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2e dimanche de Carême (année C) (28 février)

dimanche 28 février 2010

La Transfiguration de Jésus

9. 28 Huit jours après ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. 29 Pendant qu’il priait, son visage changea d’aspect et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante. 30 Voici que deux hommes parlaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie ; 31 ils apparaissaient dans un état de gloire et parlaient de son départ qui devait avoir lieu à Jérusalem.

32 Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil, mais une fois réveillés, ils virent sa gloire et les deux hommes qui se tenaient près de lui.

33 Comme ceux-ci allaient se séparer de lui, Pierre dit à Jésus : « Maître, cela tombe bien que nous soyons ici. Nous allons dresser trois tentes : une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait.

34 Tandis qu’il parlait ainsi, une nuée vint les prendre sous son ombre, et lorsqu’ils entrèrent dans la nuée la crainte s’empara d’eux. 35 Mais des paroles se firent entendre venant de la nuée : « Celui-ci est mon Fils, et l’homme de mon choix, écoutez-le ! »

36 Aussitôt après ces paroles, Jésus se trouva seul.

Les disciples gardèrent le silence ; en ces jours-là ils ne racontèrent rien à personne de ce qu’ils avaient vu.

© La Bible des Peuples, éd. Jubilé-Le Sarment


Il vaut parfois la peine de s’arrêter un peu plus longuement sur la première lecture, sans penser trop vite qu’il s’agit là de vieilles histoires, largement dépassées par l’enseignement du Christ. Nous ne sommes pas « marcionites », nous ne pensons pas que l’Ancien Testament a été rendu caduc par le Nouveau. Nous savons que tout ce qui s’y trouve écrit l’est pour notre instruction et nous sommes convaincus que Jésus y est annoncé d’un bout à l’autre, même si c’est de façon cachée.

Le texte lu en ce deuxième dimanche pourrait nous paraître mineur. Il n’en est rien. Il y a certes un autre passage, beaucoup plus connu, où Dieu annonce à Abraham qu’il sera père d’un grand peuple grâce à l’enfant qui va naître de lui, c’est la vision au chêne de Mambré (Genèse ch. 18 qu’on lira cet été le 16e dimanche). Mais le passage que nous méditons aujourd’hui va nous réserver bien des surprises.

Nul souci de mise en scène : « le Seigneur parlait à Abraham dans une vision », littéralement : « la parole de Dieu fut adressée à Abram (il s’appelle encore comme cela) dans une vision ». C’est comme cela, Dieu a pris l’habitude de visiter son ami et de l’instruire patiemment de la route qu’il aura à suivre. Comment lui parvient la Parole ? Est-il éveillé ? Est-ce une vision intérieure ? Toutes les hypothèses sont possibles, mais, s’il s’agissait d’un songe, on nous l’aurait dit.

La conversation s’ouvre sur la question de l’héritier : Abraham/Abram n’a toujours pas d’enfant et il est vieux. Donc, en fait de succession, c’est un lointain cousin de Damas qui va hériter de tous ses biens. Mais Dieu dit non : « Ce n’est pas lui qui héritera de toi, mais celui qui sortira de tes entrailles héritera de toi » (v.4 que nous n’avons pas). Et c’est là que le Seigneur lui montre les étoiles du ciel et lui annonce son innombrable progéniture. Et le vieil Abraham se prend à rêver, vraiment il y croit ! Cet acte de foi signale un "juste", un homme d’aplomb, conforme à ce que Dieu attend de l’homme. La remarque ne sera pas oubliée de saint Paul qui la citera à l’appui de sa démonstration sur le salut par la foi (Romains 4,3). La prière commence ainsi, c’est un long acte de foi.

Cette première promesse en entraîne une autre ; comme quoi, avec Dieu, un bonheur ne vient jamais seul ! C’est la promesse de la terre. Jusque là, Abraham et sa famille sont des immigrants en Canaan, mais Dieu donnera un jour cette terre aux héritiers du Patriarche. Et là, quand même, Abraham demande un signe : « Comment vais-je savoir que j’en ai la possession ? »

Le signe, il faut qu’Abraham en fournisse les éléments, il doit prendre pour Dieu des bêtes et les partager en deux, tout un travail ! Et rien ne se passe. Il faut ensuite écarter les rapaces qui veulent se jeter sur les animaux sacrifiés, puis c’est le sommeil qui menace. Une sombre nuée survient. Comme il est difficile de garder son cœur tout préparé et encore inemployé ! Comme il est aride de rester simplement devant Dieu, sans que les distractions et la fatigue aient raison de la prière !

Et c’est tout à la fin que Abraham voit. Voit quoi ? Un brasier fumant et une torche enflammée, qui passent entre les quartiers d’animaux. Sans doute, le sens du sacrifice partagé était-il d’accompagner la conclusion d’une alliance entre des princes, ceux-ci passaient coude à coude entre des moitiés d’animaux immolés, pour dire qu’ils étaient prêts à subir le même sort au cas où ils seraient infidèles à leurs serments. Or là, c’est Dieu (signifié par la torche et le brasier) qui "passe" seul, signe d’un engagement unilatéral. Abraham est le bénéficiaire et non le contractant de l’Alliance.

Mais pour voir ce signe, il a fallu de bons yeux, pas mal de patience et une certaine habitude des mœurs divines. N’est-ce pas cela qui nous est demandé dans la prière ?

Dimanche 28 février

Première Lecture : Genèse 15.5-18

Psaume 27.1, 7-9, 13-14

Deuxième Lecture : Philippiens 3.17-4.1

Évangile : Luc 9.28-36.

IIe semaine de Carême

Après ce dimanche, où l’on nous invite à « écouter le Fils Bien-Aimé », nous avons à nous nourrir de Sa parole et à discerner Sa gloire dans le chemin qu’il fait avec nous.

Comme c’est le cas depuis le début du Carême, nous avons chaque jour un ensemble cohérent (épître ou prophétie, psaume, évangile) autour du combat spirituel ; à nous d’en faire une occasion de rejoindre le Christ initiateur de ce combat.

par le Père Michel Gitton

Dimanche de la Transfiguration

1. Jésus qui nous promet une incroyable fécon-dité si nous acceptons de le suivre jusqu’au bout dans la foi (lecture de la Genèse) ;

➤ Adorons le Dieu qui fait alliance avec l’homme ;

Point spi : Ne marchandons pas notre foi, donnons-la large et sans restriction.

2. Jésus qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux (lecture de la lettre de saint Paul aux Philippiens) ;

➤ Adorons le Maître de l’Histoire, qui un jour remettra toute chose en place ;

Point spi : Ne restons pas captifs des jouissances de ce monde. 3. Jésus qui nous entraîne sur la montagne pour prier avec lui (lecture de l’Evangile de saint Luc) ;

➤ Adorons le Seigneur transfiguré qui nous fait entrer dans sa lumière ; Point spi : écoutons de toutes nos oreilles ce qu’il a à nous dire.

Lundi de la mesure (Lc 6, 36-38)

1. Jésus qui a été jugé par les hommes, épié dans ses moindres gestes, critiqué pour le bien qu’il faisait ;

➤ Contemplons le vrai Juge, soumis au jugement des hommes, admirons celui qui ne se défend que pour nous éclairer, celui qui n’accuse pas ;

Point spi : Accepter de ne pas avoir la mesure du bien et du mal, de devoir l’apprendre jour après jour de Lui.

2. Jésus à qui on n’a pas fait miséricorde, celui qui a dû payer pour les dégâts commis ;

➤ Adorons celui qui a été si misérable qu’il a eu besoin de la miséricorde et ne l’a pas trouvée, laissons-nous gagner par un immense respect pour sa faiblesse assumée ;

Point spi : Implorer le pardon pour nos frères.

3. Jésus qui nous enseigne notre place dans la famille, qui nous montre le sérieux de nos vies, nos liens entre nous, tous fils d’un même Père ;

➤ Vénérons Celui qui est toute mesure, qui est la Mesure même sans partialité, le Verbe ;

Point spi : Retrouver notre place dans la famille.

Mardi du seul Maître (Mt 23, 1-12)

1. Jésus qui reconnaît la valeur, pourtant bien discutable, des docteurs de la Loi, qui nous demande de les écouter ;

➤ Adorons Celui qui seul est maître en Israël, et qui pourtant donne une valeur aux enseignements humains dispensés à partir de sa parole ;

Point spi : écouter nos prêtres.

2. Jésus qui ne veut pas que ses disciples prennent des allures de petits chefs ;

➤ Adorons Celui qui seul est grand et qui s’est fait enfant pour nous ;

Point spi : Ne pas se mettre en valeur dans l’exercice de nos responsabilités.

3. Jésus qui nous dit que nous sommes tous frères, qui nous enlève la fascination du Savoir et du Pouvoir ;

➤ Adorons Celui qui a voulu être notre frère en humanité avant d’être notre roi ;

Point spi : Ne pas se laisser impressionner par la science conquérante et réductrice.

Mercredi de la coupe (Mt 20, 17-28)

1. Jésus humilié, livré aux mains des hommes, bafoué, calomnié… rendant ridi-cules nos petites ambitions et nos tristes règlements de compte ;

➤ Vénérons notre Maître, dans son abaisse-ment volontaire, rejoignons-le à la dernière place ;

Point spi : Penser à sa Croix quand nous souffrons du fait des autres.

2. Jésus qui sait tirer de la demande des deux ambitieux la part de générosité qui s’y trouvait et leur proposer un but plus haut encore ;

➤ Acclamons celui qui n’éteint pas la mèche qui fume, reconnaissons Celui qui sait voir dans les motifs ambigus des hommes la parcelle d’amour et de noblesse qui s’y trouve, saluons le Sourcier qui détecte la vie partout où elle est ;

Point spi : Ne pas décourager les élans de nos proches.

3. Jésus plein d’ambition surnaturelle pour ses disciples, Jésus qui ne conseille pas la routine et ouvre sur l’avenir ;

➤ Adorons Celui qui nous entraîne en avant, qui nous fait prendre la route, qui nous dit « avancez au large », suivons-le dans son audace ; Point spi : Ne pas méconnaître les grands désirs.

Jeudi du pauvre Lazare (Lc 16, 19-31)

1. Jésus plus pauvre que Lazare, à la porte d’un monde assoupi dans ses richesses, qui sont pourtant les dons de son Père, mais détournés et pervertis ;

➤ Reconnaissons Jésus, devenu si pauvre pour nous, lui qui nous a « enrichis de sa pauvreté » ;

Point spi : Aspirer à prendre la dernière place.

2. Jésus que le Père a pris dans son sein, bien plus qu’Abraham n’a pu prendre Lazare ; 

➤ Vénérons le petit Pauvre devenu le Seigneur des vivants et des morts, voyons sur lui les stigmates de sa Passion d’amour ;

Point spi : Voir dans le moindre de nos frères cette gloire future.

3. Jésus qui nous révèle l’abîme profond, le ravin infranchissable, malgré toute sa miséricorde, lui qui nous alerte sur le sérieux de nos vies ;

➤ Adorons en tremblant, celui dont la Passion ouvre l’Abîme de feu où l’homme peut s’engloutir, reconnaissons le sérieux de sa parole ; Point spi : Arracher par la prière et l’apostolat les âmes à l’enfer.

Vendredi des vignerons (Mt 21, 33… 46)

1. Jésus qui se retire de l’héritage pour en laisser la jouissance aux hommes, qui prend au sérieux leur revendication d’autonomie, attendant sans cesse leur retour ;

➤ Reconnaissons le Fils qui entre dans les pensées du Père, qui participe à son effacement devant la liberté des hommes, saluons son respect incroyable de notre dignité, adorons sa Sagesse paradoxale ;

Point spi : Ne pas nous imposer à ceux qui nous refusent.

2. Jésus qui maintient le contact, renoue les alliances, se manifeste par ses envoyés ;

➤ Vénérons Celui qui s’est fatigué sur nos routes, qui ne s’est découragé d’aucune rebuffade, admirons sa constance ;

Point spi : Continuer à tendre la main.

3. Jésus qui s’expose à la méchanceté des hommes, qui pense la désarmer par une ultime démarche ;

➤ Contemplons sa victoire au sein même de ce qui paraît une défaite, reconnaissons la pierre d’angle derrière la pierre de scandale ;

Point spi : Ne pas nous décourager devant nos plus cuisants échecs.

Samedi de l’enfant prodigue (Lc 15, 1… 32)

1. Jésus qui assiste impuissant au départ de son petit frère, qui devine l’horrible choix et ses conséquences ;

➤ Adorons celui qui n’a pas d’autre « part » que la vie avec son Père, contemplons celui qui ne revendique rien pour Lui ;

Point spi : Nous estimer heureux quand nous avons pu prier.

2. Jésus qui rejoint incognito son frère dans sa déchéance, qui en partage tous les dehors ;

➤ Considérons Jésus qui connaît pour nous la honte de la Croix, saluons Celui qui a voulu être maudit par la Loi pour les sans-loi que nous sommes ; Point spi : Couvrir du manteau de notre miséricorde la honte de nos frères, et nous-mêmes nous jeter dans les bras du Christ.

3. Jésus qui porte sur son dos son frère « qui était mort », afin de le ramener au Père ;

➤ Adorons l’homme fort qui nous entraîne vers le Père, saluons sa joie des retrouvailles ;

Point spi : Croire à l’issue possible, à la conversion des plus endurcis.

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