Il y a une difficulté souvent relevée dans le texte d’évangile que nous entendons ce dimanche : la pécheresse, qui se présente à Jésus et qui lui manifeste un respect et une tendresse extrêmes, est-elle pardonnée à cause des marques de son amour pour Jésus, ou bien n’est-ce pas, au contraire, l’amour qui naîtrait du pardon reçu, ou au moins pressenti ? N’aime-t-elle pas parce qu’elle a vu en Jésus quelqu’un qui était prêt à lui pardonner sa vie de désordres ? Les propos adressés au pharisien vont plutôt dans ce dernier sens : « celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour », l’amour est proportionnel à l’immensité de la dette remise. Si telle est l’unique leçon de ce passage, la phrase précédente (« si ses péchés, ses nombreux péchés lui sont pardonnés, c’est à cause de son grand amour ») doit se comprendre au sens où l’on dirait : « Je vois qu’il y a du vent, parce que les voiles des bateaux sont gonflées », ce n’est pas le gonflement des voiles qui est la cause du vent, mais bien l’inverse, pourtant la position des voiles est ce qui me frappe en premier, et m’aide à découvrir ce qui n’est pas visible d’emblée, le vent, ainsi le pardon de Jésus derrière l’affection de la pécheresse. En réalité, ces deux mouvements sont à prendre ensemble en considération, ils sont aussi nécessaires l’un que l’autre. Certes l’initiative vient de Dieu, toujours. C’est lui qui nous pardonne (n’a-t-il d’ailleurs jamais fait autre chose ?), c’est lui qui nous le manifeste, en nous envoyant son Fils, pour que nous sachions bien que nos dettes sont remises, que nous sommes revenus en grâce. Sur la Croix, Jésus a porté toute l’horreur du mal pour qu’il ne nous sépare plus jamais de Dieu. Donc l’amour devrait naître de cette bonne nouvelle, nous devrions témoigner à Dieu, à Jésus, notre reconnaissance éperdue pour ces dons qu’ils nous font. Mais, en réalité, qu’advient-il le plus souvent ? Même ceux qui le savent (en principe) y prêtent une attention intermittente. L’évangile nous raconte même le cas de ce débiteur délivré d’une dette énorme et qui continue à réclamer son dû à un pauvre malheureux qui lui doit trois sous, preuve que le pardon ne déchaîne pas forcément l’amour, il ne suffit pas de savoir pour aimer, hélas ! Et c’est là que l’autre mouvement est éclairant : Dieu compte sur notre (faible) amour, il attend aussi une démarche de nous, il n’agit pas sans nous. C’est parce que nous aurons connu un peu Jésus, commencé à le suivre, partagé quelque chose de son intimité, c’est parce qu’un certain amour aura commencé en retour à grandir en nous, qu’il pourra faire fond sur ces dispositions et commencer à nous ramener à lui. Loin de décourager nos efforts, loin de nous dire qu’il n’a pas besoin de nos baisers et de nos larmes, il va laisser s’exprimer cet attachement un peu lourd qui se marque dans notre prière et jusque dans nos gestes de pénitence, il va laisser grandir en nous la contrition, l’amer sentiment de notre faute, devant tant de bons procédés, et là, d’une façon sensible, par un mot plus fort que tout, il nous dira notre pardon, notre retour en grâce effectif. Ce qu’il nous faut comprendre, c’est que dans ce cheminement intérieur de guérison, Dieu et l’homme n’agissent pas séparément, mais toujours en interdépendance : il n’y a pas la grâce d’un côté, et notre libre arbitre de l’autre, sinon nous ne sortirions pas du face-à-face immobile qui est la triste conséquence du péché. Pour nous arracher à l’isolement, au repli sur nous-même, à la tristesse et au dégoût, le Seigneur vient chez nous et nous adresse la parole (par ses prêtres), il attend notre réponse (la contrition, l’aveu), avant de nous dire sa parole de salut (l’absolution), qui à son tour provoque l’action de grâce, l’humble désir de s’amender, le ferme propos, les résolutions, toutes ces merveilles qui sont comme des fruits savoureux de notre amour pour lui… Ne tardons à faire usage de tout cela. Le confessionnal est une étape nécessaire…
Dimanche 13 juin - Première Lecture : 2·Samuel 12.7-10, 13 - Psaume 32.1-2, 5, 7, 10-11 - Deuxième Lecture : Galates 2. 16-21 - Évangile : Luc 7.36-8.3.
11e SEMAINE Du temps ordinaire
11e Dimanche
1. Jésus qui nous poursuit dans nos retranchements jusqu’à nous montrer la gravité de notre péché (lecture du 2nd livre de Samuel).
➤ Adorons le Dieu saint qui ne peut pactiser avec le mal.
Point spi : Laissons-nous percer à jour par l’amour exigeant du Seigneur. 2. Jésus qui nous a aimés jusqu’à se livrer pour nous délivrer du fardeau de nos fautes (lecture de la lettre de Saint Paul aux Galates).
➤ Adorons le Rédempteur qui a tout pris de nos fautes.
Point spi : Présentons-Lui nos blessures.
3. Jésus qui accueille avec bienveillance nos gestes de pénitence (lecture de l’Évangile de saint Luc).
➤ Adorons le Sauveur miséricordieux prêt à accueillir le repentir. Point spi : Ne méprisons pas les humbles gestes de pénitence.
Lundi : Le talion retourné (Matthieu 5, 38-42)
1. « Œil pour œil » Jésus qui nous a appris la réciprocité, qui nous dit de ne pas faire à autrui ce que nous redoutons pour nous-même, et qui voit avec tristesse cela fonctionner comme règle de justice élémentaire.
➤ Adorons le « Frère universel », vivant au milieu de nous cette fraternité difficile, mettant un peu de paix entre les frères ennemis. Point spi : Ne négligeons pas la justice comme premier degré de la charité.
2. « Si quelqu’un te donne une gifle » Jésus qui nous dit l’art de désarmer la violence en ne lui opposant pas de résistance symétrique.
➤ Adorons l’Homme de douleur qui porte sur lui les coups des hommes et qui intercède pour eux.
Point spi : Ne nous donnons pas la facilité de dire : « ce coup-ci, il exagère ».
3. « Si quelqu’un te réquisitionne… » Jésus qui nous apprend la générosité inventive, la manière de nous donner au lieu de nous prêter avec mauvaise grâce.
➤ Adorons la source surabondante, que ne décourage aucune ingratitude.
Point spi : Soyons heureux de pouvoir sortir de l’échange, du don mesuré.
Mardi : L’amour des ennemis (Matthieu 5, 43-48) 1. « Tu aimeras ton prochain, tu haïras ton ennemi » Jésus qui résume les maximes du monde, nos tristes dictons, du genre « trop bon trop bête », qui voit cette immense médiocrité de l’expérience humaine et ne se décourage pas.
➤ Adorons la Sagesse supérieure qui ne se réduit pas à la prudence timorée des hommes.
Point spi : Refusons de ressasser nos échecs, nos expériences amères …
2. « Afin d’être les fils… » Jésus qui nous propose en exemple, à nous pauvres humains sans cesse blessés les uns par les autres, la Trinité Sainte.
➤ Adorons le Fils éperdu d’amour pour son Père, admirant sa générosité sans fond.
Point spi : Cherchons à entourer d’une affection particulière, le plus loin, le plus désagréable.
3. « Si vous aimez ceux qui vous aiment… » Jésus qui veut nous voir faire quelque chose d’ « extraordinaire », de non réductible à la loi de l’intérêt, Jésus qui croit à notre liberté.
➤ Adorons le Maître qui nous entraîne vers les hauteurs.
Point spi : Croyons à l’impossible, tentons de sortir de nos positions bloquées.
Mercredi : Les œuvres pour Dieu (Matthieu 6, 1-6.16-18, ablation du passage sur le Notre Père)
1. « Si vous voulez vivre comme des justes » Jésus qui fait une proposition, qui compte sur notre envie de bien faire, qui éveille le désir de la sainteté.
➤ Adorons le Séducteur, celui qui veut nous ravir à ce monde et à ses tristes habitudes.
Point spi : Retrouvons nos élans vers la sainteté.
2. « Ceux-là ont déjà touché leur récom-pense » Regard acéré de Jésus qui a vu le contentement idiot, la morne satisfaction de celui qui se sait un type bien et qui veut mieux que cela pour nous.
➤ Adorons le Maître devant qui tous les échappatoires apparaissent à nu, qui ne se fait pas d’illusion devant nos grimaces, lui tout simple et tout pur.
Point spi : Soyons lucides sur nous-même, refusons de nous laisser piéger par notre « image de marque ».
3. « Ton Père voit ce qui est invisible » Conscience si vive chez Jésus, de l’attention du Père, de son regard bienveillant et admiratif.
➤ Adorons le Serviteur du Père qui a tout remis en ses mains, attendant de lui seul la « récompense ».
Point spi : Préférons les sacrifices cachés.
Jeudi : Consignes pour la prière (Matthieu 6, 7-15)
1. « Ne rabâchez pas » Jésus qui se méfie de nos manières utilitaires et de notre peu de confiance dans l’amour, qui nous apprend l’abandon.
➤ Adorons le Fils qui peut dire : « Je sais que tu m’exauces toujours. » Point spi : Mettons-nous bien en présence de Dieu quand nous prions.
2. « Que Ton règne vienne » Jésus qui nous apprend à demander tout simplement que Dieu règne en nous et dans le monde, qui veut que nous trouvions là notre joie.
➤ Adorons l’enfant du Royaume, celui qui vit toujours dans la maison du Père et aspire à faire de notre cœur et de notre église ce Royaume.
Point spi : Que notre demande rejoigne ce que nous avons contemplé. 3. « Si vous pardonnez aux hommes leurs manquements » Jésus qui attache un prix particulier au pardon, qui veut nous voir capables de rebondir, qui en fait même une condition.
➤ Adorons le Miséricordieux.
Point spi : Cherchons vite les occasions de pardonner.
Vendredi : Les saints désirs (Matthieu 6, 19-23)
1. « Là où est ton trésor » Jésus qui nous apprend à voir notre vraie richesse, non dans l’accumulation des avantages humains, mais dans son Cœur à lui qui garde tout ce que nous avons fait de beau.
➤ Adorons Celui qui dirige nos efforts, guide nos tentatives et garde dans son cœur tout ce qu’il y a eu de beau.
Point spi : Ne nous laissons pas impressionner par nos retours en arrière.
2. « Si ton œil est limpide… » Jésus qui nous apprend à décrasser notre conscience, à pratiquer la vérité et à soumettre notre âme à sa correction.
➤ Adorons Celui qui « purifie les fils de Lévi », qui manie l’eau de javel et la soude.
Point spi : Réapprenons à faire notre examen de conscience.
3. (Retour sur Mt 5, 13) « Si le sel perd sa saveur » Jésus qui nous apprend à garder cette différence tenace avec le monde, à ne pas nous laisser édulcorer.
➤ Adorons Celui qui tel le sel brûle et purifie et chasse la corruption.
Point spi : Rappelons-nous les choix que nous avons faits et qui ont engagé notre vie.
Samedi : Récompense promise au détachement (Matthieu 6, 24-34)
1. « On ne peut servir deux maîtres » Jésus qui nous met au pied du mur, qui provoque des choix et nous empêche de pratiquer le compromis.
➤ Adorons le Maître exigeant qui refuse le partage, qui veut nous entraîner complètement à sa suite.
Point spi : Refusons les échappatoires, les solutions pas claires qui semblent dispenser du choix.
2. « Ne vous tourmentez pas » Jésus qui empêche de prendre au sérieux nos soucis, qui en montre l’inconsistance.
➤ Adorons le Fils qui vit tout remis au Père, comptant sur lui, jour après jour, pour lui indiquer la route.
Point spi : Refusons l’enfermement, ap-prenons à regarder en face les difficultés et à nous dire : « et après ? »
3. « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu » Jésus témoin de la priorité de l’amour, de l’urgence de la sainteté.
➤ Adorons l’alpha et l’oméga, celui qui est au départ et au terme de nos routes, qui a pris en charge toute notre vie comme une aventure intérieure.
Point spi : Allons vite nous cacher sous Ses ailes. n


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