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3080-Jérôme Lejeune

lundi 9 juillet 2007

Nouvelle étape vers la possible béatification du professeur Lejeune, son procès s’est ouvert au sein du diocèse de Paris. Au grand dam des groupes laïcistes.


C’est une cérémonie discrète, presque intime, qui a marqué le 28 juin 2007 à Paris, l’ouverture du procès diocésain en vue de la béatification du professeur Jérôme Lejeune (1926-1994). Une démarche ordinaire, même si – comme on s’y attend pour pareille cause – l’homme dont la vie va être scrutée ne l’est pas. A plus d’un titre.

Dans la France des années 1970, au moment du débat qui allait instaurer « l’IVG », ce laïc, médecin issu du CNRS, n’hésite pas à entrer en résistance. Mal soutenue par sa base, la hiérarchie catholique de l’époque semble flancher. Aujourd’hui, l’Eglise hexagonale, désormais mobilisée pour la cause de la vie, peut considérer le professeur Lejeune comme un précurseur. Pour le postulateur de sa cause son « témoignage est vraiment prophétique et d’une actualité étonnante ».

Quand Jérôme Lejeune meurt à 67 ans, le 3 avril 1994, Jean-Paul II rend aussitôt hommage au « grand chrétien du XXe siècle », « défenseur ardent de la vie ». C’était un an avant la publication de L’Evangile de la vie. Cette encyclique majeure doit beaucoup à la communion de cœur et d’engagement qui liait les deux hommes. Cette amitié dont on commence à peine à mesurer la profondeur rayonne comme un signe de la connivence entre « foi et raison ».

La perspective d’ériger officiellement le professeur Lejeune en modèle pour les chrétiens – et particulièrement pour les scientifiques – indispose les adversaires de l’Eglise là où les lois contre la vie sont solidement installées.

Lors des Journées mondiales de la jeunesse de Paris, le 22 août 1997, la visite du « pape de la vie » à Chalo-saint-Mars (Essonne) sur la tombe de son « frère Jérôme » fit couler beaucoup d’encre, contestée par les laïcistes les plus virulents comme une provocation politique et une insulte aux lois démocratiquement votée. Mais fallait-il s’étonner du geste de celui que son statut de pape avait déjà empêché de participer aux obsèques de son ami ? Vu du microcosme français, le professeur Lejeune est décrit comme un militant, qu’on se plait à taxer d’inspirateur d’« actions anti-IVG virulentes ». Mais c’est de toute l’Europe et des deux Amériques qu’affluent « de nombreuses demandes (…) pour que soit introduite sa cause en canonisation » a indiqué le postulateur. « La réputation de sainteté » du professeur a pris une dimension planétaire.

C’est la science sans frontière qui a conduit Jérôme Lejeune à être reconnu dans ses plus hauts lieux. Père de la génétique moderne, premier à déceler la présence d’un chromosome surnuméraire sur la vingt-et-unième paire du caryotype humain provoquant ce qu’on nommait jusqu’alors le « mongolisme », le généticien s’appliqua non seulement à comprendre mais aussi à tenter de soigner la trisomie 21. A sa grande tristesse, sa découverte, au lieu d’être prise en compte pour chercher comment mieux accueillir ou guérir, a été utilisée pour éliminer les fœtus malades, dépistés de plus en plus tôt. Outrage à ce que fut la ligne de conduite d’un savant épris de vérité, cet avortement-là fut nommé « thérapeutique ».

Le professeur Lejeune n’eut de cesse de dénoncer les syllogismes prétendant nier l’humanité d’être humains non encore nés. Dans la lignée des grands noms de la science qui l’avaient précédé, il fut à la fois un chercheur, un médecin et un humaniste. Il connaissait par leur nom chacun de ses patients et les aimait.

Jérôme Lejeune était – « de surcroît » serait-on tenté d’ajouter – un chrétien, discret sur sa foi et sans autre étiquette – quoi qu’on ait prétendu – que celle de l’Eglise universelle. La Fondation qui porte son nom et de multiples mouvements au service de la vie constituent son héritage. Sa figure est désormais associée à Jean-Paul II et Mère Teresa.

« Puni » tour à tour par la communauté scientifique (on le prive du prix Nobel qu’il mérite) et médiatique (il est jugé trop bon orateur pour être réinvité à certaines émissions) c’est de sa famille universelle que le professeur trouve, sans l’avoir cherché, la reconnaissance que le monde lui a refusée. Reconnaissant son talent au service des plus petits, Jean-Paul II, en fondant l’Académie pontificale pour la vie, lui en confie la présidence.

La voix du professeur Lejeune était aussi douce que sa pensée était ferme. Une posture de laïc engagé que l’Eglise pourrait donner en exemple.

Celui qui acceptait de parler à tous et partout, sans souci du « qu’en dira-t-on ? » n’eut aucune complicité avec la « stratégie mondaine », dont Benoît XVI incite les chrétiens à se garder dans son encyclique Dieu est Amour. C’est l’humble obéissance à la vérité que le professeur avait choisi pour promouvoir la justice.

Du monde entier, les témoignages arrivent, de simples et de savants, qui voient en lui un juste. Si l’Eglise confirme, dans les années qui viennent la sainteté de Jérôme Lejeune, elle consacrera la figure d’un libre penseur.

Tugdual DERVILLE

P.-S.

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