On a du mal avec certaines exigences évangéliques, qu’on voudrait laisser de côté, parce que décidément ce n’est pas sortable : dire à un fils qui vient de perdre ses parents de ne pas aller les enterrer, parce que Jésus appelle et qu’il ne faudrait pas attendre, c’est une rigueur d’un autre âge. Jadis on demandait aux hommes et aux femmes qui rentraient au couvent de rompre avec leur famille, mais, fort heureusement, depuis l’aggiornamento conciliaire, même les chartreux autorisent une visite annuelle des parents… Un siècle éclairé comme le nôtre ne peut supporter ces excès, qui menacent la vie normale et font fi des devoirs les plus essentiels.
Reprenons le problème d’un peu plus haut. Jésus n’a pas prêché l’abandon des siens. C’est même lui qui reproche aux Pharisiens d’arriver par des arguties à dispenser un fils de soutenir ses parents dans leurs vieux jours, alors que le commandement : « Tu honoreras ton père et ta mère » reste toujours valable (Marc 7,11). Comme toujours, Jésus est paradoxal et il souligne un aspect des choses avec une certaine vigueur, en comptant bien que nous n’oublierons pas le reste : « C’est ceci qu’il fallait faire, sans négliger cela » (Luc 11,42).
Or ce qu’il demande est très nécessaire : il nous rappelle que nos devoirs avec le monde, avec la famille, avec le travail, ne sont pas des absolus, surtout quand lui, il est là et nous propose un choix de vie. Dans la majorité des cas, nous sommes invités à harmoniser l’exigence du Seigneur avec le respect de nos engagements antérieurs, c’est même un signe de maturité et de sérieux dans la voie qu’on a prise, et pourtant cette conciliation ne peut être élevée comme un préalable intangible. Il y a des cas, pas très nombreux, mais qui existent, où il faut faire passer la lame du couteau et rompre des liens qui ne sont pas pourtant franchement mauvais, mais qui vont servir imper-ceptiblement à nous retenir et à nous empêcher toute liberté intérieure. Car nous sommes mauvais juges, nous confondons facilement devoirs réels et habitudes prises, soutien des autres et désir de nous donner un rôle à jouer, etc. Le Seigneur en nous proposant des choix réels nous oblige à remettre des choses dans l’ordre.
L’histoire de la sainteté nous montre des exemples contrastés : entre une Thérèse Martin qui remue ciel et terre pour entrer au Carmel sans retard et une Élisabeth Catez qui accepte les délais fixés par sa mère, sans renoncer en rien à son projet de vie religieuse, il y a toute la gamme des attitudes légitimes pour répondre à l’appel de Jésus. Mais ce que nous devons garder, c’est la conviction que le Seigneur ne vient pas après, en plus de notre vie ordinaire, comme la plume au chapeau, pour apporter un petit surcroît de spiritualité à une existence digne et méritante, il est le tourbillon qui entraîne tout, et ne supporte aucun partage, il est le Dieu jaloux. Notre vie, même la plus concrète, n’a de sens que par lui, lui seul peut l’illuminer et la rendre pleinement humaine. Nous n’avons pas à le faire attendre et à remettre son exigence à plus tard. Sinon nous serons morts avant qu’il arrive quelque chose d’intéressant dans notre existence. Et ce sera alors des morts qui iront enterrer d’autres morts…
L’exigence du Christ fait retentir en nous l’appel à la liberté. Tant de gens aujourd’hui, au nom de cette même liberté, font n’importe quoi et bafouent leurs engagements les plus sacrés. Montrons-leur que notre morale chré-tienne n’est pas ce qu’ils croient, qu’elle est l’art de concilier le sérieux de nos vies avec la grande aventure que Dieu nous propose (cf. notre propos de la semaine dernière). Car la fidélité aussi est une aventure…
Dimanche 27 juin. Première Lecture : 1·Rois 19.16, 19-21 Psaume 16.1-2, 5, 7-11 Deuxième Lecture : Galates 5.1, 13-18 Évangile : Luc 9.51-62.
13e semaine du temps ordinaire
Semaine des Apôtres Pierre et Paul
Semaine des « fils de Lumière »
par le Père Michel Gitton
XIIIe Dimanche
1. Jésus qui appelle à sa suite de manière audacieuse (lecture du Ier livre des Rois).
➤ Adorons le Maître qui appelle sans cesse de nouveaux disciples. Point spi : ne regardons pas en arrière.
2. Jésus qui nous initie à sa charité vraiment divine (lecture de saint Paul aux Galates).
➤ Adorons le Maître qui n’a pas renoncé à nous partager la perfection du message évangélique.
Point spi : Ne croupissons pas dans nos petits ressentiments. 3. Jésus qui ne tolère aucun retour en arrière (lecture de l’Évangile selon saint Luc).
➤ Adorons le Maître aux exigences brûlantes. Point spi. : Osons proposer aux autres une marche audacieuse à la suite du Christ.
Lundi : les exigences de la suite du Christ (Matthieu 8, 18-22) + Vigile
1. Jésus qui passe sur l’autre rive, qui ne se laisse pas colmater par les foules, qui entraîne ceux qui en veulent vraiment.
➤ Adorons le Dieu qui « passe », qui traverse soudain notre expérience et nous entraîne
Point spi : Ne nous obstinons pas devant les situations bloquées, repartons à neuf.
2. Jésus qui ne nous propose pas d’autre sécurité que de vivre comme lui.
➤ Adorons le divin Voyageur qui n’a rien voulu prendre dans notre monde pour reposer sa tête.
Point spi : Ne faisons pas de notre confort une condition pour suivre Jésus.
3. Jésus qui ne tolère aucun compromis ni aucun délai.
➤ Adorons l’Ami exigeant qui veut nous voir tout à lui. Point spi : Ne nous inventons pas des devoirs imaginaires.
Mardi : Fête des Apôtres Saint Pierre et Saint Paul
1. Jésus qui rassemble autour de Lui des personnalités aussi différentes que Pierre, Paul, Jean et les autres, qui les fait travailler ensemble pour sa gloire.
➤ Adorons le Maître si fort, si lumineux, qui entraîne Ses apôtres.
Point spi : Acceptons de travailler dans l’Église avec ceux qui ne nous ressemblent pas du tout.
2. Jésus qui communique à Pierre la solidité des fondations, qui fait de lui le Rocher de son Église.
➤ Adorons le Rocher sur lequel nous sommes bâtis.
Point spi : Accrochons-nous à la foi de Pierre, soyons sûrs d’y trouver notre assise.
3. Jésus qui donne à Paul la connaissance des mystères, la vision de la longueur, de la largeur, de la hauteur etc.
➤ Adorons le Maître plein d’autorité qui enseigne tout simplement la Vérité qu’il est.
Point spi : Ne nous lassons pas de sonder l’insondable.
Mercredi : les démoniaques de Gérasa (Matthieu 8, 28-34)
1. « Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? » Jésus affrontant la triste réalité du monde qui refuse la conversion, qui se méfie de sa présence et lui oppose un visage défiguré par la haine.
➤ Adorons le Tout-Pur qui s’avance dans notre monde triste et violent. Point spi : N’ayons pas peur avec le Christ de visiter les bas-fonds.
2. « Si tu nous chasses, envoie-nous dans les porcs » Jésus devant qui le Démon ne trouve aucune échappatoire, devant qui il n’est pas de terrain neutre.
➤ Adorons le Saint de Dieu qui ne laisse subsister aucun compromis. Point spi : Ne tenons pas des conciliations indignes, tranchons dans le vif.
3. « Ils le prièrent de quitter leur territoire » Jésus qui fait du bien et que l’on n’accueille pas.
➤ Adorons Celui que les hommes ont jugé et rejeté, regardons Celui qui a tant aimé les hommes et en est si peu aimé. Point spi : Séparons-nous, si on ne peut faire autrement, de ceux qui ne veulent vraiment pas entendre.
Jeudi : le paralytique descendu du toit (Matthieu 9, 1-8)
1. « Confiance, mon fils, tes péchés sont pardonnés » Jésus qui voit d’abord le mal qui est dans le cœur de l’homme, Jésus pour qui la guérison est d’abord celle-là.
➤ Adorons le Miséricordieux qui se penche sur l’homme blessé par le péché.
Point spi : Voyons d’abord le péché qui souille la vie humaine avant même de nous préoccuper du reste.
2. « Jésus qui avait vu leur pensée » Jésus qui sait les murmures, les réticences cachées, les objections sournoises.
➤ Adorons le Juste calomnié par les hommes, accusé de blasphème alors que…
Point spi : Ne nous laissons pas troubler par les jugements injustes. 3. « Je te le dis : lève-toi » Jésus qui parle avec l’autorité de Dieu, qui remet l’homme debout.
➤ Adorons le Verbe créateur et recréateur à l’œuvre dans le monde. Point spi : Relevons-nous, puisque Jésus nous appelle.
Vendredi : vocation de Matthieu (Matthieu 9, 9-13)
1. « Jésus vit un homme… » Jésus qui « voit », qui ne passe pas devant les hommes sans que chacun ait un sens pour lui.
➤ Adorons le Dieu Voyant (El-Rohé), celui qui ne cesse pas de porter son regard sur l’homme, sa créature aimée.
Point spi : Faisons attention à ceux que Dieu met sur notre chemin. 2. « Il dit : suis-moi » Jésus qui entraîne, Jésus qui propose de risquer le tout pour le Tout.
➤ Adorons le Dieu qui appelle, Celui qui confie à chacun une vocation. Point spi : Réjouissons-nous des invitations qui viennent de Jésus, même celles qui contrarient nos plans.
3. « C’est l’amour que je veux » Jésus qui ne perd rien de son exigence au moment même où il rejoint les moins considérés.
➤ Adorons le Dieu Saint qui ne se satisfait pas de simulacres.
Point spi : Révisons nos jugements, même ceux que nous croyons inspirés par de pieuses considérations.
Samedi : Fête de Saint Thomas, Apôtre
1. « Allons et mourons avec Lui » Jésus qui peut provoquer un tel dévouement, une telle qualité de don de soi, même si, à l’épreuve, il faudra s’y remettre à plusieurs fois.
➤ Adorons Celui pour lequel on peut tout perdre, sûr de tout retrouver en Lui.
Point spi : Embarquons-nous sérieuse-ment, ne remettons pas à plus tard notre décision pour Lui.
2. « Si je ne mets pas la main … » Jésus qui nous a habitués au concret de sa présence, qui ne nous laisse pas avec des idées et des rêves.
➤ Adorons le Ressuscité dans toute la force du don de sa chair ressuscitée.
Point spi : Demandons respectueusement au Seigneur de ne pas nous laisser loin de Lui.
3. « Mon Seigneur et mon Dieu » Jésus qui vainc nos résistances, qui nous fait rendre les armes complètement.
➤ Adorons notre Dieu, reconnaissons Celui qui est le Maître de tout. Point spi : Adorons-le qui est présent dans l’eucharistie, où il nous donne sa vraie chair.


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