puissions obtenir ce que Tu promets, fais-nous aimer ce que Tu commandes ».
XXXe dimanche sur l’année (A) :
1. Jésus qui se penche sur le sort des pauvres, qui les confie à ses disciples, qui ne supporte pas qu’ils soient méprisés (lecture du livre de l’Exode).
➤ Adorons le petit Pauvre que Dieu nous a donné. Point spi : Ne renvoyons pas les mains vides ceux que Dieu nous envoie.
2. Jésus qui provoque un boulever–sement total dans les cœurs (lecture de la première lettre de Saint Paul aux Thessaloniciens).
➤ Adorons l’Ami exigeant qui ne laisse rien d’intact dans nos vies après son passage.
Point spi : Pratiquons généreusement l’hospitalité.
3. Jésus qui est intraitable sur le chapitre de l’amour du prochain, qui ne se résigne pas à nos à-peu-près (lecture de l’évangile de saint Matthieu).
➤ Adorons le nouveau Moïse qui édicte la Loi nouvelle.
Point spi : Que notre amour de Dieu déborde en sincère amour du prochain.
Lundi : La femme courbée - la sainteté comme redressement (Luc 13, 10-17)
1. Compassion de Jésus pour la pauvre humanité courbée, incurvée, rivée à la terre, ne voyant pas plus loin que le bout de ses pieds.
➤ Adorons Jésus tout droit, bel olivier dans la Maison du Père.
Point spi : Ne sous-estimons pas les contraintes qui pèsent sur nos frères, soyons compatissants.
2. Solidarité de Jésus, qui a accepté de se courber pour nous sous le poids de la Croix, qui a accepté le fardeau écrasant du mal du monde.
➤ Adorons Jésus qui prend « sa » Croix et qui la porte, vraiment. Point spi : Proposons notre aide, et ne saisissons pas la croix de nos proches du bout des doigts.
3. Attente de Jésus de voir son église droite, retrouvant sa dignité et son assurance.
➤ Adorons Jésus fier de son épouse bien droite, et admirant son port de tête.
Point spi : Ayons la fierté de notre église, même si nous savons ses faiblesses, ne laissons pas dominer l’impression négative.
Mardi : Le grain de sénevé et le levain - La sainteté comme germination et malaxage (Luc 13, 18-21)
1. Sollicitude de Jésus pour sa plan–tation, conscient du rythme de chacun, prêt à attendre le moment favorable, l’ouverture inespérée de nos libertés.
➤ Adorons Jésus dans sa patience de jardinier avisé.
Point spi : Ne gâchons pas l’œuvre entreprise par une hâte maladroite.
2. Travail de Jésus pour sa plantation, labeur incessant et caché pour enlever les mauvaises herbes, arroser et sarcler.
➤ Adorons Jésus qui « travaille tou–jours », comme le Père. Point spi : Ne nous décourageons pas devant la répétition des mêmes efforts.
3. Corps à corps de Jésus avec nos libertés, comme avec une pâte rebelle qu’il s’agit d’assouplir, de rendre légère.
➤ Adorons Jésus saisissant à bras le corps notre humanité malade.
Point spi : Ne nous contentons pas de bonnes paroles, mettons la main à la pâte !
Mercredi : La porte étroite et le grand festin - la sainteté comme objet d’émulation (Luc 13, 22-30)
1. Jésus qui ne nous facilite pas le travail, qui ne cherche pas à nous convaincre coûte que coûte, qui semble se résigner au fait que certains n’entreront pas.
➤ Adorons Celui qui se retire en nous disant : « comprenne qui pourra » (Mt 19, 12).
Point spi : Assurons-le tout de suite de nos sentiments, de notre désir de le suivre, coûte que coûte.
2. Jésus qui refuse de se laisser forcer la main par ses anciens amis, qui reste libre même à l’égard de ceux qui se croient des droits sur lui.
➤ Adorons Celui qui peut nous dire : « Je ne vous connais pas ! »
Point spi : Ne faisons pas valoir nos états de service.
3. Jésus qui accueille avec une immense générosité ceux qui sont loin, qui ne crée aucune distance avec eux, et qui semble oublier ses plus proches.
➤ Adorons Celui qui ouvrira un jour les portes du Ciel aux boiteux et aux mal- fichus.
Point spi : Voyons dans l’incroyant ou le mal-croyant l’interlocuteur privilégié.
Jeudi : « Je dois poursuivre ma route » La sainteté au bout du chemin (Luc 13, 31-35)
1. Jésus que nul ne peut arrêter, qui poursuit sa mission jusqu’au bout sans se laisser impressionner.
➤ Adorons Celui dont la volonté s’impose au ciel et sur terre.
Point spi : Ne nous laissons pas arrêter par les obstacles quand nous sommes au service du Seigneur.
2. Jésus qui a conscience d’aller vers une issue dramatique, mais qui n’en est pas moins libre face à son destin.
➤ Adorons le Fils qui met librement sa volonté dans celle de son Père.
Point spi : Sachons répondre « Présent ! » quand le Seigneur nous appelle.
3. Jésus qui regarde l’échec de sa mission à l’égard de Jérusalem, et qui sait déjà que le Père en tirera une conclusion inattendue.
➤ Adorons le Seigneur qui se retire devant le refus d’Adam, mais prépare déjà la Rédemption.
Point spi : N’ayons pas peur de l’échec, sans jamais le chercher, Dieu en fera quelque chose.
Vendredi : Saint Simon et Saint Jude
1. Jésus et ses apôtres « ordinaires », ceux dont on ne sait pas grand-chose, mais qu’Il a, lui, choisis, aimés, instruits, envoyés.
➤ Adorons le choix personnel du Christ sur chacune de nos vies.
Point spi : Ne soyons pas gênés de ne pas occuper les premiers rôles.
2. Jésus et son désir de former une communauté de vie avec ses apôtres, qui ne les a pas choisis sans les réunir en un seul groupe.
➤ Adorons le bon Berger, qui dirige son troupeau et le fait marcher ensemble.
Point spi : Cherchons les occasions de travailler et de prier avec nos frères.
3. Jésus et sa volonté pour l’avenir : l’église désormais bâtie sur ces douze pierres de fondation, pour toujours.
➤ Adorons l’Agneau au milieu de la Cité Sainte.
Point spi : Soyons solidaires de cette église une et diverse.
Samedi : Les invités qui choisissent leur place - ou la sainteté dans l’art de bouger (Luc 14, 1.7-11)
1. Jésus spectateur attristé de nos petites rivalités sur la place que nous occupons, Lui qui n’a pas jugé bon de « revendiquer son droit ».
➤ Adorons le Verbe incarné, qui s’est dépouillé de tout pour nous. Point spi : Soyons sensibles au ridicule de nos rivalités.
2. Jésus, qui nous apprend à prendre, quand il le faut, la dernière place, qui nous détache ainsi de nous-mêmes avec l’audace d’un Maître très aimant.
➤ Adorons l’Ami qui peut nous de–mander de le suivre jusque là dans un abaissement volontaire.
Point spi : Faisons, de temps en temps, des exercices d’assouplissement pour garder notre cœur libre.
3. Jésus, qui nous met à la première place de son amour, qui nous élève très haut dans son cœur.
➤ Adorons l’Ami qui peut nous en–traîner avec Lui dans les hauteurs.
Point spi : Rappelons-nous notre joie quand nous avons pu nous oublier vraiment.
Évangile : Matthieu 22.34-40.

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